Pour son tout premier long métrage d’animation après plusieurs années de travail à la télévision, Benoît Godbout a relevé l’ambitieux défi de créer La course des tuques.

Le luxe de l’imagination

TROIS-RIVIÈRES — Ça prenait soit un front de boeuf, soit un amour inconditionnel du dessin animé pour se lancer dans l’aventure de réaliser la suite de La guerre des tuques en dessins animés. En particulier quand il s’agit du tout premier long métrage d’une carrière. On ne saurait commenter l’allure de son front mais il est manifeste que Benoît Godbout est fou de dessins animés.

Il admet sans y réfléchir qu’il a abordé, avec La course des tuques, un défi très ambitieux. «Bien sûr, ça reste une histoire qu’on raconte, ce que j’avais déjà fait dans des séries télévisées mais le faire dans un film de 82 minutes, c’est une autre approche de la narration. Et puis, c’est une machine avec des moyens nettement plus importants qui est derrière tout ça. Toutes les notions de cadrage, de mouvements de caméras, d’éclairage ou de montage sont d’un autre niveau. Sans compter le travail avec les animateurs pour définir les réactions des personnages.»

«C’est comme travailler chez Pixart simplement, on a un budget d’environ 100 millions de dollars en moins sur notre projet.»

Le jeune réalisateur a pu apprendre que la condition primordiale au succès de l’entreprise repose sur une vision claire des coréalisateurs puisqu’il a partagé sa tâche avec François Brisson et que Jean-François Pouliot, réalisateur de la première version animée de La guerre des tuques, a agi à titre de consultant. «Ma vision du film a évolué au cours de l’année et demie pendant laquelle j’y ai travaillé, mais ce qui était clair et qui l’est demeuré tout du long, c’est ce que je voulais qu’on ressente en voyant le film. Il n’est plus question de guerre dans ce film contrairement au premier. Celui-ci est marqué par l’adrénaline de la compétition, le plaisir, l’excitation. Je me souviens du fun que nous avions à glisser en Crazy Carpets quand j’étais petit et c’est ce que je voulais partager avec le public.»

Contrairement à un film en prise réelle, le film d’animation offre un certain luxe à celui qui préside à sa réalisation: il a le contrôle total sur le produit. «Quand on tourne avec des acteurs, on leur dit ce qu’on veut mais ils apportent quelque chose à leur interprétation, quelque chose qui nous échappe et qui enrichit le film, analyse Godbout. Ça reste vrai que le film s’écrit plusieurs fois en animation, mais pas comme dans un film traditionnel: il y a le scénario, l’élaboration du storyboard et puis, au montage, on en coupe parfois un peu. Seulement, avec nos budgets, on ne peut pas se permettre de rajouter des scènes nouvelles parce que c’est trop dispendieux de les dessiner à partir de zéro.»

Par ailleurs, dans un étroit travail d’équipe, il fabrique avec son équipe chaque image, chaque son. «On crée un univers complet. Dans ce cas-ci, j’avais le magnifique héritage du design graphique du premier film. Mais il y avait aussi les personnages qui reviennent auxquels je me devais d’être fidèle tout en les faisant évoluer. J’ai choisi de situer l’action un peu plus tard dans le même hiver que La guerre des tuques. Ça veut dire que Pierre est encore en deuil de Cléo, que Luc et Sophie poursuivent leur relation. Je dirais qu’on a ravivé les personnages de La guerre... tout en respectant leurs traits essentiels parce qu’on est encore habités par eux; ils font partie de notre culture.»

Les scénaristes Claude Landry, Maxime Landry et Paul Risacher auxquels s’est joint Benoît Godbout, ont décidé d’axer la suite autour du personnage de François les lunettes plus obsédé que jamais par ses inventions mais chez qui se manifeste une ambition jusqu’alors inconnue. «C’est ce que j’attends d’une suite: il faut que ça nous entraîne ailleurs. Ce qui me fascine de l’animation, c’est qu’on peut constamment en repousser les limites, ce qu’on fait, ici, je crois. C’est un plaisir enfantin que je me donne.»

Maintenant que le produit est prêt à être offert au public, le réalisateur rêve que cet auditoire se l’approprie comme il l’a fait pour le précédent. «Ce qui serait extraordinaire pour moi, ce serait de savoir que les enfants québécois l’écoutent et le réécoutent régulièrement. C’est un film qui a été fait pour eux et qui parlent d’eux.»

Si les réalisateurs sont toujours réticents à évoquer des suites, Benoît Godbout sort du lot. «Si c’est possible, j’adorerais en faire un troisième. Cette bande d’enfants peut vivre plein de choses qu’on n’a pas touchées et qui sont liées à notre hiver québécois. J’ai déjà plein d’idées.»