L’animateur Pascal Boyer, au centre, entouré de ses collaborateurs
L’animateur Pascal Boyer, au centre, entouré de ses collaborateurs

«Flippons 2019»: un adieu à la façon des Francos

«Flippons», la revue de l’année franco-ontarienne qui a vu le jour l’an passé, n’a aucune raison de s’assagir, avec son second mandat.

Avec la toute première édition de Flippons – qui se voulait l’équivalent franco-ontarien du Bye-Bye, mais une alternative franco-canadienne aux références et préoccupations du Bye-Bye, jugées trop québécoises – la chaîne TFO n’était pas sûre si le public allait la suivre dans cette aventure.

Sa diffusion, fin décembre 2018, a permis à TFO d’obtenir ses plus hautes cotes d’écoute de toute l’année, toutes émissions confondues, se plait à rappeler la productrice de Flippons, Fabienne Labbé. Un signe clair que «les gens avaient besoin de sourire», estime-t-elle en ajoutant que TFO n’a «pas reçu de feed-back négatif» quant au ton ou au contenu, propices à la dérision et à l’autodérision, et qui auraient pu froisser certaines sensibilités. «Pour nous, c’est mission accomplie!».

D’où son envie de récidiver immédiatement. L’événement annuel risque donc fort de se prolonger tant que le public demeure au rendez-vous, avance-t-elle. Un voeu que partage aussi TFO, précise-t-elle.

Le Droit a rencontré la productrice en novembre, lorsque son équipe, artisans et comédiens, l’animateur Pascal Boyer en tête, étaient de passage au bistro de La Nouvelle Scène, où avait lieu l’enregistrement de la deuxième mouture de Flippons.

Un enregistrement devant public, cette fois. Voilà qui rend l’exercice un peu plus complexe, techniquement, convient Mme Labbé. Flip n’avait encore jamais osé faire ça. «C’est excitant, mais un peu plus stressant» pour l’animateur et les chroniqueurs, avoue Pascal Boyer. Cet enregistrement live est une façon de «remercier la communauté», disent-ils en choeur.

«Flippons 2018 était un gamble. On voulait voir si on comblait un besoin. La réaction du public a été exceptionnelle [...] et on a senti que la communauté voulait faire le party avec nous. Alors, on a inclus les Franco-Canadiens dans notre processus», sourit Pascal Boyer. L’équipe avait donc installé dans le bistro de LNS un décor évoquant l’hiver, la neige, le bois et le chalet où l’on se réchauffe en faisant «des partys en famille».

L’autre grand manitou du contenu est le scénariste Louis-Philippe Dion. C’est lui qui a signé la plupart des textes des deux Flippons – et supervisé ceux concoctés par ses chroniqueurs.

Trois chroniqueuses

Reprenant la formule de l’an passé, l’émission oscillera entre sketches et interventions de cinq chroniqueurs invités. Parmi lesquels, trois nouvelles têtes: les trois filles, Diandra Grandchamps, Nadia Campbell et Évelyne Roy-Molgat, venues se greffer à Mathieu Pichette et Alex Bisaillon, déjà présents sur Flippons 2018.

Membre d’Improtéine, Nadia Campbell était en fait de la première édition, mais au sein de la troupe d’impro. Cette année, elle a droit à son solo (plus effacée que l’an dernier, la gang d’Improtéine participe à l’un des sketches, mais n’est plus en mode chronique).

Collaboratrice de Flip l’émission depuis deux ans, Diandra Grandchamps viendra entre autre parler d’«insécurité linguistique», un sujet permanent de la communauté franco, mais particulièrement chaud, par les temps qui courent, mentionne la productrice en rappelant que «Denise [Bombardier] nous a encore fait un joli cadeau cette année».

Évelyne Roy-Molgat, l’étoile montante

La benjamine de la gang, Évelyne Roy-Molgat, n’a que 18 ans. Cette humoriste de la relève a été plusieurs fois finaliste du concours LOL. «C’est une mini-Kat Levac», promise à un grand avenir. «Elle est très sarcastique, avec un humour très intelligent. Et elle arrive très bien préparée», témoigne Fabienne Labbé. Secondé par M. Dion, qui salue «la rigueur» et le «professionnalisme» de la jeune recrue.

Comme l’humoriste de la relève raffole de politique, c’est à elle qu’on a confié, malgré son âge, la chronique la plus délicate de toutes: celle qui concerne la politique.

Plongée dans les débats électoraux, Évelyne Roy-Molgat a bien vite constaté que certains chefs «se chicanaient beaucoup, au lieu de répondre aux questions; il y avait des blagues à faire avec ça.» La jeune chroniqueuse se dit ravie de cette tribune, qui lui «permet de faire passer des messages».

«Je voulais absolument parler d’avortement, parce que ça m’a fâché», dit-elle en évoquant certaines positions du chef conservateur Andrew Scheer.

Au plan local, «il y a aussi des blagues à faire avec le O-Train», ajoute l’humoriste originaire de L’Orignal. La Franco-Ontarienne fait valoir qu’elle a toujours regardé le Bye-Bye en famille: «c’est comme une routine, une tradition dans ma famille. Mais à L’Orignal, on ne comprenait pas toujours les références.. C’est le fun d’avoir notre propre revue de l’année» et de se reconnaître davantage.

Les autres chroniqueurs feront la revue de l’année de la culture, des sports, de l’environnement et des grandes tendances du Web et des technologies.

L’émission de 52 minutes sera diffusée le 31 décembre à 18h, à TFO (en rediffusion le 31 décembre à 23h, puis les 1er et 2 janvier à 18h).

Le scénariste Louis-Philippe Dion

+

PASCAL BOYER ET LES «DÉPHASÉS»

Cette année encore, Pascal Boyer profite de Flippons pour incarner «une pléthore de personnages». L’animateur reprendra son rôle fétiche de directeur d’école, et se grimera en Denise Bombardier, reproduisant une discussion entre la documentariste et quatre jeunes voix franco qui ont marqué l’année. «Denise nous a fâchés un peu en 2019», sourit celui qui a reçu cette année une nomination aux Gémeaux, pour son travail sur Flippons 2018.

Pas question pour lui de varlopper Mme Bombardier – «On s’est amusés à désamorcer la situation» – ni pour le scénariste Louis-Philippe Dion de pousser trop loin l’humour. «Au contraire, on se doit d’être de plus en plus responsables de nos propos et nos blagues», entre autres pour ne pas outrepasser le mandat éducatif de TFO, souligne le comédien. «L’objectif de Flippons, c’est ‘restons relax!, à l’image des Francos, qui sont plutôt laid-back ! »

Mais M. Dion ne s’est pas empêché d’être parfois «irrévérencieux». Et l’équipe a su «demeurer clever et witty» dans ses clowneries, assure Pascal Boyer.

Mais, pour lui, «la superstar de l’année» n’est ni Denise, ni l’élection fédérale, «c’est l’environnement, qui a marqué les esprits entre l’Amazonie, le ‘continent de plastique’ qui grandit et Greta Thunberg». La nouvelle figure de proue environnementaliste fait un carton chez les jeunes... qui est le public privilégié de Flip.

Le regard de Flippons sur la politique est à l’image des jeunes générations. À ce chapitre, Pascal Boyer n’a pas résisté à l’envie de se déguiser en Andrew Scheer et en Maxime Bernier, égratignant le premier pour ses positions sur l’avortement et le droit des femmes, et le second pour son approche climatosceptique. «Il y a quelque chose d’accablant, là aussi. On [les jeunes] se sent déphasés», en les écoutant.

Certains politiciens qui ont déjà servi de punching bags l’an passé reviendront malicieusement. À commencer par les incontournables Doug Ford, Donald Trump et Justin Trudeau, «qui a survécu à un black face, à SNC Lavalin  et qui a remporté ses élections. Être graisseux à ce point, c’est quand même un talent incroyable!  [...] C’est absurde Il faut en rire», laisse entendre le scénariste.

+

2019, UNE ANNÉE CHARNIÈRE

Il ne faudra pas nécessairement chercher de grand fil conducteur, avec cette revue. «On dirait que 2019 a été une année de transition entre 2018 et 2020. Elle a été moins polarisante, en tout cas pour les Francos-Canadiens», analyse Pascal Boyer. 

Un avis que partage Louis-Philippe Dion: «L’ouragan, ç’a été 2018. 2019, c’est l’année de la reconstruction. De la solidarité, aussi: c’est le fun de voir l’activisme renaître», abonde le scénariste. 

M. Dion voit dans les coupes du gouvernement Ford de 2018 le «coup d’épée» dont les Francos avaient «besoin pour dire ‘non, ça, on le prend pas!».  D’où l’idée du groupe, de l’enregistrement collectif, et l’envie de proposer un concept de «party de famille» télévisé. «On a pris du recul [sur 2018]; la communauté n’est plus sur la défensive.»