Standish Hall

Standish Hall: l’envol multimédia

Au cœur de la formation Standish Hall, on retrouve Frédérick Gauthier et Eric Lord, mais le duo («on travaille ensemble depuis 15 ans, sur différents projets; on est presque un couple», diront-ils) a pris l’habitude de se présenter sur scène à 4, 5, ou même l’ensemble des 7 musiciens qui gravitent autour du band.

Dans le cadre de 3e Œil, ils présenteront à la Salle Jean-Despréz La chute d’Icare, un spectacle multimédia auquel participera leur complice Alexandre Mercier. Batteur d’origine du groupe, ce dernier – qui fait aussi partie du noyau dur de Standish Hall – sera sur scène pour mixer live des images vidéo projetées sur un grand écran étendu sur toute la largeur de l’arrière-scène. Des vidéos que ce graphiste de formation a lui-même conçues.

Ce concert essentiellement instrumental reprendra en trois actes le mythe d’Icare. Un comédien, Jonathan Cusson, se greffera ponctuellement au trio pour aider le spectateur à suivre le fil (d’Ariane), depuis le labyrinthe de Dédale jusqu’à l’insolation et la chute de son fils. Le groupe présentera de nouvelles compositions, assure Eric Lord, en complétant les tableaux par des pièces tirées de leur deux premiers albums. Deux autres musiciens et une chanteuse les accompagneront parfois, à titre d’invités, le temps d’une ou deux chansons.

«C’est considéré ‘expérimental’ à cause du multimédia, mais c’est très facile d’accès; il y a beaucoup d’émotions qui se dégagent», soulève au passage Eric Lord. Secondé au vol par Alexandre Mercier: «C’est comme un voyage. À la fois rock et électro, mais c’est surtout un trip ambient.»

Mais pour Standish Hall, qui avait composé les trois tounes mythologiques préalablement à cette résidence, l’intérêt de 3e Œil n’était pas de présenter du nouveau matériel – ce qu’ils feront néanmoins. L’objectif était plutôt de concevoir un spectacle ajustable, qui s’adapterait à toutes sortes de configurations scéniques, qu’ils soient invités sur la grande scène d’un festival ou dans le coin exigü d’un bar, expliquent les trois principales têtes de l’hydre Standish Hallienne.

Reste que «le défi du deadline était très structurant, [tout comme] le mentorat au niveau de la mise en scène, argue le musicien, pour qui «Claire Duguay a été comme un phare».

C’est Martine Charon qui a ensuite été désignée pour encadrer leur mise en scène, «vérifier qu’il n’y avait pas de trou», et, avec le recul de son regard, «confirmer» certaines idées ou réenligner l’équipe, ajoute-t-il.

La bande avait aussi envie de proposer un spectacle interactif – ils voulaient par exemple que le public puisse influer sur des éléments sonores du spectacle, via leur téléphone cellulaire – mais l’idée s’est révélée un peu ambitieuse technologiquement, et pas particulièrement riche, d’un pur point de vue artistique, concèdent-ils. «On s’est rendu compte que la scène se prétait mal à ça», convient Frédérick Gauthier.

Revoir ses plans: c’est aussi à cela que ça sert, une résidence...

«Créatifs et hyper-perfectionnistes»

«On est des créatifs et des hyper-perfectionnistes», perçoit Frédérick Gauthier, qui, via 3e Œil, vient avant tout chercher l’expérience live: «La scène, c’est le fun, mais pour nous, c’est aussi un défi». Eux aussi auraient d’ailleurs apprécié avoir un meilleur accès à la salle Jean-Despréz, afin de mieux peaufiner les choses, notamment au plan des éclairages, mais c’était difficilement possible, cette année.

Le duo a toutefois pu profiter de la résidence pour travailler sur des décors amovibles. Quand ils devront, dans le futur, se dispenser de certains panneaux, faute d’espace... pas de problème, puisque c’est là un des éléments clefs de leur concept à géométrie variable.

Standish Hill a aussi développé le maquillage, les éclairages et un dispositif scénique suggérant le soleil, élément évidemment névralgique au récit.

«Grâce à 3e Œil, on a appris à se faire confiance», se réjouit Frédérick Gauthier. Par le passé, Standish Hall a déjà accompagné, devant public, la trame d’un film (Metropolis, le vieux classique de Fritz Lang).

Un exercice similaire, donc, mais leur travail se bornait à l’habillage musical.

«Là, on est allé une coche plus loin: la vidéo est [sur un pied d’égalité] avec la musique; on a ajouté des pièces chantées, et on se cache moins» derrière les images appartenant à quelqu’un d’autres, expose M. Mercier

Les fruits du Projet 3e Œil n’ont pas encore été tous consommés. Standish Hall attend aussi beaucoup de «l’après-spectacle», car «le mentorat va se poursuivre après le show», rappelle-t-il en évoquant les aspects plus administratif et business des choses.