Théâtre

«Kanata» finalement présentée à Paris

La controversée pièce «Kanata», de Robert Lepage, sera finalement présentée plus tard cette année par le Théâtre du Soleil, à Paris.

Par communiqué, le théâtre a indiqué mercredi qu'en accord avec Robert Lepage, il a décidé «de poursuivre avec lui la création (du) spectacle et de le présenter au public aux dates prévues, sous le titre “Kanata — Épisode I — La Controverse”.»

Ex Machina, la compagnie de production de Robert Lepage, avait annoncé plus tôt cet été l'annulation du spectacle, faute de moyens, puisque les coproducteurs nord-américains avaient retiré leurs billes du projet dans la foulée d'une controverse.

Plusieurs groupes autochtones avaient en effet dénoncé la pièce, qui traite de la relation entre les Blancs et les Autochtones, étant donné qu'elle n'incluait aucun artisan des Premières Nations.

Robert Lepage et la femme de théâtre Ariane Mnouchkine, qui produisait le spectacle, avaient eu une rencontre avec les intervenants, mais la grogne ne s'était pas calmée.

La troupe de théâtre avait alors annoncé qu'elle réfléchirait à l'avenir du spectacle.

«Après avoir (...) pris le temps de réfléchir, d'analyser, d'interroger et de s'interroger, Ariane Mnouchkine et le Théâtre du Soleil sont finalement arrivés à la conclusion que “Kanata”, le spectacle en cours de répétition (...) n'appelle ni à la haine, ni au sexisme, ni au racisme ni à l'antisémitisme; qu'il ne fait l'apologie d'aucun crime de guerre ni ne conteste aucun crime contre l'humanité; qu'il ne contient aucune expression outrageante, ni terme de mépris ni invective envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, ou une religion déterminée», indique le théâtre d'entrée de jeu.

Le troupe a ajouté qu'elle n'avait pas l'obligation de «céder aux tentatives d'intimidation idéologique en forme d'articles culpabilisants, ou d'imprécations accusatrices, le plus souvent anonymes, sur les réseaux sociaux».

Les artisans de la pièce souhaitent maintenant donner aux spectateurs l'occasion de voir le spectacle et de se faire eux-mêmes une opinion.

«Une fois le spectacle visible et jugeable, libre alors à ses détracteurs de le critiquer âprement et d'appeler à la sanction suprême, c'est-à-dire à la désertification de la salle. Tous les artistes savent qu'ils sont faillibles et que leurs insuffisances artistiques seront toujours sévèrement notées. Ils l'acceptent depuis des millénaires», indique-t-on.

En après-midi, la compagnie de Robert Lepage, Ex Machina, a publié un bref communiqué dans lequel elle précise que le Théâtre du Soleil produira «Kanata» «avec ses propres moyens».

Elle ajoute que Robert Lepage assurera la mise en scène sans rémunération et à titre personnel.

«Victoire de la liberté artistique»

La décision d'annuler la pièce avait suscité différentes réactions. Certains, comme l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, avaient indiqué que les événements offraient une bonne occasion de réfléchir.

Le gouvernement libéral, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec avaient de leur côté dénoncé la décision d'annuler le spectacle, jugeant qu'il était important de protéger la liberté d'expression.

Appelé à commenter, mercredi, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a d'ailleurs salué la décision du Théâtre du Soleil, qu'il voit comme une «victoire de la liberté artistique».

«On va pouvoir voir, juger, détester ou aimer “Kanata”. C'est une victoire de la liberté artistique sur les censeurs et sur les producteurs qui n'ont pas de force morale. Bravo Ariane Mnouchkine, bravo Robert Lepage», a-t-il lancé.

Appelé à préciser qui il pointait en parlant de «censeurs», il a indiqué qu'il parlait de «tous ceux qui disent que si tu n'as pas participé à l'événement, si tu n'as pas la bonne couleur, si t'es pas de la bonne religion, tu ne peux pas parler de ça».

«Je pense que la liberté artistique, c'est l'artiste qui peut se saisir de n'importe quel aspect de la grande richesse humaine, le retravailler, l'interpréter en faire une création qui sera soumise à la critique», a-t-il avancé.

«L'art émeut, éclaire, dérange et parfois choque, alors elle émouvra, elle éclairera ou elle choquera, c'est le rôle de l'art dans notre société de faire ça.»

L'annulation de «Kanata» était survenue après celle de «SLAV», un autre spectacle de Robert Lepage qui n'avait eu que quelques représentations au Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal, sous les cris des manifestants, avant d'être annulé. Les créateurs avaient été accusés d'exploiter l'histoire des Afro-Américains, dont le triste héritage de l'esclavage, sans leur faire de place dans la production.

«Kanata» doit prendre l'affiche à compter du 15 décembre.

Spectacles et théâtre

Florent Vollant et Édith Butler à La Nouvelle Scène

Les planches de La Nouvelle Scène recevront Florent Vollant et Édith Butler, dans le cadre de la 13e saison musicale du centre de diffusion théâtrale.

La Nouvelle Scène Gilles Desjardins (LNS) a dévoilé mercredi la programmation musicale de sa saison 2018-2019. Chants innus, folk acadien, jazz, électropop et cinéma: cette éclectique programmation accueillera également Salomé Leclerc et l’artiste La Bronze (Nadia Essadiqi, danseuse et chanteuse ayant grandi à Aylmer).

«Tous [les invités] nous inviteront dans leurs univers bien distincts pour des soirées musicales intimes et inoubliables», stipule le musicien Marcel Aymar, qui a concocté cette série musicale (et celles des années précédentes).

Cette série, M. Aymar l’a souhaitée «arrimée» à l’offre en théâtre et en danse de LNS, dévoilée en mai dernier. «Aussi, j’ai voulu ajouter une forte présence du cinéma, qui s’attache à plusieurs des spectacles », a-t-il indiqué, en rappelant que «les espaces de LNS nous permettent d’avoir un rapport intime avec les artistes sur scène». 

Cette série qui se veut «humaine» se décline en 6 temps forts.

Florent Vollant ouvrira le bal le 25 octobre avec son folk innu et son univers poétique. La soirée débutera par la présentation du documentaire Innu Nikamu: Chanter la résistance, réalisé par Kevin Bacon Hervieux. 

La Bronze sera de passage le 16 novembre pour défendre son plus récent album, Les corps infinis. LNS renoue cette année avec le festival Vues d’Afrique, à Montréal. Ce partenariat permettra la projection du film Raja Bent El Mellah, en première partie du spectacle de La Bronze.

L’année 2019 débutera sur des airs de jazz, alors que Lorraine Desmarais et son trio rendront hommage au célèbre jazzman Bill Evans, le 25 janvier. Leur prestation sera précédée d’un documentaire sur la vie de M. Evans: Life Remembered.

L’Acadienne Édith Butler suivra, le 15 février; en première partie, on propose de visionner le film Vague d’Acadie, signé Phil Comeau.

Grâce au partenariat entre LNS et le Festival international de la chanson de Granby, la soirée du 14 avril mettra en vedette l’auteure-compositrice-interprète Salomé Leclerc et plusieurs invités-surprises liés au prestigieux festival des Cantons-de-l’Est.

La Série musicale se clôturera avec le spectacle d’ouverture de la semaine Trille Or, en compagnie des cinq artistes mis en nominations dans la catégorie Meilleur auteurs-compositeurs, dans le cadre du gala Trille Or. Ces cinq finalistes (qui seront dévoilés en janvier 2019) partageront la scène.

Détails, programmation complète et billetterie: nouvellescene.com

Spectacles et théâtre

«Belles-Soeurs»: toujours sa pertinence 50 ans plus tard

MONTRÉAL - Il y a très exactement 50 ans, le 28 août 1968, le Théâtre du Rideau Vert présentait la première d’une pièce qui allait chambouler la culture québécoise: «Les Belles-Soeurs».

Loin de prétendre qu’il avait de grandes ambitions pour sa toute première pièce, l’auteur Michel Tremblay soutient qu’il ne s’agissait que d’un simple exercice de style.

«Je voulais savoir si le joual pouvait être joué au théâtre. Aujourd’hui, je peux dire que je n’ai pas raté mon coup!», reconnaît-il en éclatant de son rire distinctif.

Avec son complice, le metteur en scène André Brassard, il n’espérait rien de plus que de présenter un bon spectacle.

«On a fait ça dans une espèce d’innocence et d’insouciance. C’était notre premier à tous les deux. On savait que la pièce avait une petite odeur de soufre parce que beaucoup de gens avaient refusé de la jouer et que ça se parlait de la vulgarité dans le milieu», se rappelle le dramaturge.

Pourtant, bien au-delà de l’anecdote d’une première pièce jouée en joual pour parler directement au «vrai monde» de la réalité de la vie sur le Plateau Mont-Royal, «Les Belles-Soeurs» est devenue la pierre angulaire du théâtre québécois. Celle qui a ouvert la porte aux créations d’ici et qui est encore montée 50 ans plus tard.

«N’importe quelle pièce peut être réduite à son anecdote. Je pense que les sociétés ont beau changer, les êtres humains restent les mêmes. Si, sur scène, vous sentez des êtres humains qui vous parlent plutôt qu’un auteur, vous avez plus de chances d’être touchés», estime Michel Tremblay.

«Toute proportion gardée, on joue des pièces qui ont 2500 ans sans se poser de questions, mais quand c’est un texte québécois, après dix ans on se demande si ça a vieilli. Pourquoi ça vieillirait s’il y a de l’humanité?», demande-t-il.

Selon lui, ce réflexe vient peut-être du fait que l’universalité des Québécois est encore toute nouvelle. «C’est nouveau que nos textes dépassent les frontières. Pendant 200 ans, on nous a dit qu’on était des imbéciles et qu’on n’était pas capable de créer des choses intéressantes parce que la culture venait d’ailleurs», explique le dramaturge en soulignant que c’est grâce à Gratien Gélinas, Marcel Dubé et Françoise Loranger que les Québécois ont appris qu’ils pouvaient écrire leur propre culture.

Pour Denise Filiatrault, qui faisait partie de la distribution en 1968, l’explication de l’éternelle jeunesse des «Belles-Soeurs» est simple: «C’est parce qu’elle est très bonne! Ça s’adresse au vrai monde et les gens se reconnaissent. Quand je l’ai lue la première fois, j’ai pleuré, j’ai ri, j’ai dit, il faut absolument que ce soit joué», souligne l’actrice et metteure en scène qui se réjouissait d’être présente pour fêter 50 ans plus tard.

Encore aujourd’hui Denise Filiatrault considère qu’il reste encore des belles-soeurs à Montréal et un peu partout au Québec. Selon elle, la pièce est toujours actuelle. «Ça fait rire et ça fait réfléchir. Elle contient tout ce qu’une pièce a besoin pour qu’elle marche fort et qu’elle marche encore», assure-t-elle.

Michel Tremblay insiste pour dire que l’année où la pièce a été écrite n’a aucune importance. «C’est juste quand c’est nous qu’on y pense. Jamais on ne penserait à ça devant une pièce de Tennessee Williams», note-t-il.

Une nouvelle production

Mardi soir à la Place des arts, à Montréal, on a souligné ce jubilé par le lancement d’une toute nouvelle production de la comédie musicale «Belles-Soeurs» en présence de l’auteur Michel Tremblay et de dizaines de comédiennes ayant toutes été des belles-soeurs à travers les décennies.

Dans la nouvelle distribution, c’est Kathleen Fortin qui hérite du rôle principal de Germaine Lauzon. Elle sera notamment entourée de Sonia Vachon dans le rôle de Rose Ouimet et d’Eveline Gélinas dans celui de Pierrette Guérin.

Une habituée du répertoire de Tremblay, Kathleen Fortin ne cache pas que de chausser les souliers de Germaine Lauzon revête quelque chose de particulier.

«C’est sûr que Germaine, c’est un rôle mythique dans la dramaturgie québécoise. C’est un beau défi, un beau cadeau», souligne celle qui a déjà eu un avant-goût en remplaçant Marie-Thérèse Fortin dans une précédente version.

«Germaine Lauzon c’est le lead, mais la vedette c’est la gang de femmes qui sont là», ajoute-t-elle. Pour l’actrice, ce tableau de 15 femmes en scène demeure une perle rare dans le théâtre contemporain et la pièce n’a pratiquement pas pris une ride.

«Ça résonne encore beaucoup aujourd’hui, on voit le chemin qu’on a parcouru depuis 50 ans en tant que femmes et le chemin qui nous reste à parcourir aussi», observe-t-elle.

La musique composée par Daniel Bélanger vient d’ailleurs offrir une cure de jouvence au texte selon Mme Fortin.

Pour le metteur en scène René Richard Cyr, le plus beau dans l’aventure des «Belles-Soeurs», c’est qu’»on célèbre les 50 ans d’une oeuvre qu’on joue encore et qui va encore être jouée pour longtemps».

Un demi-siècle après avoir monté son tout premier spectacle au Théâtre du Rideau Vert, l’auteur Michel Tremblay se plaît toujours autant à redécouvrir ce que les autres ont fait de son texte.

«Ce que j’ai écrit, je le connais par c?ur, je suis tanné! Mais les décors, les costumes, l’éclairage tout est différent et tout est joué de manière différente et ça, c’est passionnant», a-t-il commenté.

À compter du 27 septembre, la production part en tournée dans sept régions du Québec, dont les premières seront Gatineau, Montréal, Québec et Sherbrooke.

Théâtre

Albert Millaire inhumé à Montréal

MONTRÉAL — La famille du comédien Albert Millaire, décédé le 15 août à l'âge de 83 ans, recevra les condoléances de la population lundi, entre 10h et 13h, au Centre funéraire Côte-Des-Neiges, à Montréal.

L'inhumation se déroulera par la suite au Cimetière Notre-Dame-Des-Neiges.

Un hommage sera rendu à l'homme de théâtre le 17 septembre au Théâtre du Nouveau Monde, où il a joué à maintes reprises au cours de sa carrière de 60 ans. La cérémonie sera animée par la comédienne Marie-Thérèse Fortin.

Albert Millaire s'est aussi signalé à la télévision, ayant interprété des rôles majeurs dans plusieurs séries dont D'Iberville, Le Courrier du Roy, et plus récemment Mémoires vives.

On l'a aussi vu au cinéma, dans des productions comme Mustang, J'en suis et La vie heureuse de Léopold Z.