Arts et spectacles

Le «Broadway canadien» à Ottawa en 2019

La série Broadway Across Canada a dévoilé sa saison 2018–2019 et présentera quatre productions à Ottawa. La Salle Southam du Centre national des arts accueillera School of rock (25-30 septembre) inspiré du film éponyme, mais aussi Beautiful – The Carole King Musical (1-6 janvier 2019) sur l’ascension de Carole King vers la célébrité, production couronnée aux prix Tony et Grammy.

Également à l’affiche, The King and I suit l’évolution de la relation non conventionnelle entre le roi Siam et Anna Leonowens (12-17 mars 2019). Enfin, le récent Come from away (20 août-1er septembre 2019) relate l’histoire vraie de milliers de passagers dont l’avion a été dérouté à Terre-Neuve un certain 11 septembre. Renseignements: nac-cna.ca/fr/broadway

Spectacle et théâtre

La force tranquille de Tim Hicks

Il y a 5 ans, personne ne connaissait encore Tim Hicks. Le chanteur country avait déjà passé une bonne décennie à essayer de se faire un nom, à tourner dans les bars où il vivait sa passion 4 h par soir, six jours par semaine. Il n’avait pas encore réussi à produire un album et interprétait surtout des reprises. Il avait 33 ans. Que s’est-il passé pour que l’Ontarien prenne soudainement son envol et atterrisse dans les hautes sphères des récompenses musicales (JUNO, CCMA, SOCAN) ? Retour sur un parcours au long cours, qu’il résume ainsi avec philosophie :

« 18 ans passés comme musicien voyageur. C’est quand j’ai commencé à ne plus m’en faire que le succès est arrivé. »  

Le chanteur tente le tout pour le tout et organise un mini-concert parallèlement aux Prix de la Canadian Country Music Association en y conviant des gérants de l’industrie. « C’était à 30 minutes de chez moi, se souvient-il. On m’a dit, à la fin de ma prestation, que mes chansons étaient OK, mais ma voix les a vraiment séduits. Ma femme était enceinte, elle a accouché peu de temps après. Tout s’est enchaîné ensuite, j’ai emmené ma famille avec moi pour enregistrer mon disque à Nashville. »

Sans jamais se départir d’une modestie fort sympathique, Tim Hicks nous donne l’impression d’avoir bataillé dur pour se faire accepter dans les ligues musicales majeures. À la manière de ces sportifs qui ne comptent pas leurs efforts dans la réalisation de leurs rêves, aussi fous soient-ils. 

Son palmarès force l’admiration : deux nominations aux JUNO, le Prix Étoile Montante du CCMA, des chansons certifiées Platine et Or, un prix SOCAN en 2015. L’une des réalisations dont il est le plus fier ? Avoir fait la première partie de Tom Petty, au Bluesfest, le 16 juillet dernier. « Peut-être l’une de ses dernières premières parties », fait remarquer avec émotion le chanteur country qui garde un souvenir impérissable de ce concert sans avoir eu la chance, pourtant, de rencontrer Tom Petty en personne.  

« Nous tous, dans mon équipe, sommes de grands fans de lui, évoque-t-il. J’avais l’habitude de faire des reprises de ses chansons en spectacle. Alors, quand mon gérant m’a annoncé que j’allais faire sa première partie, j’ai failli tomber de mon siège ! Je me souviens très bien de ce moment : je rentrais de vacances dans le Sud avec ma famille quand j’ai appris la bonne nouvelle dans l’avion en rallumant mon téléphone. J’étais tellement excité que je l’ai laissé tomber à terre ! »

Arts

St-Tite sur la route

Au Québec, la tournée de Tim Hicks ne s’intitulera pas Shake These Walls tour, mais St-Tite sur la route, puisqu’elle est présentée par le célèbre rendez-vous de musique country organisé à St-Tite en septembre.

Pour l’artiste, il s’agit d’avoir plus facilement accès à un marché francophone qui peut être plus compliqué à atteindre. D’un point de vue événementiel, de faire la promotion de ses activités auprès d’un public-cible. Coup de projecteur sur un phénomène qui allie ouvertement stratégie marketing et programmation musicale.    

On connaissait les festivals proposant des spectacles hors édition régulière (le Festival de Jazz d’Ottawa, par exemple, développe un volet hivernal). Voici ceux qui organisent leurs tournées en dehors des dates et lieux officiels. 

« Notre objectif est de sortir la musique country nouveau genre de notre événement, explique Geneviève Frappier, coordinatrice aux communications et équipe spectacle du Festival Western de St-Tite. Présenter aux spectateurs qui n’ont pas forcément eu la chance de venir au festival le concert que nous avions déjà programmé. C’est une façon de prolonger la durée de l’événement. » 

Le projet est né d’un partenariat avec Beaulieu Artistik Management (signature, notamment, de Cœur de Pirate et des sœurs Boulay) et le Festival Western de St-Tite, un demi-siècle au compteur en 2017. 

Publiciser le festival

La tournée annoncée dans la foulée de l’année-anniversaire servira aussi de courroie promotionnelle à la prochaine édition, prévue du 7 au 16 septembre. « Nous amènerons une touche St-Tite à la Salle Odyssée en plongeant les gens dans l’ambiance. » Attention toutefois aux promesses du discours marketing : il n’est pas question de doubler le concert d’un show de rodéo ou de toute autre activité Western, mais bel et bien de faire la publicité du festival, sur place. « Des représentants de l’événement pourront renseigner les spectateurs intéressés, il y aura aussi un kiosque de présentation et un photobooth »

Tim Hicks est le premier à étrenner cette nouvelle formule à Gatineau, Québec et Trois-Rivières. Initialement, le projet aurait dû tourner dans trois autres villes (Saint-Hyacinthe, Drummondville et La Baie), mais ces dernières se sont désistées. 

« Il y a eu un emballement autour du projet à son annonce, justifie Geneviève Frappier. Mais certaines salles n’ont pas fait tous leurs calculs. Nous nous sommes alors concentrés sur les marchés des grands centres de la province. » La proximité d’Ottawa et la ferveur country de la région ont maintenu le concert à la Salle Odyssée bien que Tim Hicks se soit déjà produit cet été au Bluesfest. 

 Son passage lors de la 49e édition du Festival Western a amorcé un virage assumé vers la musique anglophone. 

« Quand nous l’avons programmé en 2016, au festival, nous cherchions un artiste avec le vent dans les voiles. On programmait déjà sa musique dans nos rodéos. » 

 L’an dernier, c’est Dean Brody qui lui a succédé dans la menue catégorie des recrues anglophones. 

« Ils sont reconnus ailleurs, mais restent nouveaux au Québec. On leur offre une tribune, or celles-ci sont plutôt rares au Québec. » Et l’expertise d’une machine festivalière bien rodée avec quelque 700 000 spectateurs pour la dernière édition.

Spectacles et théâtres

Sur les pas de Nijinsky

Au cœur de ce ballet éponyme, l’immense Nijinsky, homme faune qui révolutionna la danse au XXe siècle. « Les gens disaient qu’il volait littéralement sur scène », raconte Guillaume Côté, son interprète dans la production du Ballet national du Canada (BNC), du 25 au 27 janvier au Centre national des arts.

L’excellence musclée du BNC, le génie du légendaire Nijinsky, la musique énergique de Chostakovitch... Comment passer à côté de ce ballet-hommage imaginé par une autre icône de la danse, John Neumeier ?

Le chorégraphe en chef et directeur artistique du Ballet de Hambourg est un fervent admirateur de Nijinsky, au point d’en avoir établi une collection personnelle.

C’est l’histoire d’un phénomène singulier devenu mythe planétaire : le célèbre interprète et chorégraphe russe n’aura dansé que 10 ans durant la Belle Époque avant de sombrer dans la folie et de tirer sa révérence à l’âge de 29 ans. Avant-gardiste, révolutionnaire, il fut aussi le premier danseur masculin à défrayer la chronique internationale. John Neumeier voulait recréer un portrait intime à l’occasion du 50e anniversaire de sa disparition, en l’an 2000. « Ce ballet, c’est son chef d’œuvre, nous confie Guillaume Côté, danseur étoile et associé chorégraphique du BNC. Il a attendu la fin de sa carrière pour le créer. Et nous sommes les seuls, avec le Ballet de Hambourg, à avoir l’autorisation de l’interpréter. »

Alors forcément, la barre est haute dans cette superproduction foisonnante qui recoud les fils d’une vie hors normes. En 2h20, le spectacle tricote scènes biographiques et chorégraphies historiques en montrant Nijinsky aux prises avec les différentes facettes de sa personnalité : « faire le portrait du Dieu de la danse, comme on l’appelle, c’est intimidant », reconnaît sans ambages le danseur natif du Lac-Saint-Jean qui l’interprète dans la trentaine, donc après son heure de gloire.

Bête de scène, il faudra bien sept danseurs différents du BNC pour l’incarner au cours de la soirée ! Car les rôles se multiplient... Le Nijinsky torturé entre deux séjours en sanatorium, le danseur à scandales qui osa se masturber sur scène dans l’Après-midi d’un faune ou encore l’interprète androgyne dans Schéhérazade... C’est par lui qu’advient l’une des premières attaques contre les clichés censés définir la masculinité, au début du XXe siècle.

La distribution du spectacle change à chaque représentation afin de conserver toute la vigueur des corps prêts à l’attaque. « Comme à l’opéra, nous pourrions jouer en alternance en se reposant un soir sur deux, mais ce serait impossible de garder le même calibre d’interprétation. »

Ça fait quoi, de danser Nijinsky ? « Ça fait mal ! plaisante à moitié Guillaume Côté. Il pousse son corps à la limite de la physicalité, c’est très athlétique. La chorégraphie impose un long solo dès le début puis une présence constante sur scène pendant 2 h. Dans la seconde partie, le personnage plonge dans la folie et il faut pousser le corps pour qu’il s’y fonde. C’est peut-être cette folie, d’ailleurs, qui lui a offert une distance avec le réel et la possibilité de produire les créations qu’il a faites. »


POUR Y ALLER

Quand ? Du 25 au 27 janvier, 20 h

Où ? Salle Southam du Centre national des arts

Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000