Etienne Ranger, Le Droit

Wild West Show: Mani Soleymanlou en terrains reconnus

« J’ajoute mon recul à leur urgence de dire. » C’est ainsi que Mani Soleymanlou perçoit son rôle de metteur en scène du Wild West Show de Gabriel Dumont. La production, présentée en première mondiale au Centre national des arts du 18 au 21 octobre, revisite la lutte des Métis de l’Ouest, dans un mélange des genres digne des spectacles à grand déploiement de Buffalo Bill à la fin de XIXe siècle.

« Je ne suis pas issu des Premiers Peuples, ni empreint des luttes entre francophones et anglophones », soutient l’Iranien de naissance qui a grandi en partie à Paris, à Toronto, puis à Ottawa, avant de s’installer à Montréal. 

« Mais peu importe ses origines, on doit être à l’écoute de l’autre. Et peu importe d’où je viens, je vis ici maintenant, et il s’agit donc aussi de mon histoire », renchérit le trentenaire du même souffle.

Il n’en apprend pas moins, non seulement sur Gabriel Dumont et les Métis, mais tout autant sur lui et sa pratique du métier. À être à l’écoute des auteurs (ils sont 10, incluant le noyau dur formé de Jean Marc Dalpé, Alexis Martin et Yvette Nolan) et de la dizaine d’interprètes francophones, anglophones et autochtones des quatre coins du pays qu’il dirige. Il s’est mis au service de l’œuvre, et du dialogue collectif qui en découle. 

Car pour l’homme de théâtre, ce Wild West Show marque une première mise en scène d’un texte qu’il n’a pas lui-même écrit. « Le plus grand vertige, pour moi, il est peut-être là, justement », avoue-t-il.

D’ailleurs, ça lui a pris « un temps » avant qu’il se sente partie prenante du projet, qu’il puisse également en parler comme de « notre show » en s’incluant dans ce « nous ». 

Or, cette quête de langues et d’histoires à la fois individuelles et communes résonne fort en Mani Soleymanlou. De Un à 8, chacune de ses pièces a touché à la notion identitaire, aux préjugés, voire au racisme dans le rapport à l’autre. 

« Là, il est question d’un pays qui ignore consciemment des pans de son histoire. » Et il énumère : le prix humain de la construction du chemin de fer, les pensionnats pour « blanchir » les enfants autochtones, la lutte des Métis…

« Il y a donc quelque chose d’émouvant à voir et entendre les interprètes parler en cri, parce que pour eux aussi, il s’agit d’une langue oubliée avec laquelle ils renouent », mentionne celui qui, pour sa part, parle le farsi de ses ancêtres, mais l’écrit « au son ».

Ainsi, les spectateurs entendront du cri, du mitchif et quelques mots de lakota se mélanger aux deux seules langues dites officielles au pays. « On ne pouvait pas normaliser le texte en une seule langue. Ç’aurait été aller contre la nature même de ce que nous voulions faire entendre et raconter. »

« Go West, young man ! »

Sur les conseils de l’auteur et comédien Jean Marc Dalpé, Mani Soleymanlou s’est par ailleurs rendu dans l’Ouest, en cours de création.

« J’ai visité Batoche. J’ai lu les noms des personnages du texte sur les pierres tombales du cimetière. J’ai vu les trous de balle dans le grenier de l’église. C’est énorme ! Ces gens-là n’étaient pas des soldats. Ils se sont battus pour eux, pour ce qu’ils sont, pour la suite de leur monde. Ça m’émeut profondément cette lutte contre Goliath. Contre l’argent, les chevaux et les soldats de John A. MacDonald, il y a toute la force de l’engagement citoyen dont on est témoins à regarder les images de la Catalogne, en ce moment », soutient le metteur en scène, interviewé quelques jours après le référendum catalan.

Bien qu’il ne souhaite pas que la production soit perçue comme « un énième spectacle » créé en lien avec le 150e de la Confédération, il est conscient qu’« il y a une instrumentalisation à laquelle on n’échappera peut-être pas ». 

Mani Soleymanlou persiste néanmoins à croire que ce spectacle s’avère un regard sur le passé pour se projeter dans l’avenir. Un avenir à (re)définir ensemble.

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POUR Y ALLER

Quand: Du 18 au 21 octobre, 19 h 30

Où: Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA ; ou 1-888-991-2787, ticketmaster.ca