Vols d'essais-erreurs

CRITIQUE / Mélange des genres casse-figure et acrobaties vertigineuses... Dans Volta, le Cirque du Soleil tente le grand écart des influences et frôle dangereusement le point de rupture. Mais il y aura toujours la virtuosité des interprètes pour rattraper de justesse une mise en scène sans queue ni tête. 
Monsieur Loyal a été troqué en animateur télé tout droit sorti d'un carnaval vénitien (!), excellent chauffeur de salle pendant que le chapiteau se remplit progressivement des 2600 spectateurs attendus.
Impossible de manquer le Cirque du Soleil, cet été, qui a stratégiquement déménagé ses 1200 pieux (chiffres à l'appui) de Kanata au centre-ville de Gatineau, en bordure de rivière tout près du pont Portage. Un emplacement idéal pour courtiser publics anglophones et francophones, d'autant que le spectacle, fraîchement créé à Montréal, est bilingue. 
Nul besoin de grandes paroles, toutefois, pour comprendre que le personnage principal - mouton noir de la troupe, coiffé d'une perruque à plumes bleues pour le signifier - tolère difficilement « sa différence ». Le scénario tente d'évoluer sur la trame de l'acceptation de soi en passant par moult pirouettes et sauts périlleux. On retiendra surtout les prouesses acrobatiques et la musique soul interprétée sur scène, élément-clé du spectacle.
Que s'est-il passé, toutefois, pendant le processus de création, pour aboutir à une facture visuelle si discordante ? Volta, malgré son titre, reste à mille lieues de la poésie aérienne des Toruk ou Totem, et manque farouchement d'émotion.   
Si l'on fait abstraction des costumes - curieux alliage de treillis militaires et de parures baroques kitschissimes -, des univers opposés qu'ils convoquent, mais aussi des projections vidéo aux allures de publicités indigestes et de l'omniprésence des écrans de cellulaires sur scène (le comble !), l'ensemble acrobatique se laisse applaudir généreusement. 
La première partie s'ouvre par un numéro de cordes à sauter phosphorescentes du plus bel effet quand l'acrobate ne se prend pas les pieds dedans. Les sports urbains, signature de cette 41e production, font discrètement leur apparition sur des patins à roulettes, mais s'imposent surtout en deuxième partie avec le quintette des vélocross bigarré, lequel offre les sauts aériens les plus spectaculaires. Bungee et roulodrome finissent par donner un air de parc d'attractions hippie à ce qui ressemblait initialement à une base militaire vénitienne... cherchez l'erreur. 
Indémodables classiques
Paradoxalement, les embardées poétiques naissent des numéros les plus classiques : un trapéziste se balançant doucement sous une lampe mobile, deux autres agrippés à des échelles pivotant avec frénésie comme des toupies.
Mais la séquence tirée par les cheveux - littéralement - demeure peut-être la plus époustouflante du spectacle : on se cabre par empathie pour la contorsionniste suspendue dans les airs par son chignon... 
Tous épatent par leur technique de très haut niveau auréolée d'une désinvolture juvénile qui fait passer l'exploit comme une lettre à la poste... Et quand le numéro échoue, comme aux cerveaux chinois le soir de la première, jeudi, toute la salle retient son souffle, en espérant que la tentative réussisse au prochain essai. 
À l'image de Volta, au titre pleins de promesses, qui s'enlise parfois dans un bouillon fourre-tout mais décroche notre espoir de faire mieux au prochain tour de piste. 
Après tout, la production amorçant sa tournée nord-américaine n'en est qu'à ses débuts...
Pour y aller
Quand ? Jusqu'au 27 août à Gatineau
Où ? Angle du pont Portage de la rue Laurier