Keith Urban a posé ses étuis de guitares à Ottawa, vendredi soir, l’instant d’un spectacle de plus de deux heures.

Urban, chevalier rock

CRITIQUE / Bien que sa tournée, Graffiti U World Tour, porte le nom de son dernier opus, Keith Urban n’a que très peu pigé dans Grafiti U. Le séduisant chanteur d’origine australienne a préféré offrir à ses fans d’Ottawa-Gatineau un éventail de sa riche discographie (onze albums studios) pour mieux faire emporter le Centre Canadian Tire (CCT) dans un feu d’artifice nu-country, en ce vendredi 14 septembre.

Ce n’est sans doute pas trop difficile d’enfiévrer un aréna quand on a, comme lui, déjà réussi à aligner plus de 20 chansons en première position des palmarès (le Billboard Hot Country, essentiellement), et qu’on décline habilement la country à toutes les sauces, rythmiques et sonorités modernes : rock et pop, bien sûr, mais parfois même reggae (My Wave), funk (Texas Time) et ou hip-hop latino (Sun Don’t Let Me Down).

Keith Urban a tout de même ouvert et fermé le spectacle avec des pièces de son plus récent album. Il a entamé les hostilités avec l’énergique Never Coming Down, accueillie par une vague d’allégresse, et, durant le rappel, a invité la chanteuse Lindsay Ell entonner Horses avec lui.

La chanteuse Lindsay Ell

La Canadienne, qui se produit en première partie de sa tournée, connaît bien la chanson : c’est elle qui l’a enregistrée en duo avec Keith Urban. La logique imparable de cette réunion a séduit la foule. Il faut avouer que Lindsay Ell, malgré son jeune âge (29 ans), sait prendre la scène aussi bien qu’elle sait tenir la guitare. Une belle découverte, que cette country-rockeuse de Calgary, qui fut repérée par nul autre que Randy Bachman et qui accompagna Buddy Guy en tournée, avant de voler de ses propres ailes. La foule (10 000 personnes, à la louche) a apprécié l’énergie rentre-dedans’ de son quatuor. Nous aussi.

Période Ripcord
De Graffiti U, Urban n’a pas résisté à reprendre les langoureuses Parallel Line (dans laquelle il convie à emporter un petit morceau de son cœur : effet garanti sur la gent féminine et sur les batteries des cellulaires, aussitôt transformés en briquets numériques) et Love the Way It Hurts (So Good), suivies par My Wave et l’excellente Drop Top, aux tubulures pop nettement plus vivifiantes.

Durant le reste de la prestation — deux heures vingt très énergiques — il a remonté le temps, avant d’arpenter le terrain de jeu du récent Ripcord (2016), dont il en a tiré Gone Tomorrow (here Today), John Cougar, John Deere, John 3:16 et Wasted Time, jouées en ligne, ainsi que deux incontournables : Blue Ain’t Your Color et The Fighter.

Sur disque, The Fighter est un duo avec Carrie Underwood. Sur scène, ça s’articule en... duo avec Carrie Underwood. Pas en chair et en os, bien sûr (sa blonde présence n’est pas requise au CCT avant le 9 juin 2019), mais en voix et en vidéo.

Les jeux éclairages, particulièrement soignés, donnent l’illusion d’un spectacle complètement rock. OK, le mot illusion est superflu. Une prestation à trois guitaristes et un batteur, plus un percussionniste/quatrième guitariste survolté, ça revire vite au rock musclé.

Urban a trouvé le temps de revisiter ses tout premiers mégasuccès internationaux, But For the Grace of God et Somebody Like You. Il a surtout PRIS le temps. De jouer avec la foule, sortant les jumelles pour mieux lire les cartons brandis comme autant de déclarations d’amour ou de demandes spéciales. Il s’est amusé à faire réagir tout le monde, section par section.

Il a joué au chevalier servant en aidant une admiratrice (rebaptisée Cendrillon) à rechausser le soulier perdu en montant trop précipitamment sur scène. Il a courtoisement bavardé de longues minutes et pris des photos avec une poignée de fans venus en famille. Il a régulièrement convié le public à chanter, louant au passage l’énergie et l’enthousiasme du public d’Ottawa.

À l’autre extrémité de l’aréna, une miniscène assez basse et aménagée en forme de U permettait à Urban de se retrouver plus ‘proche de l’action’. Pas de passerelle : pour atteindre ce pied(U)stal, la star n’hésite pas à traverser la foule, tout en chantant et en serrant des mains.

Bref, la vedette se donne corps et âme.

Keith Urban a prévu peu d’espaces tendres. Mais sa version solo acoustique de Stupid Boy et sa reprise de U2 With Or Without You lui ont permis de reprendre son souffle, avant de replonger dans les riffs toniques.

On a notamment eu droit à un redoutable medley où se sont télescopées Who Wouldn’t Wanna Be Me, Kiss a Girl et You Look Good in My Shirt.

Jerry Flowers, bassiste de la première heure d’Urban, et Danny Bader, guitariste émérite qui a rejoint la bande en 2010 (et qui vient de mettre la main à la pâte du nouvel albume de Carrie Underwood), ont chacun eu l’occasion de briller en solo, dans un segment hommage. Hommage à Niall Horan (de One Direction) et à MAX (Max Schneider).

À toutes les sauces, qu’on vous disait... Au point qu’on doive même chercher les bouts country, sous cette avalanche !