Le spectacle Unikkaaqtuat sera présenté dès jeudi en première mondiale au Centre national des arts.

Unikkaaqtuat au CNA: Quand le Nord rencontre le Sud

Donner vie aux légendes du Grand Nord en unissant le talent d’artistes autochtones et allochtones, c’est ce que propose Unikkaaqtuat (Histoires des temps anciens). Fruit de la collaboration entre la troupe de cirque de Montréal Les 7 doigts de la main et celle d’Igloolik (Nunavut) Artcirq, le spectacle sera présenté dès jeudi en première mondiale au Centre national des arts.

Musique, chants de gorge, cirque, théâtre, vidéo animée, les dix d’artistes inuits et non inuits ont uni leurs forces pour mettre sur pied un spectacle multidisciplinaire unique qui met en lumière le peuple Inuk et sa culture qui s’envole petit à petit avec les aînés.

Unikkaaqtuat s’inspire de 12 mythes fondateurs du Nord pour inviter le public à un voyage culturel dans les contrées de l’Arctique. 

«Le public entre dans la culture inuite comme s’il entrait dans une petite tente ou un igloo et qu’une famille l’accueillait. Et on y passe une soirée à se faire imbiber d’histoires», précise Guillaume Saladin, surnommé Ittuksarjuat (le petit vieux qui deviendra grand), codirecteur artistique d’Artcirq qui a grandi à Igloolik avec ses parents anthropologues. 

Ainsi du premier mythe de Création jusqu’«au monde dans lequel on vit aujourd’hui», le spectacle revisite pendant 90 minutes les premières histoires inuites quand la mort n’existait pas et que le jour ne connaissait pas la nuit. 

Collaboration culturelle

Pour habiller ces mythes et légendes, les illustrations de l’artiste peintre et dessinatrice inuite Germaine Arnaktauyok – à qui l’on doit notamment l’ours polaire en arrière de la pièce de 2 $ –, sont projetées sur l’écran géant en arrière de la scène par la compagnie d’Iqualuit Taqqut Productions.

D’ailleurs, ce spectacle multidisciplinaire est né il y a environ cinq ans lorsque Guillaume Saladin et Neil Christopher (Taqqut Productions) ont eu l’idée de fusionner des projections et des animations. «Et de fil en aiguille, je leur ai dit qu’on pourrait joindre nos forces et faire un show de plus grande envergure, se rappelle le cofondateur des 7 Doigts, Patrick Léonard. L’objectif c’était de réunir tout le monde et de raconter ces histoires de façon visuelle.»

Si ce spectacle est le premier projet de cette ampleur issu de cette collaboration, les deux amis Guillaume Saladin et Patrick Léonard se connaissent depuis 2002 et ont souvent travaillé ensemble. «Je vais à Igloolik régulièrement pour différents projets avec Artcirq», indique Patrick Léonard. Et Guillaume Saladin d’Artcirq d’ajouter : «On a toujours collaboré depuis près de 20 ans qu’on existe. Alors je ne vois pas pourquoi ça s’arrêterait.»


« On ne joue pas des personnages, on est proche de qui on est. Cette simplicité d’être sur scène, les inuits ils l’ont. »
Guillaume Saladin, codirecteur artistique d’Artcirq

Respect de la langue

En harmonie avec ces traditions orales, le spectacle a conservé la langue d’origine de ces histoires ancestrales du Grand Nord : l’inuktitut. «On ne voulait pas de traductions pour que les gens se laissent séduire par cette langue. Et les images parleront d’elles-mêmes. C’est très métaphorique», précise Patrick Léonard. «Les gens du Sud, on a une petite tendance à vouloir tout comprendre. Mais on n’a pas besoin de tout comprendre, poursuit Guillaume Saladin. C’est l’occasion de décentrer son point de vue et de se rendre compte qu’il y a d’autres cultures, d’autres pensées et d’autres manières de faire.» 

Outre le partage de ces légendes autochtones, Unikkaaqtuat veut «piquer la curiosité du public». «C’est aussi l’occasion d’offrir un beau moment visuel et acrobatique avec des artistes qui ont une sensibilité et une présence enveloppante», souligne Patrick Léonard. 

Après Ottawa, Unikkaaqtuat sera présenté dans quatre autres villes au pays : Camrose, en Alberta, Nanaimo et Vancouver en Colombie-Britannique ainsi que  Yellowknife dans les Territoires du Nord-Ouest. 

«Notre but c’est de présenter ce spectacle autant aux gens du Sud qu’à ceux du Nord. On est donc en discussion pour le présenter l’année prochaine à La Tohu à Montréal, indique le codirecteur des 7 Doigts, Patrick Léonard. On développe aussi des occasions à Toronto et en Islande. Et Guillaume Saladin de nuancer : «Par contre, on ne veut pas faire de grosses tournées, pour ne pas éloigner de nos familles trop longtemps.»

POUR Y ALLER

Quand : du 9 au 11 janvier à 19h30 et 11 et 12 janvier à 14h

Où : CNA

Renseignements : cna-nac.ca