Jean-François Mercier présentera un nouveau spectacle, au Cégep de l’Outaouais du 6 juillet au 25 août.

Un pacte avec Mercier

Jean-François Mercier sera « consensuel », cet été, à Gatineau.

L’humoriste s’apprête à défendre un nouveau spectacle, au Cégep de l’Outaouais du 6 juillet au 25 août.

Pour public consentant, qu’il présentera les vendredis et samedis (16 soirs, au total), a été spécialement « écrit pour Gatineau », précise-t-il. Évidemment, « s’il y a des numéros qui fonctionnent, tu vas les revoir » ailleurs.

Si certains de ses collègues aiment profitent de l’été pour roder leur plus récent matériel à l’auditorium Alphonse-Desjardins, il ne s’agit pas ici pas d’un rodage proprement dit, même si, Mercier le confesse, il « [s]’en vient essayer des choses, explorer de nouvelles zones ». Toujours sur le fil du rasoir, donc. Au risque de perdre parfois l’équilibre.

« C’est un show consensuel pour ceux qui sont consentants », martelait-il, en entrevue avec Le Droit, un mois plus tôt. Le titre insiste donc sur la connivence que l’humoriste attend de son public. Bien qu’il sonne comme un avertissement, il doit simplement être lu comme un contrat tacite, un pacte : cet été, on vient au Cégep en « complices ». En acceptant en son âme et conscience que le gars sur scène puisse rater sa cible, explique Mercier. 

Frileux ? Non. Mais un peu échaudé, sans doute, par son époque. « Le contexte humoristique a beaucoup changé » et où l’« on » aime s’offusquer pour un rien, dit-il. Mais ce « on » ne reflète bien souvent qu’une minorité d’individus (maîtrisant certes suffisamment bien les réseaux sociaux pour y faire tonitruer de façon virale, ses cris d’orfraies scandalisés). Une masse pas encore assez critique pour que Mercier s’empêche de donner du grain à moudre aux effarouchés, aux trolls et aux fielleux.

« Il y a des choses qu’on ne peut plus dire, mais je fais le pari de les dire en spectacle. Pour moi, être sur scène – si le show n’est pas capté – c’est un peu comme être avec tes chums : t’as pas la même censure. » 

Mercier avoue toutefois qu’il ose aller « moins loin » qu’auparavant. Il continue pourtant de jouer avec les limites, de « chercher la ligne ». Les précautions sont de toute façon souvent inutiles, puisque le métier lui a appris que « les scandales arrivent toujours là où tu ne les attends pas ».

Jouer la vierge offensée est devenu une tendance lourde, constate-t-il. « Je sais que je marche sur des œufs, en disant ça, mais aujourd’hui, les seuls qui obtiennent des affaires, ce sont ceux qui se positionnent en victime. [...] Se montrer outré, c’est devenu un exercice. Tout le monde [s’offusque] pour rien », estime-t-il.

Les gens devraient revoir leur sens des « priorités », apprendre à pondérer leur grogne, évoque l’humoriste, qui comprend mal qu’on vienne lui dire (ou lui écrire sur Facebook) s’être senti « insulté noir » par ses blagues. Qui, mêmes grasses, sont après tout sans conséquences. « Que le gouvernement donne des milliards à Bombardier [empêtré dans de multiples scandales, ces dernières années], ça te pose pas de problèmes ? C’est mon gag qui est venu te chercher ? Toute la marde qui se passe, la cimenterie qui pollue comme ça se peut pas, qui est financée par nos taxes et qui ne fera jamais ses frais, ça, ça passe comme dans du beurre. Toi tu choisis mon gag [pour exprimer ton indignation]. Parce que, dans le fond, c’est un choix. Comme on choisit ses combats », s’irrite-t-il.

Hypocrisie

Un choix qui découle d’une incapacité à s’intéresser ou comprendre des dossiers dont les enjeux complexes nous dépassent ? lui demande-t-on. « Pas rien que ça. C’est le procès d’intention en arrière » qui blesse l’humoriste. 

Il ne cherche plus à deviner les « agendas politiques » qui motivent les chialeux. « Moi ça fait longtemps que j’ai catché que je ne changerai rien dans le monde. Si on n’a rien pu changer avec Les Bougons, on ne changera rien du tout », s’esclaffe le coauteur de cette série télévisée (avec François Avard, son grand complice). Série dont certains, ne voyant pas toute la satire sociale, ont cru à une « caricature » vulgaire des indigents, partage-t-il.

En outre, poursuit-il, « il y a des scandales un peu hypocrites : quand ils parlent entre eux, les gens osent aller super loin, mais quand ça vient d’un humoriste... [sa voix monte d’une octave] “Ô mon Dieu, j’ai trouvé ça dégoûtant !” Vraiment ? Pourtant... tout le monde riait dans la salle », y compris le prétendu effarouché, observe-t-il.

Mais un chialeur, ça « ne veut pas entendre ma version : [ça] veux juste être en tab... » se désole Mercier, qui, avec le temps, a progressivement perdu l’envie de se battre becs et ongles pour défendre ses idées sur la place publique. Penser qu’on peut « rallier les gens » en faisant preuve de logique raisonnée, voilà « une erreur de jeunesse » qu’il ne commet plus.

« L’Humour est une maîtresse exigente », continue Mercier, dont le désir ne s’éteint pas. « Je suis heureux sur scène. » C’est pourquoi il continue vaille que vaille de gratter les bobos de la société. Pas par rage, mais par amour. « Taquiner, tu fais juste ça avec les gens que t’aime. » La méthode Mercier ? Choquer gentiment. « S’aliéner le public au début, pour mieux se rabibocher avec, après. »

Sa crainte, n’est pas liée aux tracas juridiques qui découleraient d’un éventuel libelle (Mercier rappelle n’avoir jamais été la cible de poursuites, de toute sa carrière) ; « le problème, c’est que je suis sensible. Et rempli de bonnes intentions. ça fait de moi quelqu’un qui court nécessairement après les déceptions ».

Parité

Ce qui ne l’empêchera pas de courir et de remettre « les deux mains dedans », au Cégep. À l’heure où la rectitude politique impose de cautionner sans réserve la parité hommes-femmes, Mercier, quitte à « passer pour un crétin [...] misogyne », osera rire de l’égalitarisme. « Y’a pas de femmes plombier, note-t-il. C’est drôle, mais les jobs où on joue dans la marde des autres, elles nous les laissent », illustre-t-il. 

L’humoriste poussera aussi quelques craques à l’attention des hommes trop pressés d’endosser le discours néoféministe, et qui, selon Mercier, ne sont que de vils « manipulateurs », abusant des ruses de Casanova.

À l’heure du #MoiAussi, est-ce que #MercierVaDroitAuMur ? 

« Je ne pense pas me casser la gueule. En tant qu’artiste, je prends des risques. C’est comme ça que je peux me distinguer des autres humoristes grands publics. [...] Mais je fais attention. J’essaie de le faire de la ‘bonne façon’ : je ne prends pas les gens de front, je raconte des histoires [vécues ou rapportées], des cas particuliers que je trouve super drôles, et je ne pose pas de jugement : je laisse les gens se faire une idée. » 

« Mais j’aime mieux faire scandale que pas être drôle », conclut-il.

Doute

Malgré son image de fort en gueule et les certitudes qu’il affiche, Mercier se définit comme « quelqu’un qui doute beaucoup ». Y compris de lui-même de ses points de vue. Au point de s’être déjà demandé, dans la foulée de commentaires virulents dont il était la cible, s’il était effectivement raciste sans s’en rendre compte, ou sexiste à son corps défendant.

« Souvent », il constate que les personnes qui disent l’« haïr », l’haïssent en réalité moins qu’ils « projettent » sur lui leur propre personnalité... et que la détestation qu’ils expriment est en fait dirigée vers leurs propres phobies ou fantasmes. « Ce que les gens lui disent détester n’a souvent aucun rapport avec la joke de départ, constate-t-il.

Personnage-piège

« Je suis un peu pogné avec mon personnage », convient Mercier, en référence au « Gros Cave » un peu vulgaire, dont les coups de gueule graduels ont tendance à déraper. 

« Les gens qui viennent me voir s’attendent à ça, mais, si jeur donne, ils vont être déçus parce qu’ils n’auront pas été surpris. Il faut que j’aille ‘ailleurs’, tout en restant à la même. » Une position pas toujours confortable, mais Mercier tient le fort. 

« J’assume tout ce que je dis. Par contre, je ne peux pas être responsable de [la façon dont] c’est reçu. »

Yvon Deschamps

Bien qu’il parle d’évolution des mentalités face à l’humour, et d’une époque où l’on s’effarouche un peu trop vite de blagues anodines, Jean-François Mercier estime que la méchanceté n’était pas mieux vue à l’époque d’Yvon Deschamps qu’aujourd’hui. 

« La légende d’Yvon Deschamps a survécu... mais il a passé sa vie à avoir des problèmes. Il m’a déjà dit qu’à l’entracte, la moitié de la salle se vidait, soir après soir. Le monde partait, dégouté, outré. Mais Yvon ne changeait pas son show. C’était ça, son show. »

« Y’a une intégrité qui a été célébrée plus tard. Aujour’d’hui, les gens disent :" On l’aimait, parce qu’il n’était pas méchant. " Heille ! Il ramassait la canne de la p’tite vieille, pis il lui donnait des coups pour qu’elle avance plus vite! T’appelles ça " pas méchant ", toi ? » 

Mercier «dominé» par les gars de l’Outaouais

« J’ai une relation particulière avec le public de Gatineau. J’étais venu passer l’été en 2009, et j’avais adoré le public », lance Jean-François Mercier, en s’excusant que sa phrase sonne « un peu cliché ».

« Les sujets sensibles ne sont pas les mêmes [en Outaouais] qu’ailleurs: tu feras pas un gros hit avec un numéro sur l’indépendance du Québec, en disant que c’est formidable. »

Et, s’il évite soigneusement d’y faire des « numéros sur la politique », l’Outaouais représente pour Jean-François Mercier « un public cultivé » et « extrêmement ouvert ». « Ce sont des gens qui aiment rire et qui comprennent que l’hunour, ça se prend au second degré. »

Il n’a que de bons souvenirs de cet été 2009. « Je sortais après les shows, je signais des autographes. Je rencontrais plein de monde – toute sorte de monde... la diaspora de l’Outaouais, du gars du crime organisé à la petite Madame " Pierrette " », se souvient-il.

« Je vais peut-être dire une connerie, mais ce qui m’a impressionné, c’est [à quel point] les gars sont musclés, icitte. D’ordinaire, je suis considéré comme quelqu’un d’imposant [physiquement]... mais ici, pas pantoute. On viendra pas pour mettre pas le trouble, mettons. [...] Oui, ça change ton rapport à l’écriture [et à la scène]. Quand tu te sens dominé, tu t’exprimes pas de la même façon », dit-il, en s’étranglant d’un rire prolongé. 

POUR Y ALLER

Quand ? Cégep de l’Outaouais 

Où ? Du 6 juillet au 25 août (les vendredis et samedis)

Renseignements : jeanfrancoismercier.com ; 1-855-222-4855