La pièce «Un conte de l’apocalypse» soulève des questions sur l'environnement, mais aussi sur le théâtre en tant que tel.

«Un conte de l'apocalypse»: quand le Parti vert renverse le Parlement

La pièce «Un conte de l’apocalypse» que présente La Nouvelle Scène du 28 janvier au 1er février plonge dans les grandes inondations d’un cataclysme environnemental annoncé de longue date.

Dans cette vision submergée d’un futur de moins en moins improbable, l’auteur Robert Marinier imagine un gouvernement écolo totalitaire. 

Grâce à un coup d’État, une faction extrémiste du Parti vert a renversé le Parlement canadien. Le nouveau régime s’est donné le mandat d’exterminer quiconque a contribué à ravager la planète. Dans cette dystopie, c’est désormais l’heure de la chasse aux sorcières : pollueurs et climatosceptiques sont les premiers cloués au pilori, « l’aveuglement volontaire » étant désormais jugé au rang des « crimes contre l’humanité ».

« C’est vraiment le fun, pour un metteur en scène, ces extrêmes », sourit André Perrier. Mais le propos environnemental de cette création – humoristique – du Théâtre de la Vieille 17 n’est en réalité que la partie immédiatement visible, avertit-il.

La partie immergée de l’iceberg, le sous-texte, réfère au théâtre lui-même, souligne le metteur en scène : « C’est en quelque sorte un mensonge, car le texte parle avant tout de théâtre et, ensuite, des problèmes de la planète. »

« C’est l’histoire d’un homme qui se retrouve tout à coup sur une scène, et qui, donc, se croit au théâtre. »

Ce personnage – prénommé Guy et campé par Roch Castonguay – se fait « bombarder d’informations » liées au désastre environnemental, mais « lui ne s’en rend pas vraiment compte ». Ne se sentant pas directement concerné, il se borne à suivre sa « quête un peu bourgeoise », poursuivant son bonhomme de chemin sans réaliser qu’il va « frapper un mur ». 

Bref, « il a des visières épouvantables... exactement comme nous », les artistes. 

Pour M. Perrier, le sous-texte évoque « la futilité de l’art, présentement, quand tout éclate de part et d’autre ». 

Dans cette mise en abyme, Guy devient une métaphore du théâtre qui agite et ébruite sa créativité aussi fébrilement que vainement. « On fait exactement la même chose : on monte un spectacle pendant que la planète s’en va droit dans le mur. » 

Une partie de l’équipe de création et de comédiens de «Un conte de l’Apocalypse» : (de gauche à droite) Lindsay Tremblay, Andrée Rainville, Magali Lemèle, Roch Castonguay, Judith DeBoer, André Perrier, Luc Thériault, Anie Richer et Alexandre Gauthier.

On peut aussi percevoir cette métaphore de façon plus large, en l’étirant à la société civile en entier. Et si les humains de 2020 étaient eux aussi en train de monter collectivement un show – politique, démocratique, économique, etc. – sans réaliser qu’ils ont déjà un orteil dans l’eau des futures crues climatiques ? Les victimes ottaviennes et gatinoises des récentes inondations ne seront sans doute pas les derniers à se rallier à cette idée. Une notion que suggère d’ailleurs la Vieille 17 elle-même... en rappelant, sur le fronton de son site Internet, que « si la vie est une pièce de théâtre, chacun a un rôle à y jouer ».

Brechtien

Un conte de l’apocalypse se présente comme « une expérience brechtienne », rappelle André Perrier. Clarifions : comme chez (Bertolt) Brecht, les personnages se résument ici à une fonction, un archétype, sans qu’on ait à se soucier de leur profondeur psychologique. 

Selon André Perrier, l’approche brechtienne convenait parfaitement à cette pièce, dont il décrit l’ambiance « comme un drôle de cauchemar étrange. [...] C’est comme si on n’était pas dans l’action, mais à côté des choses. »

« Guy s’adresse directement à un public, sans savoir si le monde est vraiment là ou pas », illustre le metteur en scène.

Roch Castonguay joue d’ailleurs sur deux niveaux de jeu, car « Guy commente l’action, mais parfois, il la provoque », avance André Perrier, qui laisse au spectateur le soin de déterminer les points de bascule.

Non seulement a-t-il fait sauter le « quatrième  mur », mais il a ouvert tout l’espace scénique, y compris les coulisses, à la vue du public.

Tout ceci pour répondre au même souci de créer « une distanciation » avec ce qu’on observe, énonce André Perrier. 

Dans sa mise en scène, il a précisément cherché à souligner l’aspect « un peu étrange, un peu tordu » de l’univers apocalyptique de Marinier. « Je voulais amener une touche de folie – parce que malgré le titre, qui paraît très noir, c’est une pièce avec énormément d’humour. [...] Je trouve qu’il y a du Brazil [le film de Terry Gilliam] et de Monty Pythons, dans cet univers. » 

Des discussions avec les comédiens suivront les représentations du 29 et du 30 janvier.

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POUR Y ALLER

Quand ? Du 28 janvier au 1er février, à 19 h 30

Où ? La Nouvelle Scène

Renseignements : nouvellescene.com ; 613-241-2727, poste 101