La pièce de théâtre L’Amour à la carte emprunte son nom à une agence de rencontres pour le moins intéressante.

Un « Amour » qui cartonne

S’éloigner des intentions premières, évidentes, de la pièce sur laquelle il travaille : tel est le privilège de tout metteur en scène.

Et c’est tout l’intérêt de l’exercice de la mise en scène que de renouveler l’expérience et de porter un nouveau regard sur le texte d’origine, que ce soit en soulignant des éléments particuliers, ou, au contraire, en en édulcorant d’autres, pour « réorienter » la lecture, voire le sens.

Or, c’est précisément ce qu’a fait Kira Ehlers, qui, avec son esprit facétieux et son imagination débridée, a remonté à la sauce « comédie fantastique » la pièce L’Amour à la carte... considérée, comme bien des œuvres de Norm Foster, comme une « comédie dramatique ».

Mme Ehlers a purement et simplement et complètement évacué la dimension dramatique de la Love List de Foster.

Un élément surnaturel — bien présent (et même central) dans la pièce — l’autorise à verser allègrement dans le surréalisme. Et la voilà qui plonge dans l’ambiance scientifico-absurde de Weird Science (le film Une Créature de rêve, de John Hugues) et qui bascule dans les sitcoms (comédies de situation) bon enfant des années 1980 et 1990, en partie grâce à l’apport musical (la trame est concoctée par Mathieu Charette), souvent utilisé dans les transitions entre les scènes, façon Seinfeld, quand il ne fait pas de références directes à John Hugues (on a cru reconnaître une mélodie repiquée à Ferris Bueller’s Day Off). Je ne puis dire si le dramaturge appréciera la liberté qu’elle a prise, mais le public, lui, s’est franchement bidonné. Et nous aussi. Parce qu’il faut bien reconnaître que cette vision, quoiqu’extravagante, fonctionne à plein régime. C’est en tout les cas assez rythmé et assez euphorisant pour séduire un public beaucoup plus jeune que les seuls abonnés des lieux.

La pièce nous projette dans l’appartement de Philippe, un quinquagénaire célibataire sans grande fantaisie (un profil de « statisticien » : pensez à Leonard Hofstadter, le personnage de la série Big Bang Theory, projeté 20 ans plus tard, mais sans avoir jamais connu Penny). Son meilleur (et sans doute seul) ami, Jean-Louis, un gars qui brasse beaucoup plus d’air, a décidé de l’aider à se « caser ».

Pour l’aider à trouver une compagne de vie, il l’inscrit à l’agence de rencontres L’Amour à la carte, donne son titre à cette pièce farfelue présentée au Théâtre de l’Île jusqu’au 25 août. (Oui, pour deux mois, chose rarissime ; aucune excuse de la rater...)

Les deux hommes établissent donc une courte liste de critères permettant de dresser le portrait de la femme idéale. Et c’est là que tout dérape. Dans l’appartement déboule une jeune femme qui correspond en tout point aux attentes de Philippe, et qui semble le connaître depuis belle lurette.

Trois beaux rôles
Les comédiens Richard Bénard (Philippe), Carol Beaudry (Jean-Louis) et Marie-Ève Fortier (Josiane) s’en donnent à cœur joie, chacun dans sa partition, toutes aussi différentes que complémentaires.

Si la complicité du duo masculin est indéniable (on pense au tandem de Jack Lemmon et Walter Matthau dans The Odd Couple), l’arrivée de Josiane n’est pas qu’une bouffée d’air frais : c’est un véritable cyclone.

On ne saisissait pas toute l’étendue de l’image évoquée par Kira Ehlers, en entrevue, lorsqu’elle nous parlait de son « robot-Barbie ». On l’a mieux comprise en découvrant la gestuelle de poupée Barbie qu’elle a imposée à Marie-Ève Fortier.

Transformée en moulin à paroles pas reposant, la comédienne investit immédiatement tout l’espace (la scénographie est signée Ben Thibodeau) et fait son cirque en virevoltant dans des costumes abracadabrants (courtoisie de Mylène Ménard) ou des gants de vaisselle en plastique (quelle belle trouvaille comique !). Pour que cela marche, il fallait impérativement une actrice qui déménage. On l’a eue !

POUR Y ALLER

Quand ? Du 4 juillet au 25 août

Où ? Théâtre de l’Île

Renseignements : 819-595-7455 ; 819-243-8000 ; ovation.ca