Kevin Loring , directeur artistique, et Lori Marchand seront de la première programmation du Théâtre autochtone du Centre national des arts.

Théâtre autochtone du CNA: éclectique et multilingue

Pour sa toute première saison, le Théâtre autochtone du Centre national des arts (CNA) célébrera la résilience des femmes. Onze productions, dont neuf signées par des femmes, s’y déclineront en une palette éclectique de disciplines artistiques et dans une dizaine de langues mêlées au français et à l’anglais.

Annoncé en 2016, le premier théâtre autochtone national au monde a lancé sa programmation mardi.

Du 11 au 29 septembre, le festival Mòshkamo : Le réveil des arts autochtones occupera tous les espaces du CNA. Hors scène, l’événement prévoit une série de causeries, d’expositions d’arts visuels et d’activités. Une expérience savoureuse au menu : le chef du CNA Kenton Leier et le chef d’origine gwich’in et mohawk Rich Francis prépareront une expérience gastronomique autochtone lors d’un gala (12 septembre).

Sur scène, pour les publics francophones, Là où le sang se mêle, de Kevin Loring, témoignera avec humour et franchise de la douleur que les pensionnats ont causée à des générations d’Autochtones (13 au 15 septembre, et 16 au 18 septembre en anglais). Pour les enfants, le théâtre de marionnettes Mokatek et l’étoile disparue, écrit par Dave Jenniss, racontera la quête d’un garçon pour retrouver l’Étoile du nord (13 et 14 septembre).

Les anglophones ont rendez-vous avec les femmes et filles disparues et assassinées telles que dépeintes par Marie Clements dans The Unnatural and Accidental Women (11 au 21 septembre), ainsi qu’avec l’artiste visuelle et dramaturge Samaqani Cocahq, qui fusionne danse et théâtre dans Finding Wolastoq Voice (21 au 23 septembre). En musique et en danse, Buffy Sainte-Marie (15 septembre), Susan Aglukark et l’Orchestre du CNA (20 septembre) ainsi que la première mondiale de Mînowin (26 au 28 septembre), des danseurs de Damelahamid, clôtureront Mòshkamo.

La programmation recommencera en 2020 avec Unikkaaqtuat, qui fait le récit de mythes fondateurs inuits en cirque, en théâtre et en vidéo (9 au 12 janvier), puis avec Kiinalik : These Sharp Tools, dans lequel l’artiste queer Evalyn Parry et l’Inuite Laakkuluk Williamson Bathory livreront un dialogue sur les leurs récits personnels après s’être rencontrées lors d’un périple dans l’Arctique (22 janvier au 9 février).

Dans Inner Elder, pièce en anglais et en cri, Michelle Thrush recréera seule sur scène les pérégrinations d’une jeune fille à la recherche de son « aînée intérieure » (7 au 10 avril).

Une production australienne haute en couleur conclura la saison. Porté par six femmes du Pacifique Sud, Hot Brown Honey est à la fois un concert hip-hop, un spectacle burlesque et un pep rally contre le colonialisme et les stéréotypes (5 au 9 mai).

Les renseignements sur la saison 2019-2020 du Théâtre autochtone se trouvent au theatreautochtone.ca.

Le fédéral absent

Cette première programmation est intacte par rapport aux attentes du CNA, mais l’absence de financement de Patrimoine canadien soulève un questionnement sur les prochaines années, souligne le directeur artistique du Théâtre autochtone Kevin Loring.

Le CNA avait demandé 3,5 millions $, requête restée lettre morte dans le dernier budget fédéral. « L’explication qui nous a été donnée concernait l’argent que nous avons reçu pour nos rénovations », pour lesquelles le gouvernement canadien avait octroyé 225,4 M$, détaille M. Loring.

Le budget de 2 M$ de la saison 2019-2020 provient essentiellement de dons philanthropiques. « En ce moment, notre modèle sera de refaire des campagnes chaque année. »

Le Théâtre autochtone fait et fera partie intégrante du CNA de façon permanente, insiste M. Loring. Les saisons ultérieures auront bel et bien lieu, mais « nous devons réimaginer l’ampleur et la portée de notre département, ajoute-t-il. Nous avions l’espoir que le Théâtre pourrait stimuler les arts autochtones et les faire rayonner mondialement. Mais à quel niveau de capacité, nous devrons y repenser. »