En duo à la vie comme à la scène, Guillaume Côté et Heather Ogden interpréteront le couple marié Vaslav Nijinsky et son épouse Romola lors de la première représentation, le 25 janvier.

Sur les pas de Nijinsky

Au cœur de ce ballet éponyme, l’immense Nijinsky, homme faune qui révolutionna la danse au XXe siècle. « Les gens disaient qu’il volait littéralement sur scène », raconte Guillaume Côté, son interprète dans la production du Ballet national du Canada (BNC), du 25 au 27 janvier au Centre national des arts.

L’excellence musclée du BNC, le génie du légendaire Nijinsky, la musique énergique de Chostakovitch... Comment passer à côté de ce ballet-hommage imaginé par une autre icône de la danse, John Neumeier ?

Le chorégraphe en chef et directeur artistique du Ballet de Hambourg est un fervent admirateur de Nijinsky, au point d’en avoir établi une collection personnelle.

C’est l’histoire d’un phénomène singulier devenu mythe planétaire : le célèbre interprète et chorégraphe russe n’aura dansé que 10 ans durant la Belle Époque avant de sombrer dans la folie et de tirer sa révérence à l’âge de 29 ans. Avant-gardiste, révolutionnaire, il fut aussi le premier danseur masculin à défrayer la chronique internationale. John Neumeier voulait recréer un portrait intime à l’occasion du 50e anniversaire de sa disparition, en l’an 2000. « Ce ballet, c’est son chef d’œuvre, nous confie Guillaume Côté, danseur étoile et associé chorégraphique du BNC. Il a attendu la fin de sa carrière pour le créer. Et nous sommes les seuls, avec le Ballet de Hambourg, à avoir l’autorisation de l’interpréter. »

Alors forcément, la barre est haute dans cette superproduction foisonnante qui recoud les fils d’une vie hors normes. En 2h20, le spectacle tricote scènes biographiques et chorégraphies historiques en montrant Nijinsky aux prises avec les différentes facettes de sa personnalité : « faire le portrait du Dieu de la danse, comme on l’appelle, c’est intimidant », reconnaît sans ambages le danseur natif du Lac-Saint-Jean qui l’interprète dans la trentaine, donc après son heure de gloire.

Bête de scène, il faudra bien sept danseurs différents du BNC pour l’incarner au cours de la soirée ! Car les rôles se multiplient... Le Nijinsky torturé entre deux séjours en sanatorium, le danseur à scandales qui osa se masturber sur scène dans l’Après-midi d’un faune ou encore l’interprète androgyne dans Schéhérazade... C’est par lui qu’advient l’une des premières attaques contre les clichés censés définir la masculinité, au début du XXe siècle.

La distribution du spectacle change à chaque représentation afin de conserver toute la vigueur des corps prêts à l’attaque. « Comme à l’opéra, nous pourrions jouer en alternance en se reposant un soir sur deux, mais ce serait impossible de garder le même calibre d’interprétation. »

Ça fait quoi, de danser Nijinsky ? « Ça fait mal ! plaisante à moitié Guillaume Côté. Il pousse son corps à la limite de la physicalité, c’est très athlétique. La chorégraphie impose un long solo dès le début puis une présence constante sur scène pendant 2 h. Dans la seconde partie, le personnage plonge dans la folie et il faut pousser le corps pour qu’il s’y fonde. C’est peut-être cette folie, d’ailleurs, qui lui a offert une distance avec le réel et la possibilité de produire les créations qu’il a faites. »


POUR Y ALLER

Quand ? Du 25 au 27 janvier, 20 h

Où ? Salle Southam du Centre national des arts

Renseignements : Billetterie du CNA, 613-947-7000