L’arrêt de Québec ISSIME à la Maison de la culture, ce samedi soir, constitue l’ultime représentation d’une tournée qui aura duré un an.

«Starmania» à Gatineau: Monopolis, comme à l’origine

La gang de Québec ISSIME (QI) vient poser à Gatineau la dernière pierre de Monopolis, cette métropole fictive ou cohabitent les résidents de la comédie musicale «Starmania». La dernière, parce que l’arrêt de QI à la Maison de la culture, ce samedi soir, constitue l’ultime représentation d’une tournée qui aura duré un an.

On peut s’étonner que, pour sa sixième production officielle, la troupe ait décidé de monter Starmania, plutôt que de s’atteler — comme d’habitude — à une création originale. Certes, 2018 marquait les 40 ans de l’opéra-rock cosigné par Michel Berger et Luc Plamondon, et il était logique que quelqu’un soit tenté d’en acquérir les droits, pour pouvoir le présenter au Québec. Mais pourquoi Québec ISSIME ?

Tout simplement parce que « Starmania est dans l’ADN profond » de la troupe saguenéenne, depuis ses premiers balbutiements, rappelle Pierre Doré. Fondateur et directeur artistique et de QuébecISSIME, M. Doré a dirigé la création et/ou assuré la mise en scène de tous les spectacles de la troupe, « en concertation avec le noyau dur des quatre créateurs ».

L’arrêt de Québec ISSIME à la Maison de la culture, ce samedi soir, constitue l’ultime représentation d’une tournée qui aura duré un an.

« À l’origine, Starmania était notre projet d’étudiants, au début des années 90. C’est autour de Starmania qu’on a réuni la gang qui est devenue l’embryon de la troupe ». Et c’est devenu un spectacle que QI a proposé en « version concert », à l’occasion de rares événements spéciaux, expose Pierre Doré.

Et puis « 2018, c’était pas juste le quarantième anniversaire de Starmania, c’était aussi le 18e annniversaire de QI ! »

Au sein de cette production réunissant 7 interprètes vocaux et 6 musiciens, M. Doré tient deux rôles. Non content d’endosser le costume de Zéro Janvier — ce richissime « président de l’Occident » dont on n’a de sympathie que lorsqu’il entonne son Blues du businessman, pleurnichant du haut de sa tour d’ivoire — Pierre Doré assume aussi les parties de piano.

L’arrêt de Québec ISSIME à la Maison de la culture, ce samedi soir, constitue l’ultime représentation d’une tournée qui aura duré un an.

J’adore ça ! Pour moi, c’est comme un double hommage. Et puis ça me permet de briser un peu la convention théâtrale du spectacle [puisque] les musciens sont sur scène, mis en valeur. »

Ainsi, son instrument est placé au sommet d’un double escalier qui domine l’espace scénique. « Mon piano, c’est un peu le bureau de Zéro Janvier, dans son building » qui domine Monopolis, illustre-t-il, avant de mentionner que « Zéro Janvier est pour moi l’incarnation de Donald Trump ».

Authenticité

« C’est une musique que je joue depuis que j’ai 15 ans. Et un opéra que je peux jouer d’un bout à l’autre sans partitions. »

Non seulement connaît-il le livret sur le bout des doigts, mais il peut aussi disserter avec conviction des subtiles variations que le fil du temps a imposé à l’œuvre. En 40 ans, Starmania a connu une dizaine de moutures officielles, et ses orchestrations ont été passablement revisitées à chaque fois.

« J’essaie de me rapprocher des riffs originaux de Michel Berger. J’ai le feeling de lui rendre hommage. »

Il tenait à ce que leur hommage soit « un retour aux sources ». Mission : demeurer le plus « fidèle » possible « à Starmania tel qu’il a été créé », plutôt qu’à ses versions successives. Pour M. Doré, le nec plus ultra demeure le « disque bleu », cet « album grandiose » à jamais gravé dans les mémoires, et que Michel Berger est « allé enregistré à New York, Londres et Paris », section par section, afin d’obtenir les couleurs désirées.

L’arrêt de Québec ISSIME à la Maison de la culture, ce samedi soir, constitue l’ultime représentation d’une tournée qui aura duré un an.

« À chaque nouvelle [série de] représentations, il y a eu de nouveaux arrangements, plus au goût du jour, et ça changeait de couleur sonore. [Nous], quarante ans après sa création, on a pris du recul. On a pu aller chercher la richesse des orchestrations originales, du moins toutes celles qui avaient bien vieilli. Avec des différences, c’est sûr. Il y a des éléments moins disco-funk qu’en 1978, [mais on s’est efforcés de retrouver] l’authenticicité du disque bleu. »

Québec ISSIME se borne à proposer une « version concert » de l’opéra-rock. Cela signifie une version expurgée de ses parties théâtrales. L’œuvre originale durait « presque 3 h ». Il fallait bien élaguer quelque part...

L’équipe a mis de côté certains personnages secondaires, comme Roger Roger le lecteur de nouvelles. Mais « les chansons sont présentées dans l’ordre et mises en contextes », et « on a gardé quelques petits récitatifs, des transitions et des introductions [parlées] qui avec le temps étaient devenues partie intégrante des chansons. »

En revanche, « cette version permet de faire ressortir de très belles chansons qui ont été écartées au fil des versions », se réjouit Pierre Doré. Les interprètes ne sortent jamais de scène, précise-t-il : « Chaque soliste devient le choriste de l’autre ». Et l’on se souvient sans doute à quel point « les chœurs sont importants, dans Starmania ».

« C’est une œuvre qui amène à se dépasser, qui est très motivante pour les interprètes. » « Pour QI, c’est comme une espèce de défoulement » de pouvoir refaire le spectacle, avec la bénédiction de Plamondon.

« On a l’impression d’avoir un privilège et on est vraiment fiers. Ça a 40 ans, mais, finalement, c’est très contemporain. Ça parle d’urgence de vivre et [du désir] de devenir des stars et de se retrouver dans le journal pour avoir l’impression d’exister. C’est une œuvre intemporelle. »

Monopolis en 3D

Pour la création des costumes, QI a fait preuve de retenue. « On a fait assez simple, juste assez pour représenter les personnages. On ne voulait pas aller dans le côté flyé des costumes » qui peuvent devenir compliqués à gérer sur scène.

À l’inverse, QI a mis le paquet au plan de la scénographie : l’espace scénique est tapissé d’écrans dont la longueur totale, 120 pieds, correspond à trois fois la largeur d’une scène. « Ça prend l’arrière-scène au complet, et ça se prolonge de chaque côté. C’est presque comme Le Moulin à Images, cette affaire-là ! »

Les écrans accueillent entre autre des projections d’œuvres peintes par Kristine Girard (« une héritière de Corneau », précise-t-il) qui a réalisé une maquette 3D de la ville de Monopolis. « Ça a ensuite été filmé sous tous les plans possibles ; ils ont joué à Tim Burton comme des gamins », rigole le directeur artistique de QI.

« Chaque soir, c’est magique. Les chansons sont très chargées en émotions et ce sont des compositions très riches. Musicalement, on colle à la peau des différents personnages. »

Pas assez de Starmania

« C’est une belle aventure pour nous, parce que les gens sont particulièrement heureux de réentendre les chansons », explique le musicien, convaincu que Starmania « est un spectacle sous-exploité au Québec : il n’est pas là souvent, alors que c’est une œuvre majeure de notre répertoire ».

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POUR Y ALLER

Quand ? samedi 18 mai, à 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca