Un total de 103 spectacles ont été donnés sur les cinq sites des Musiparcs TD, soit Gatineau, Québec, Bromont, Mercier et Mirabel.
Un total de 103 spectacles ont été donnés sur les cinq sites des Musiparcs TD, soit Gatineau, Québec, Bromont, Mercier et Mirabel.

Spectacles Musiparc: «Klaxonnez si vous aimez»

Plus de 325 artisans de la musique ont été « déconfinés » l’instant de quelques semaines afin de permettre la présentation d’une centaine de spectacles en formule « cinéparc ». Les Musiparcs TD ont connu un succès relatif alors qu’environ 30 000 personnes y ont assisté. Mais pour les artistes, ce fut une véritable bouffée d’air frais. Le Droit a pu en discuter avec quelques-uns.

Qu’ont en commun Kaïn, Matt Lang, Mélissa Ouimet, LGS et les Rats d’Swompe ? Ils étaient tous de la programmation des spectacles Musiparc qui ont pris fin dimanche dernier, à Gatineau.

Cette série de spectacles a été présentée dans un contexte totalement inédit et pour le moins déstabilisant pour les artistes qui y participaient.

Pour le groupe Kaïn qui a été programmé pour huit de ces soirées, l’appréhension était grande avant la première levée de rideau.

« Pour notre premier Musiparc, on était à Mercier. À peine arrivé sur le site, on a constaté l’importance de l’événement avec une scène immense, des écrans géants et une équipe technique de premier plan, de confier Éric Maheu, le bassiste du groupe. Je t’avoue qu’on était impressionné, mais aussi très excité de remonter sur une scène pour vrai, devant un public. Mais malheureusement, le ciel s’est déchaîné avant le show et on a dû annuler en raison de la pluie. »

Mais ce n’était que partie remise pour le groupe qui a remis ça le lendemain.

« Comme tous les artistes, on était assoiffé de faire des shows, ajoute Maheu. On est gâté d’avoir pu prendre part à ça, mais ça donne un coup quand tu montes sur scène pis que tu vois que des hoods de chars en avant toi. En plus, il n’y a pas de son sur scène. Quand on enlève nos écouteurs, on n’entend que le drum. On s’entend presque respirer. C’était complètement surréel. Alors, on disait aux gens de klaxonner s’ils aimaient ça ! »

Le groupe Kaïn, formé de John-Anthony Gagnon-Robinette, Éric Maheu et Steve Veilleux ont offert huit prestations lors de la tournée des Musiparcs TD.

Pour Kaïn comme pour les autres, l’expérience Musiparc fut une toute nouvelle réalité.

« Il n’y a vraiment rien qui nous préparait à ce genre de concert, confie la chanteuse franco-ontarienne Mélissa Ouimet. J’ai été celle qui a brisé la glace lors du premier spectacle de la série dans la baie de Beauport, à Québec, le 19 juin. J’étais en première partie de Marc Dupré et je faisais face à un parterre de voitures. Je te dis que ça n’avait rien de banal. »

La chanteuse qui, par la suite, a suivi Dupré pour cinq autres représentations et qui a présenté son spectacle complet à Gatineau dimanche dernier, n’en revenait pas de l’intensité de ces soirées et de la réaction de ses complices sur scène.

« Il n’y avait pas un musicien qui n’était pas excité de monter sur scène, ajoute-t-elle. En coulisses avant les shows, on sentait clairement cette fébrilité et je dirais aussi, une certaine appréhension face à l’inconnu. Parce que personne n’avait vécu ça auparavant. Même pas les gens dans leur voiture. »

Faire réagir la foule

Pour plusieurs artistes, la foule fait partie intégrante du spectacle. Pour Matt Lang par exemple, voir et entendre les gens pendant qu’il interprète ses chansons lui donne l’énergie nécessaire pour aller encore plus loin.

« Quand nous sommes montés sur la scène du Musiparc pour la première fois, c’était comme si on mettait le pied dans un rêve, un moment de science-fiction où les spectateurs étaient des phares de voitures et les applaudissements, des coups de klaxon, d’imager l’artiste country de Maniwaki. Mais, on sentait quand même l’énergie du public qui, dans notre cas, n’a pas mis de temps à danser entre les voitures. »

Matt Lang et son groupe ont pris part à cinq prestations en Musiparcs, toutes présentées devant un «stationnement» bien rempli.

Aucun système de son ne permettait au public d’entendre la musique. La retransmission était faite sur les ondes FM captées par la radio du véhicule.

« Il faut dire que la qualité sonore transmise par la radio était impeccable, de confier Michel Bénac, du groupe LGS. Je crois que c’est l’atout majeur de ce genre de spectacle. En plus, la majorité des voitures possèdent un système de son de bonne qualité alors, l’expérience est vraiment fantastique à ce niveau. »

Par contre, la « captivité » des spectateurs en a quand même surpris plusieurs.

« Le public est le carburateur de nos spectacles, d’ajouter Éric Maheu. De ne pas les entendre réagir et applaudir, j’avoue que ça m’a déstabilisé les premiers soirs. Mais, comme avec toute chose, on finit par s’y faire et je suis tellement honoré d’avoir pris part à ça que je n’ai vraiment pas envie de me plaindre. Au contraire. Et autant pour nous que pour le public, c’était une première. Nous n’avions jamais vécu ce genre d’expérience. »

Un retour « à la normale »

Revenir sur scène, c’est tout ce que les artistes de la tournée demandaient. Avoir un semblant de retour à la normale suffisait à les rendre heureux. Par contre, il s’agissait aussi d’un solide rappel à la réalité.

« Y a rien de normal dans ce que nous vivons présentement, de confier Matt Lang. Nous, on fait des shows. On fait de la musique. C’est ce qui nous définit. Depuis le début de la pandémie, on a été obligé de tout mettre sur pause, comme tout le monde. De s’isoler, de se confiner. Mais pour les artistes, c’est contre nature de vivre comme ça. On a besoin des autres pour se définir. On a besoin du public. Alors, quand on a eu l’appel de Musicor pour faire partie des Musiparcs, on a vu comme une lumière au bout du tunnel. »

Les spectacles en Musiparc ont rassemblé près de 30 000 personnes.

Et cette lumière, plusieurs artistes l’ont aussi vue comme une opportunité à saisir.

« Avec Kaïn, on devait faire plus de 25 shows cet été dans les gros festivals du Québec alors, tu imagines ce qu’on a pu ressentir quand tout s’est arrêté, de continuer Éric Maheu. Comme tous nos amis musiciens qui ont fait partie de la tournée, on a trouvé l’idée des Musiparcs extraordinaire et on a sauté dans l’aventure. Par contre, je dois te dire que, pour nous comme pour plusieurs, on a reçu une belle leçon d’humilité. Loin des grosses machines de tournée auxquelles on était habitué, on paquetait nous-même notre stock dans la voiture pour aller au show. Mais sais-tu quoi ? J’ai adoré ça. »

Pour le groupe franco-ontarien Les Rats d’Swompe, ce fut une histoire d’un soir qui a permis au groupe de renouer avec la scène.

« Quel honneur et quel plaisir de pouvoir se retrouver sur une scène, devant un vrai public et dans un environnement qui s’apparente à la normalité, d’expliquer Martin Rocheleau, des Rats d’Swompe. Dans notre cas, on assurait la première partie de LGS à Gatineau. Même si on avait voulu jouer toute la nuit et non pas seulement 20 minutes, on est chanceux d’avoir été choisis par les organisateurs. On n’aurait jamais pu espérer revenir sur une scène cette année et le Musiparc nous a donné cette chance. Ça se prend bien et on pourra dire qu’on a pris part à un événement qui marquera l’histoire de la musique au Québec. »

Et le mot de la fin revient à deux Franco-Ontariens.

« Ce fut tout un party, d’ajouter Mélissa Ouimet. Les gens ont eu un plaisir fou à faire clignoter les lumières de leur voiture, à actionner les klaxons et les essuie-glaces. Je suis contente d’avoir pris part à tout ça. »

« Quelques minutes le show, on se sentait comme un enfant à la veille de Noël, on avait hâte d’ouvrir nos cadeaux », de conclure Michel Bénac.