Le jazz métisé de Patricia Cano sera en vedette au Cabaret La Basoche, dans le secteur Aylmer, ce vendredi soir.

Sous le soleil de Patricia Cano

Du doux jazz métissé de rythmes afro-péruviens, une prose en quatre langues qui rend hommage à la force des femmes : Patricia Cano réchauffera les Gatinois dans l’univers ensoleillé de son album Madre Amiga Hermana, le vendredi 25 janvier à La Basoche.

Le second opus de la native de Sudbury avait été lancé en octobre 2017 alors qu’elle était nouvellement enceinte de son deuxième enfant. Mais voilà que sa grossesse, dont on a rapidement découvert qu’elle était difficile, avait contraint la Madre à prendre une pause de toute activité.

Un peu plus d’un an plus tard, les astres se sont réalignés pour que Patricia Cano fasse découvrir Madre Amiga Hermana. Mère, amie, sœur ; Terre-Mère et amante, déçue ou heureuse : la chanteuse y décline et embrasse le thème de la Femme avec un grand F. Ça irradie d’une chaleur douce et enveloppante, ça berce et transporte dans un voyage des sens vers l’autre côté des Amériques. Le véhicule : la voix suave de la Torontoise d’adoption, Franco-Ontarienne d’éducation, Péruvienne de racines et amoureuse du Brésil ; de l’artiste du monde dont l’univers musical porte l’empreinte de tous ses héritages.

« Je me suis inspirée des femmes enceintes, de celles qui sont venues avant moi, qui marchent et qui respirent encore à travers moi, a illustré la lumineuse artiste au bout du fil. Des arrière-grand-mères, mais aussi des amies qui me nourrissent, de leur histoire ; je me suis inspirée d’elles en tant que femme, que mère, et qu’artiste. »

La prose de Patricia Cano jongle avec l’anglais, le français et l’espagnol que la famille parlait à la maison, et elle n’hésite pas à chanter en portugais et dans le quechua de ses parents. Mais c’est dans un autre registre culturel que l’artiste a d’abord fait entendre sa voix : celui autochtone de Tomson Highway. En 2001, l’auteur et compositeur cri « a trouvé en moi une jeune partante pour chanter sa musique, a résumé la principale intéressée. Il m’invitait partout dans le monde où on l’invitait pour donner des symposiums. Il y parlait en tant qu’auteur, mais on ne connaissait pas ses chansons. Et donc on a produit des spectacles en formule cabaret, petit à petit, qu’on a présentés partout dans le monde. Parfois, au début, ce n’était même pas dans des théâtres ; c’était dans des salles de cours dans les universités… »

Cette collaboration s’est poursuivie jusqu’à sa récente grossesse. Jusqu’en 2017, elle était la seule interprète d’une pièce du même auteur, Zesty Gopher s’est fait écraser par un frigo (traduction de The [Post] Mistress). Elle y incarnait une maîtresse de poste franco-ontarienne et interprétait des chansons dans la langue de l’auteur, mâtinées des rythmes qu’elle avait étudiés pendant sept mois à Rio de Janeiro. L’album de la pièce a reçu une nomination aux prix Juno en 2015. Quant à l’interprète, sa performance lui a mérité en 2017 le prix de la Meilleure actrice dans une comédie musicale aux Toronto Theatre Critics Awards.

Car en plus d’être musicienne, l’artiste est d’abord comédienne. C’est d’ailleurs le théâtre qui l’a menée vers la composition. Au sortir de l’université, la diplômée en théâtre et en littérature espagnole a fait partie des 400 jeunes sélectionnés par le Théâtre du Soleil pour y faire un stage de deux semaines. Après sa formation, le musicien à tout faire Jean-Jacques Lemêtre, qui collabore avec le même théâtre depuis trois décennies, l’a rapatriée dans la compagnie d’Ariane Mnouchkine. Au final, elle est restée à Paris quatre ans.

« J’ai été l’assistante de Jean-Jacques à la musique, à la régie et au son ; j’ai tout appris ça avec lui. J’ai aussi fait à peu près six mois comme comédienne. C’était vraiment magnifique, sauf que j’avais déjà très envie de chanter ! » Heureusement pour elle, Ariane Mnouchkine l’invitait parfois à chanter pour le public après les spectacles. « Et pile-poil au moment où je travaillais et j’improvisais avec le Soleil, j’ai senti en moi le désir de faire de la musique. Et le Canada et les Amériques me manquaient beaucoup. Donc, j’ai quitté. »

Ainsi Patricia Cano a-t-elle trouvé le chemin vers son premier album. This is the New World (2009), comme Madre Amiga Hermana, a été composé à quatre mains avec son complice Carlos Bernardo, compositeur brésilien établi à Paris. Pour les deux opus, les mélodies sont venues parfois d’elle, d’autres fois de lui, mais les couleurs finales des chansons ont toujours été une question de ressenti corporel pour celle qui allait les interpréter. « Si ça aura un parfum bossa-nova, lando, brésilien ou afro-péruvien, (ce sera déterminé) par la façon dont je sens la chanson. Très souvent, je sais ce que ce sera selon où je le ressens dans mon corps. Je ne peux pas l’expliquer, ce n’est pas de la mathématique ; c’est assez organique ! »

POUR Y ALLER :

Quoi ? Spectacle de Patricia Cano

Quand ? Vendredi 25 janvier, 20 h

Où ? Cabaret La Basoche

Renseignements : ovation.qc.ca