L’auteur, metteur en scène et comédien, Mani Soleymanlou

Retour à zéro pour Mani Soleymanlou

Après ses pièces sur l’identité entamées en 2011 avec Un, l’auteur, metteur en scène et comédien Mani Soleymanlou revient à «Zéro». Avec cette dernière pièce de sa série à numéro, qui sera présentée au Centre National des arts, il tente de boucler la boucle de sa quête identitaire en s’interrogeant notamment sur la transmission.

S’il a éprouvé le besoin de repartir à zéro, c’est que le comédien et dramaturge, né en Iran à l’aube de révolution islamique, en pleine guerre avec l’Irak, a récemment appris les « vraies » raisons de l’exil de sa famille.

« J’avais basé Un, Deux et Trois sur l’idée qu’on était parti à cause de la guerre et de la révolution, mais il me manquait ce “léger” détail de l’enlèvement cagoulé de mon père, un soir, alors qu’il sortait du bureau à Téhéran. Il a été questionné pendant plusieurs heures. C’est ce soir-là, après cet enlèvement [et cet interrogatoire] qu’il a dit c’est assez », raconte-t-il.

La famille Soleymanlou, comme beaucoup d’autres familles iraniennes, a donc fui son pays pour s’installer en France avant d’immigrer au Canada, d’abord à Toronto et Ottawa, pour finalement s’établir au Québec.

À cette révélation, s’ajoutent toutes les questions liées à la transmission de son bagage culturel et personnel qui le taraudent depuis qu’il est devenu père à son tour.

« Sur scène je me pose ces questions : L’exil a-t-il besoin d’être transmis ? Jusqu’où peut-on aller dans les détails de ce qu’on est et d’où on vient ?, s’interroge le dramaturge. Je suis pris entre deux visions : celle de mon père et l’échec d’un pays pour lui et celle de la carte blanche de mon fils. Et moi, dans tout ça, je dois servir de filtre ».

« Toutes ses choses accumulées m’ont donné envie de voir s’il est possible de repartir à zéro, de tout recommencer. »

Pour Zéro (sefr en persan), l’ultime pièce de la série à chiffres, Mani Soleymanlou souhaitait également se retrouver en solitaire sur scène et retrouver une relation plus intimiste avec les spectateurs.

« C’est le même personnage que les gens avaient vu avec Un, Deux et Trois. On est également dans le même rapport frontal. Il n’y a pas de quatrième mur », indique le comédien et dramaturge.

L’auteur, metteur en scène et comédien, Mani Soleymanlou

Le rapport à l’autre

D’ailleurs, s’il a décidé de remonter seul sur scène, il sentait également le devoir de revenir aux questionnements identitaires et aux rapports à l’autre, qu’il avait délaissé dans Ils étaient quatre, Cinq à sept, 8 et Neuf [titre provisoire].

« C’est l’époque qui m’oblige à y retourner et à y réfléchir davantage. Quand j’ai fait Un, en 2011, notre rapport à l’autre était encore de l’ordre de la curiosité et de l’exotisme. Alors qu’aujourd’hui notre rapport à l’autre est un peu envenimé », précise le fondateur de la compagnie Orange Noyée à Montréal.

Pour clore cette série, la représentation de Zéro sera suivie de DIX en présence de dix artistes de la région : Marjolaine Beauchamp, Pierre Antoine Lafon Simard, Julien Morissette, Karina Pawlikowsky, Jean Marc Dalpé, Catherine Voyer-Léger, Caro Yergeau, Louis-Philippe Roy, Blaise Ndala et Charlotte L’Orage.


« L’idée, c’est de clore un cycle avant de basculer dans les nombres. J’ai fait le tour. J’ai eu certaines réponses, mais ce qui m’intéressait davantage c’était de poser des questions. »
Mani Soleymanlou, auteur, metteur en scène et comédien

« L’idée, c’est de clore un cycle avant de basculer dans les nombres, explique Mani Soleymanlou. J’ai fait le tour. J’ai eu certaines réponses, mais ce qui m’intéressait davantage c’était de poser des questions. Maintenant, je laisse la parole aux autres », conclut Mani Soleymanlou.

Le comédien et metteur en scène sera de passage également à Gatineau au printemps 2020 pour présenter sa pièce Neuf [titre provisoire].

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LA MYTHOLOGIE PERSE SUR LES PLANCHES

Alors qu’il achève sa série allant de Un à DIX, le dramaturge planche déjà sur un autre projet. Cette fois-ci, il voit grand, grand à l’image de ce qu’était la Perse.

« Je vais tenter de faire une adaptation du Shahnameh, Le Livre des rois, [écrit par le poète persan Ferdowsi vers l’an 1000 et retraçant toute l’histoire de l’Iran pré-islamique, NDRL], confie Mani Soleymanlou. On est un peu pris avec la politique et ce que le pays est devenu dans les 40 dernières années. L’idée, c’est de voir quels sont nos mythes fondateurs et ce qui nous rejoint. »

Et pour réaliser cet ambitieux projet, le comédien et metteur en scène souhaite réunir dix artistes iraniens expatriés dans le monde.

« Je veux voir ce qui nous unit. Encore une fois, je fouille dans l’identité, mais sous une forme plus épique », fait-il remarquer.

POUR Y ALLER

Quand ? du 27 au 29 novembre à 20 h et le 30 novembre à 16 h

Où ? Studio Azrieli du CNA

Renseignements : nac-cna.ca