Réal Béland

Réal Béland, sans faux semblant

Réal Béland a longtemps fait semblant. Entre autres de se sentir à sa place sur une scène, à faire rire le public. Or, la « crise de la quarantaine » lui a permis de se « trouver » en tant qu'humoriste. Résultat ? « J'ai moins besoin de personnages maintenant, parce que je sais me jouer moi, aujourd'hui ! » clame l'artiste de 46 ans.
« Je fais beaucoup de voix en stand-up, mais des personnages purs, je n'en ai plus. J'ai un numéro complet d'écrit avec la Dame du courrier du coeur, je l'ai rodé quelques fois, mais il ne fera pas partie du spectacle, finalement », fait valoir celui qui se prépare à se déposer dans son nouveau décor, au Cégep de l'Outaouais, à compter du 7 juillet, pour y présenter près de 20 fois son quatrième spectacle solo, Faire semblant.
Réal Béland a beau avoir baigné dans le rire depuis l'enfance « à écouter tous les jours » son père, acteur et humoriste, il n'a jamais « consommé » d'humour pour autant.
« Comme je n'allais pas voir de spectacles, que je n'écoutais pas nécessairement de comédies, j'avais l'impression de ne pas avoir le feu sacré... Je ne pensais vraiment pas être à ma place dans ce milieu », confie-t-il.
En quelque 30 ans de carrière, Réal Béland a pourtant multiplié les perspectives sur le métier, de la mise en scène (de ses propres spectacles, mais aussi de ceux de collègues) à la production de ses tournées, en plus de l'écriture.
« Ça me prend du temps à me convaincre que je peux être à la hauteur de ce que les autres attendent de moi... En franchissant le cap de la quarantaine, j'ai toutefois fait du ménage dans ma vie et je me suis organisé pour être le plus vrai possible... Y compris sur scène ! »
Du coup, la pression est tombée. « Avant, j'étais dans la performance, comme si mes spectacles relevaient du cirque. Là, il y a moins de distance entre le public et moi. Mon spectacle prend des airs de discussion de salon ». 
Celui qui se qualifie de « cabotin » ne se cache peut-être plus derrière des personnages pour faire entendre ses différentes voix, il n'en continue pas moins de flirter avec l'absurde. 
« Je n'ai jamais douté que les gens me suivaient quand je tombais dans l'absurde, mais j'aime expliquer pourquoi je vais là. Parce que des fois, ce qui m'y a mené est encore plus drôle que le gag en tant que tel ! » lance-t-il.
Il mentionne d'ailleurs qu'à ce chapitre, le numéro avec Stéphane Lefebvre (son comparse de Nos voisins Dhantsu) « s'avère de loin le plus absurde » qu'il ait jamais mis en scène.
Plus question pour Réal Béland de Faire semblant, donc. D'où l'idée de (faire) rire de ceux et celles qui ont tendance à avoir recours à toutes sortes d'artifices pour bien paraître, ou qui acceptent d'« avoir l'air d'avoir du fun à sauter dans des cerceaux comme les baleines à Marineland ».
Tout revient dès lors à la notion de plaisir. Celui d'écrire comme celui de livrer ensuite son matériel.
« J'essaie d'oublier les mécanismes en arrière d'un gag, de me fier à mon instinct pour transcender le cérébral. J'ai toujours dit que l'humour, c'est comme un éternuement : on ne le voit pas venir, mais il fait du bien ! »
De père en fille, de l'humour à la musique
Si le comique en lui ne ressent plus de pression à monter sur scène, le papa qu'il est n'en connaît pas moins sa dose de stress, depuis les premières représentations de Faire semblant. C'est sa fille Charlotte, « qui va avoir bientôt 22 ans », qui assure la première partie musicale de son spectacle.
« Elle fait trois chansons, dont deux de ses compositions, explique Réal Béland. Chaque fois qu'elle s'installe au micro, je capote. Autant de stress que d'une incroyable fierté ! »
Sa fille est dyslexique et elle a été victime d'intimidation à l'école, précise-t-il. Dès lors, l'entendre aujourd'hui chanter ses textes devant public relève « d'une grosse victoire pour elle », lui donne autant de sueurs froides que ça fait gonfler de fierté son coeur de père. 
« Après ça, quand arrive mon tour, je peux juste me sentir zen ! »