Réal Béland sera à la salle Odyssée le 19 mai, à 20h.

Réal Béland fête 30 ans de scène

Pour souligner ses 30 ans de carrière, Réal Béland se lance cet hiver dans une tournée «cadeau» intitulée 30/30/30, en référence aux 30 villes que l’humoriste visitera en proposant un prix d’ami de 30$.

Les Gatinois devront attendre au printemps avant de déballer son présent: Réal Béland visitera la salle Odyssée, le 19 mai 2020.

La tournée, qu’il amorce ce 21 décembre, reprendra essentiellement son quatrième spectacle solo, Faire semblant, mais il s’agira d’une «édition de luxe», augmentée d’un numéro que Réal Béland compte parmi ses «classiques» de jeunesse.

Ce bonus d’une petite dizaine de minutes, l’humoriste l’appelle «le chansonnier au pouf». «C’est un numéro marquant de ma carrière», qui a révélé le «fils de» l’autre Réal Béland (le «Ti-Gus» du duo Ti-Gus et Ti-Mousse) et lui a fait remporter plusieurs prix «révélation», retrace-t-il.

Dans ce numéro «très physique», le personnage qu’il incarne prend un sac à main pour un pouf.

À cause des «cascades» qu’il devait enchaîner dans ce numéro, il s’est blessé plusieurs fois. «Je me suis cassé un doigt et un orteil» se souvient Réal Béland, qui n’a jamais reculé devant le danger, pour l’art de l’art, lorsqu’il s’agit de faire rire.

«J’ai encore mal à ce genou que je me suis éclaté à Juste Pour Rire», lors d’un hommage à Gilles Latulippe, ajoute l’humoriste, qui devait finir ses pitreries par une véritable chute... en se jetant à travers une cloison factice derrière laquelle l’attendaient une pile de matelas. Finalement, un seul matelas avait été installé.

Clairement «pas assez épais», le matelas, grince aujourd’hui l’humoriste, parvenu à 48 ans.

Chaque représentation de 30-30-30 sera l’occasion de faire revenir M. Latreille, personnage grâce auquel le facétieux Béland – avec la complicité d’un spectateur choisi au hasard – décroche son téléphone, et part sur une chire complètement improvisée.

Ralentir la cadence

La tournée lui permettra aussi de passer du temps avec sa fille aînée, Charlotte, qui assure ses premières parties, non pas comme humoriste mais en tant que chanteuse (comme sa tante, Pier Béland). Son père l’a invitée à se produire avec lui il y a deux ans.

La famille est au centre de ses préoccupations. «J’ai commencé à ralentir [la cadence] il y a 10 ans. Elle (Charlotte) avait 12 ans, l’âge que moi j’avais quand mon père est décédé». Et ce père toujours sur scène ou sur les routes, «je l’avais pas vu», ajoute Réal Béland, aujourd’hui père de famille de quatre enfants.

Pas question pour lui de reproduire l’absence paternelle, peu importe le succès ou la demande. Il a arrêté de multiplier les dates de spectacles, et de cumuler les mandats. «Les journées de 18h, ça use.» Et puis «faire 75 000 km par an» en parcourant le QUébec en long et en large, «ça devient redondant... c’est plus de la scène, c’est juste du truck».

«Avec ce show-là (Faire semblant) j’ai retrouvé le plaisir de faire de la scène», note-t-il, à l’heure du bilan.

Bilan

Ces trente ans de carrière sont aussi, pour l’humoriste, l’occasion de faire le bilan de sa carrière sur et en dehors des planches.

Des jalons, il y en a eu «beaucoup». «J’avoue, j’ai été chanceux d’avoir pu toucher à tout», reconnaît-il. Il a sévi partout: à la radio, à titre d’animateur, au cinéma (Nos voisins Dhantsu, Les Cousins du vrai monde et d’autres docu-fictions plus ou moins tordues), à la télévision (Caméra Café; Les Boys; ou encore En rodage, qu’il anime depuis septembre à l’antenne de Z), et même sur disque (l’OVNI Réal Béland LIVE in Pologne).

Tout cela est parti de la télésérie Au-delà du Réal (2005), que Réal Béland avait bidouillé «avec une gang d’amis», dont celui qui deviendrait son principal acolyte, Stéphane K. Lefebvre.

La bande débarquait quelque part avec quelques caméras et beaucoup d’audace... et réinventait in situ l’art du canular. «On était payés pour faire des mauvais coups! C’est quand même assez jouissif!» ricane Réal Béland, qui en conserve le meilleur des souvenirs.

Paradoxe

Réal Béland dit aussi avoir une affection particulière pour le public Gatinois. «Dès ma première tournée, c’est à Gatineau que j’ai eu l’impression de faire mon meilleur show à vie. On a parfois l’impression que c’est le public qui mène le show, et pas nous [les humoristes].»

Une impression à nouveau ressentie à plusieurs reprises, en revenant en Outaouais, croit-il constater.

Le plus grand moment de sa carrière demeure toutefois la première des Voisins Dhantsu, à Montréal, parce que l’exercice – au final, couronné de succès – avait été jugé «extrêmement risqué» par son entourage.

S’il s’est assagi, en 30 ans («il y a des gags [baveux ou méchants] que j’ai arrêté de faire parce que j’avais des remords»), il pense tout de même pouvoir «tout aborder», via l’humour. «Tout dépend de la prémisse; il faut juste être délicat ou assez intelligent» pour faire passer la pilule.

La façon de faire de l’humour n’a pas nécessairement évolué en trois décennies, observe-t-il. Seule «la diversité humoristique» a changé la donne depuis les années 70, dit-il.

«Les humoristes aiment se faire accroire que l’humour évolue, mais en réalité, l’humour est juste un miroir de la société: si quelque chose change, c’est le public», et les comiques ne font que s’adapter au changement.

Réal Béland, dont l’humour absurde semble parfois confiner à la folie furieuse, est paradoxalement on ne peut plus sage, au quotidien. «Je suis un gars de centre [de juste milieu]. Les extrêmes, ça m’agace. Il y a beaucoup trop de contradictions dans leurs discours, et le monde parle souvent à travers son chapeau», juge Réal Béland.

Des projets

Même s’il ne se met plus autant de pression qu’auparavant, Réal Béland n’est jamais à court de projets.

Il espère bien sûr obtenir le financement de la deuxième saison d’En rodage, série qu’il anime (et produit) en braquant les caméras sur ses confrères et consœurs humoristes hors scène, de façon à scruter les infinies variations des étapes créatives. «Leurs méthodes de travail me fascinent, moi qui vient du milieu du théâtre. C’est du microdétail, un travail chirurgical». Et chaque façon de faire est «révélatrice de la personnalité de chaque humoriste», souligne celui qui, au plan personnel, privilégie «l’esprit d’équipe» de sa gang». «Bien s’entourer, c’est ça ma méthode. J’aime écouter et prendre mon temps en brainstorms. Après, mon subconscient décante et je me fais confiance». 

Réal Béland travaille en parallèle sur «une série de fiction», sur laquelle il planche depuis trois ans, ainsi que sur un film, dont il a amorcé l’écriture cette année. La série ne «sera pas une comédie à sketches», mais plutôt «une comédie de situation, qui traite de vraies choses, sans chercher le gag à tout prix».

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POUR Y ALLER

Quand ? Le 19 mai, à 20h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525; salleodyssee.ca