Louise Latraverse

Raviver l'incandescence de Pauline

La comédienne Louise Latraverse a connu Pauline Julien de près, on ne peut pas dire moins. Les deux femmes étaient voisines et grandes amies. Elles se voyaient régulièrement, fêtaient Noël ensemble, discutaient des petits tracas du quotidien autant que des grands idéaux qui les portaient.

Quand Ines Talbi a commencé à rêver d’un projet tissé autour du répertoire de la grande Pauline, elle a souhaité connaître celle qu’elle avait été, elle a voulu rencontrer celles qui l’avaient côtoyée.

« C’est comme ça qu’on s’est retrouvées pour parler de Pauline, Ines, France [Castel] et moi. Après ça, elle nous a fait cette proposition d’un très joli spectacle, plein de tendresse, avec les femmes qu’elle avait choisies avec beaucoup de goût et de talent. Toutes ces voix féminines ensemble, les générations confondues, les univers qui s’entremêlent, c’est très touchant. C’est un projet qui s’est fait simplement et naturellement, en fait. »

Le spectacle La Renarde ramène à l’avant-plan la beauté et la pertinence des textes que Pauline Julien a chantés.

« Les œuvres marquantes restent et traversent le temps. Pauline était passionnée par les mots. Elle a travaillé avec les poètes de son époque, elle vivait avec un poète (Gérald Godin), elle écrivait elle-même. La poésie, ça grouillait dans la famille. La maison était toujours ouverte aux artistes. Pauline recevait beaucoup. Elle était très près des écrivains, des peintres, des politiciens. »

Elle était aussi très près de ses amis.

« C’était une femme loyale qui avait un grand sens de l’amitié. Dans L’âme à la tendresse, c’est ce qu’elle raconte. Et qu’est-ce qu’elle débordait d’énergie! Elle avait toujours des plans. Une vraie boule de feu. Gérald, lui, nous faisait rire. Il était plus léger de tempérament », se rappelle Louise Latraverse.

Mots d’amour

Dans le tour de chant tout féminin, la comédienne a hérité d’une partition intime. Elle lit sur scène des extraits de correspondance amoureuse signée par Pauline Julien. Des mots tendres, des mots doux.

« Tout ça est vraiment beau. Je suis très à l’aise de le dire. Il y a des projets qui arrivent comme ça, à la bonne place, au bon moment, avec les bonnes personnes. La Renarde, c’est ça. Il y a entre nous toutes une complicité précieuse, semblable à celle qu’on voit d’ordinaire au théâtre. C’est une aventure heureuse à tous points de vue. Et puis, c’est formidable de faire découvrir l’œuvre de Pauline à de nouvelles générations. »

La démarche dépoussière les textes, mais elle secoue aussi la mémoire et réveille des souvenirs.

« Ce qui était beau, chez Pauline, c’était son engagement. Elle disait ce qu’elle pensait. C’était une féministe, une femme extrêmement de son temps, voire en avant de son temps. Je comprends qu’une artiste comme Ines Talbi, qui est une grande créatrice à la voix magnifique et à la vision originale, se soit intéressée à elle. Ce sont deux chercheuses, chacune à leur manière. »

Peut-être le dernier

La tournée arrive à sa fin, mais le spectacle sera repris sur la scène des FrancoFolies en juin.

« C’est formidable qu’il y ait pu avoir une tournée, parce que ce n’est pas évident de coordonner les horaires de 14 interprètes. Le défi est grand et c’est tout à l’honneur de Spectra de faire ça », assure Louise Latraverse.

Celle-ci savoure chaque instant de l’aventure scénique.

« Parce que ce sera peut-être le dernier spectacle de cette envergure auquel je participe. Et si c’est le cas, ce sera bien. Moi, je ne joue plus au théâtre. Je ne veux plus vivre cette pression énorme qu’amène le trac, j’en ai eu assez. Je suis de celles pour qui le trac a toujours été immense. Pauline aussi était comme ça. Janine Sutto a composé avec ça jusqu’à la toute fin. Je lui demandais : à quelle heure ça finit, le trac? Elle me répondait qu’en fait, c’était même pire avec les années! J’ai envie d’autre chose. Je ne fais plus de télé non plus. Il y a des gens qui ne veulent jamais partir, moi je trouve qu’à un moment donné, on peut faire des choix. Je vais continuer à faire des choses, mais d’une autre façon. »

« Et puis j’écris, je dessine, j’ai dans ma vie d’autres façons de m’exprimer, poursuit-elle. J’aime avoir du temps à moi. Je suis une contemplative de nature, je prends le temps de vivre. La vieillesse a de belles qualités, je trouve. J’aime cette période de la vie où on se détache de certaines choses, où on voit les choses différemment. Ma jeunesse, je ne recommencerais pas ça du tout. Je me souviens très bien que c’était difficile. Et puis, quel choix on a? Si on veut vivre, alors il faut vieillir. Je voulais entrer là-dedans avec grâce et élégance. Tout est toujours à réinventer. Moi, j’en suis à réinventer ma vie. Et ça me plaît beaucoup. »

POUR Y ALLER

Quand ? Mercredi 6 mars, 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau, salle Odyssée

Renseignement : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca