Dans Opus, la compagnie basée en Australie, les acrobates performent autour du Quatuor Debussy au rythme de la musique complexe de Chostakovitch.

Quand le cirque rencontre Chostakovitch

Mêlant la grâce de la danse à la prouesse des acrobaties circassiennes – le tout sur la musique complexe de Dmitri Chostakovitch –, Circa présente ce samedi au Centre National des arts, Opus, un spectacle qui rend hommage au compositeur russe.

Né d’un désir de mettre en scène la musique de Chostakovitch, le cofondateur et directeur artistique de la compagnie de Brisbane, en Australie, Yaron Lifschitz a créé Opus en 2012 pour le festival culturel pluridisciplinaire Nuits de Fourvière de Lyon, en France.

« La musique et l’acrobatie ont été le point de départ de ce spectacle. […] Mais la volonté [de Yaron Lifschitz] était également d’intégrer des musiciens sur scène. Ce qui a ajouté une contrainte, une très belle contrainte, souligne Caroline Baillon, acrobate pour Circa. On utilise les musiciens, on les amène avec nous, on bouge autour d’eux. On n’est donc pas 14 acrobates et 4 musiciens, mais un groupe de 18 artistes sur scène », précise l’artiste française qui a rejoint la troupe australienne il y a à peine un an.

En effet, si d’ordinaire les musiciens sont en retrait sur scène pour laisser le champ libre aux déplacements des artistes, Yaron Lifschitz a plutôt choisi d’incorporer à l’ensemble les quatre musiciens français du Quatuor Debussy, dont la notoriété à l’internationale n’est plus à faire. Ainsi les danseurs-acrobates accomplissent leur chorégraphie circassienne tout en virevoltant autour – et au-dessus – des musiciens. Et pour corser le tout, ces derniers jouent une bonne partie du spectacle les yeux bandés.

« Ç’a été un gros défi. On a dû arrêter de penser qu’on pouvait leur causer du tort et davantage se concentrer sur la musique », explique la circassienne jointe par téléphone à Montréal, alors que la troupe était en répétition.

Et puisque la musique occupe une place centrale dans Opus, les 7 hommes et 7 femmes de Circa qui performent en solo, en duo ou en groupe ont dû s’imprégner de cette musique pour laisser libre cours à leurs émotions. « C’est une musique assez complexe, assez sombre, puisqu’elle aborde le thème de la guerre, de la souffrance », indique l’artiste formée à l’École de cirque de Québec. Et d’ajouter que : « Circa laisse une grande liberté à l’artiste de pouvoir exprimer ce qu’il ressent. Alors sur scène, on se sert beaucoup de la musicalité et de ce qu’elle nous inspire. »

Brasser les arts
Bien que Circa soit une compagnie de cirque, les acrobates utilisent davantage leur corps que des appareils pour donner naissance à leurs émotions. « On ne fait pas juste des acrobaties, il y a également des chorégraphies bien que ce ne sont pas des mouvements dansés, mais des mouvements d’ensemble », détaille la circassienne qui a performé entre autres avec le Cirque Éloize.

Ainsi tout en fusionnant plusieurs arts, le directeur artistique a également réussi à créer un mélange de paradoxes entre la joie que peut évoquer le cirque et la musique sombre et émouvante de Chostakovitch évoquant ainsi une lutte pour la vie. « C’est très métaphorique. On essaye de ressentir de la peur pour notre vie ou au contraire on essaye d’aider les autres, indique Caroline Baillon. Et tout en étant dans ce groupe très fort, on est aussi très isolé puisqu’on puise dans nos émotions personnelles. Mais il y a une très grande entre-aide autant dans les mouvements que dans la chorégraphie. »

Ainsi pendant près de 80 minutes, les danseurs acrobates brouillent les frontières entre la danse et le cirque au rythme des Quatuors pour cordes no 5, no 8 et no 11 du compositeur majeur du 20e siècle en explorant la relation entre l’individu et le groupe.

Créé en 2004 à partir de la compagnie Rock’n’roll Circus existante depuis 1987, la compagnie Circa a entamé une tournée en avril avec Opus et trois autres spectacles, dont Human qu’elle présentera plus tard ce mois-ci à Budapest et en Espagne.

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POUR Y ALLER

Quand ? Samedi 5 mai à 20 h

Où ? Salle Southam au CNA

Renseignements : nac-cna.ca