Piège pour un homme seul met en vedette Richard Bernard alias Daniel Comeau, et Chantal Richer alias madame Breton.

Piège pour spectateurs groupés

CRITIQUE / On a beau avoir voulu jouer aux Hercule Poirot, une fois arrivé à la toute fin de la pièce Piège pour un homme seul, force est d’admettre sa défaite. Il n’y a pas que les personnages qui sont tombés dans le panneau : nous aussi.

La pièce à l’affiche au Théâtre de l’Île (TDÎ) en est actuellement à sa deuxième semaine de représentations. La comédie policière sera jouée du mercredi au samedi, jusqu’au 13 avril.

Les projecteurs s’allument sur un Daniel Comeau (Richard Bénard) inquiet. Voilà quelques jours que son épouse Élisabeth n’a donné aucun signe de vie. Les nouveaux mariés se la coulaient douce dans un chalet prêté par un ami lorsqu’une dispute l’a poussée à quitter les lieux. Alors que Daniel fait appel au chef de police (Claude Lavoie) pour l’aider à la retrouver, drôle de hasard : le curé (André St-Onge) cogne à sa porte presque simultanément pour la lui ramener.

Sauf que cette femme n’est pas sa femme.

Daniel est résolu à démasquer l’identité de cette fraudeuse. Or, la nouvelle Élisabeth (Chantale Richer), exaspérée, insiste que c’est en raison de ses problèmes de mémoire que son mari ne la recadre pas. Pour gagner sa cause, l’intruse prouve qu’elle connaît de fond en comble le quotidien du couple ; du contenu des armoires au questionnaire auquel lui fait répondre l’inspecteur Leblanc, elle est incollable. Si le spectacle avait un autre titre, elle aurait pu nous faire gober sa théorie des souvenirs défaillants du protagoniste ; à la fin du premier des quatre actes, il devient inéluctable qu’il y a anguille sous roche et que Daniel se trouve dans un Piège pour un homme seul.

Il faut un moment pour que la sauce prenne — l’auteur Robert Thomas prend le temps d’établir ces prémices —, mais la pièce passe à une vitesse supérieure dès que l’on découvre l’existence d’un complot. Dans l’esprit du vaudeville, l’intrigue évolue rapidement au fil des allées et venues des personnages un peu caricaturaux (dans le bon sens du terme), auxquels s’ajoutent le peintre Adélard Maheux (Roger Labelle), idiot fini, mais seul témoin possible en la faveur de Daniel, et Madame Berton (Lyette Goyette), girouette grinçante. Alors que l’alliance entre l’Élisabeth controversée et son complice devient évidente, le spectateur est mené à soupçonner d’autres acolytes... pour s’en détourner prestement. Gentils ou méchants, colonel Moutarde ou professeur Violet dans le salon ; les pistes et les esprits se brouillent.

À la mise en scène, les puristes apprécieront une approche qui respecte l’œuvre originale. Le décor massif d’un chalet des années 70 en témoigne, murs de bois, tête de cerf empaillée et mobilier brun et orange à l’appui. L’ajout modéré de musique pendant certaines scènes souligne les passages les plus tendus ; un ajout bienvenu.

La pièce compte aussi une distribution efficace. Les répliques au ras des pâquerettes de l’inspecteur Leblanc et les nonchalances d’Adélard Maheux appuient l’effet comique, tandis que Richard Bénard et Chantale Richer font mousser la tension. On aurait aimé détester encore plus Madame Berton, déjà haïssable. Quant à André St-Onge, le comédien qui jusque-là a toujours joué dans les productions communautaires du TDÎ montre que le talent n’est pas l’apanage de la ligue professionnelle.

Point de snobisme : on s’est fait berner, et à moins d’être un fin connaisseur du genre, il est fort probable que les prochains spectateurs le soient également par cette pièce légère, rythmée et divertissante.

Par ailleurs, on a constaté que la quasi-totalité des spectateurs étaient d’âge adulte ; soulignons que le spectacle se prête très bien à une sortie avec ado(s).