Aller au théâtre pour repartir à l’aventure, voici De l’instant et de l’Éternité, à la Nouvelle Scène les 2 et 3 février.

Phèdre en cure de jouvence

Fixer et conserver le répertoire classique ou le « dépoussiérer », l’actualiser et le rendre plus accessible ? Jocelyn Pelletier est plutôt de la deuxième école, qui s’accorde à adapter les grands textes, à les réinventer pour mettre le théâtre au présent.

Il rend Phèdre à son époque : dans une mise en scène où la vidéo se filme en direct sur le plateau, la langue se libère de l’alexandrin pour préférer la prose. Et impose les sonorités québécoises au détriment du français dit « international ». Aller au théâtre pour repartir à l’aventure, voici De l’instant et de l’Éternité, à la Nouvelle Scène les 2 et 3 février.

« Souvent, j’entreprends mes projets par réaction, » se présente Jocelyn Pelletier, metteur en scène de cette adaptation de Phèdre, version Sénèque.

« Les tragédies grecques que j’ai vues ne me rejoignaient pas, dit-il. Trop polies, peut-être ». Le théâtre antique constitue pourtant une mine d’or pour tout metteur en scène en quête d’auteur, un vivier inépuisable de récits hérissés de passion, de fureur et de crimes.

Rappelons celui de Phèdre : l’épouse de Thésée est tragiquement éprise d’Hippolyte, fils de Thésée. Elle lutte en vain contre sa passion pour lui. Épuisée et culpabilisée par ses sentiments, Phèdre cherchera par tous les moyens à l’éloigner d’elle.

« Hippolyte a de belles pensées autour de la liberté et de l’affranchissement, mais développe une haine des femmes et de sa mère précisément. C’est un regard qui peut être glissant, de nos jours, analyse-t-il. Avec Sénèque, j’ai trouvé une parole poétique très concrète que je cherchais. Une prose proche du théâtre de Shakespeare. »

Le texte attrape tout ce qui passe : à la fois dans le champ de la tradition classique et dans celui de la modernité la plus proche, depuis l’explosion de la vidéo et la mise en scène filmée de soi. « Il nous donne accès à des pulsions plus animales et taboues, explique Jocelyn Pelletier. Car il y a tout un jeu sexuel et de pouvoir entre Hippolyte et Phèdre. »

À partir d’une version écrite en collaboration avec Stéphane Lépine, les chœurs sont projetés en vidéo sur un écran en arrière-scène. Rien d’étonnant, de détonnant à cela : « je convoque le côté voyeur, justifie-t-il. Ce regard des dieux représente aussi la fatalité. » Ce n’est pas la première fois que le metteur en scène intègre la vidéo live dans ses spectacles, il l’avait déjà fait dans sa deuxième pièce Entre vous et moi, il n’y a qu’un mur (2011).


« « Le feu embrase mon coeur et l’affoleIncendie sauvage, au tréfonds de mon corpsLe désir couvait, il court dans mes veinesEt me ravage la chairVoici que les flammes grandissentElles gagnent la poutre maîtresse » »
Extrait de la pièce

Mythes et expériences
Tous les personnages sont interprétés par les deux comédiens Guillaume Perreault et Isabelle Roy. Les jeux de rôles insufflent ainsi un autre niveau de lecture, précise le metteur en scène. « Phèdre incarne la nourrice, par exemple, qui peut-être interprétée comme une partie de son jugement ».

À partir de Sénèque, il livre une fresque expérimentale de ce mythe. « Un kaléidoscope pour deux acteurs. Une plongée à travers les mécanismes d’une fable d’une cruelle lucidité, » résume le programme.

Le projet est né d’un spectacle à présenter dans le cadre d’une formation en mise en scène à l’École nationale de théâtre du Canada, en 2016. « J’ai mêlé jeu, écriture et mise en scène pendant 10 ans, rappelle M. Pelletier. Puis j’ai ressenti le besoin de retourner me former en mise-en-scène. » Retour à l’apprentissage, donc, aux classiques et à leur terreau toujours fertile. « L’école nous offre le luxe de l’exploration théâtrale et les mythes, un terrain de jeu dramatique inépuisable, reconnaît Jocelyn Pelletier. La pièce débute dans l’instant du théâtre pour évoluer ensuite vers un espace installatif et muséal, celui de l’éternité ». De l’instant et de l’éternité fait de Phèdre, au-delà du personnage littéraire, une étrange et formidable muse inspiratrice.


« « Cet amour rebelle, cet amour hors-la-loi, sera matéL’opinion ne me traînera pas dans la boueJe ne lui en donnerai pas l’occasionPour échapper au mal je ne vois qu’une issueJe ne vois qu’un asileSuivre dans la mort mon époux héroïquePlutôt mourir que transgresser la loi divine » »
Extrait de la pièce

POUR Y ALLER

Quand ? Les 2 et 3 février

Où ? Nouvelle Scène

Renseignements : 613-241-2727