Le Wild West Show de Gabriel Dumont revisite la lutte des Métis à la manière des spectacles à grand déploiement de Buffalo Bill.

Petits tours d’histoires

Gabriel Dumont a été un pilier pour Louis Riel dans sa lutte pour faire reconnaître les droits des Métis. Après la défaite de Batoche et la pendaison de son compagnon d’armes, Dumont s’est réfugié aux États-Unis, où il été recruté par Buffalo Bill pour son Wild West Show. Ce héros est aujourd’hui au cœur d’une production aussi éclatée dans le fond que dans la forme, qui revisite l’histoire du pays en réunissant des artistes canadiens francophones, autochtones et anglophones sur une même scène. Bienvenue dans l’univers du Wild West Show de Gabriel Dumont, dont la grande première donnera le coup d’envoi de la nouvelle saison du Théâtre français du Centre national des arts, le 18 octobre.

Un numéro clownesque par-ci. Un aparté plus classique par-là. Entre coups de fouet, esprit vaudevillesque, projections et anachronismes délibérés, dans un mélange de français, d’anglais, de cri et de mitchif (voire d’une touche de lakota), Le Wild West Show de Gabriel Dumont revisite l’histoire des Métis de l’Ouest pour l’enraciner ici et maintenant.

« Ce projet n’est ni une reconstitution patrimoniale, ni un exercice de révisionnisme, encore moins une manière de polir les aspérités de notre histoire. On est plutôt dans une grande aventure de reconnaissance mutuelle ! » prévient avec passion le « maître de piste » Jean Marc Dalpé.

Pour l’auteur et comédien franco-ontarien (qui cumule les deux chapeaux dans le cadre de ce projet), la production s’inscrit dans l’esprit du fameux Wild West Show de Buffalo Bill. Du coup, celui créé autour de la figure emblématique de Gabriel Dumont se déploie en numéros jouant justement des différentes interprétations de l’histoire, selon l’angle de vue privilégié (autochtone, francophone ou anglophone).

« On est donc une troupe d’acteurs qui jouent plusieurs rôles, masculins ou féminins, dans ces numéros ! » lance Jean Marc Dalpé, visiblement heureux du côté « ludique » de la proposition.

C’est d’ailleurs cet heureux — et fort intriguant, quand on n’a encore rien vu  du résultat — mélange des genres qui a séduit Émilie Monnet.  « On passe de la comédie musicale à des moments proches du cartoon, évoque-t-elle. Comme interprète, ça devient plus une question de trouver le bon rythme, le bon ton, en fonction du numéro qu’on a à livrer et du personnage qu’on incarne. »

Le Wild West Show comme espace de « résistance créative »

N’empêche que la native de la région voit dans le Wild West Show d’hier une symbolique importante et porteuse de sens.

« Le concept même du Wild West Show à l’époque de Buffalo Bill avait quelque chose de profondément paradoxal. D’une part, il entretenait plusieurs clichés et stéréotypes sur les Premiers Peuples qui ont nourri par la suite Hollywood. De l’autre, il a toutefois permis à nos ancêtres de perpétuer certains chants et danses qui étaient devenus interdits au Canada, sous John A. MacDonald », tient à rappeler l’artiste, dont la mère est une Algonquine anishnabeg de Kitigan Zibi.

Le Wild West Show est dès lors devenu un « espace de résistance créative pour contrer l’oppression ».

Cette mouture contemporaine compte plusieurs références à la culture populaire d’aujourd’hui, intervient-elle. 

« En fait, passé et présent se répondent constamment, dans le spectacle », renchérit Jean Marc Dalpé.

Gabriel Dumont, ce héros

Ce dernier s’emballe quand vient le temps de parler de Gabriel Dumont, l’âme du spectacle. L’homme de théâtre se souvenait vaguement du personnage, de ce qu’il avait appris sur lui, dans ses cours d’histoire canadienne. 

Krystle Pederson et Jean Marc Dalpé

Au fil de ses recherches, il a fait face à un héros digne de ceux qui ont bercé son enfance.

« On se retrouve devant un bonhomme formidable, extraordinaire, qui est ancré dans le territoire ! » clame-t-il. 

« C’est un vrai héros, un gars intègre qui toute sa vie a défendu la cause des Métis, même après la défaite, même quand il est revenu au Canada », renchérit Jean Marc Dalpé.

Émilie Monnet a notamment été étonnée par l’ampleur de la mobilisation au Québec, à l’annonce de la pendaison de Louis Riel, en cours de route. « La plus grosse manifestation qu’il y a eue, c’était à Montréal. Un tiers de la ville est sorti dans les rues. C’est plus que lors du printemps érable, toute proportion gardée. »

Si la Gatinoise d’origine a pu en savoir justement plus sur ce pan de l’histoire canadienne « pas mal moins connu, ici, dans l’est du pays », sa collègue Krystle Pederson s’est quant à elle sentie directement interpellée.

Émilie Monnet

L’artiste pluridisciplinaire crie et métisse a grandi à moins d’une heure de Batoche. Sa participation au Wild West Show de Gabriel Dumont est l’occasion de confronter ce qu’elle-même sait des événements qui s’y sont déroulés et de leurs conséquences.

« Ce n’est qu’à l’âge adulte que j’ai appris ce qui s’était passé à Batoche et que j’ai renoué peu à peu avec les traditions de mes ancêtres », raconte la seule anglophone unilingue de la troupe sur scène.

Car la pluralité linguistique sera partie prenante du spectacle, même si c’est la version dite française qui sera présentée à Ottawa, puis à Montréal.

« Avoir la chance de faire partie de la distribution d’un projet comme ce Wild West Show me rend encore plus fière de mes racines, de ce que je suis. Il y a aussi quelque chose d’excitant au fait de voir et d’entendre toutes nos langues et cultures réunies sur une même scène ! »

Krystle Pederson, comédienne crie et métisse

De là à croire qu’il s’agit d’un projet s’inscrivant dans la foulée des festivités du 150e de la Confédération, il n’y a qu’un pas… que l’équipe refuse de faire. 

« Oui, nous sommes réunis sur une même scène. Oui, on entend des langues des Premiers Peuples, du français et de l’anglais dans un même spectacle. Mais ce n’est pas un show fédéraliste et on ne célèbre pas le Canada pour autant ! » réfute Jean Marc Dalpé.

Ce dernier planche sur le projet depuis plus de trois ans, aux côtés d’Alexis Martin et d’Yvette Nolan. Le trio forme le noyau dur de la dizaine d’auteurs des quatre coins du pays qui ont travaillé le texte mis en scène par Mani Soleymanlou. Et qui sera porté par 10 acteurs provenant également du Québec, de l’Ontario et de l’Ouest.

« Le plus important pour nous, à chaque étape de la création, ç’a donc été que chaque personne soit à l’aise avec ce qu’on met de l’avant dans le spectacle », explique l’auteur et comédien.


POUR Y ALLER

Quand ? Du 18 au 21 octobre, 19 h 30

Où ? Centre national des arts

Renseignements : Billetterie du CNA ; ou 1-888-991-2787, ticketmaster.ca