Philippe Laprise ne chôme pas. Son calendrier est bien rempli jusqu’en 2019.

Occupé... à vivre

SHERBROOKE — Vous n’avez pas la berlue si vous avez l’impression que Philippe Laprise n’a pas été très longtemps éloigné des planches depuis environ un an. Six jours après la fin de la tournée de Plus sexy que jamais, le 1er avril 2017, il remontait déjà tester des blagues sur scène avec Entre deux shows, prestation hybride mélangeant le rodage, l’improvisation et le laboratoire. Ce mois-ci, il démarre officiellement le rodage de Je m’en occupe !, son troisième spectacle solo, et son calendrier est déjà bien rempli jusqu’en juin 2019.

Tout ça est le fruit d’une prise de conscience, celle de la quarantaine, croit le Saguenéen. Un âge, dit-il en assumant le cliché, où l’on sait davantage ce que l’on veut et ce que l’on ne veut plus. Et la chose qui allume vraiment le gentil géant de l’humour québécois, c’est la scène.

« À 42 ans, j’ai le sentiment d’être en train de terminer mon adolescence, de laisser derrière moi le Superman qui pense qu’il peut tout faire et roule en innocent depuis 12 ans. Tu finis par t’apercevoir que tu ne fais que travailler, que tu ne profites pas de la vie ni de ta famille. Il a fallu que je me demande ce que j’aime vraiment faire. La réponse, c’est l’humour. Ce contact-là avec le public, l’amuser, lui faire vivre des émotions et passer un beau moment, c’est ça, le plus important. Si je suis un mois sans monter sur scène, on dirait que je fais une dépression. »

« J’ai donc décidé de me consacrer à un projet par jour. La télé, j’en fais moins, et quand je tourne, je n’ai pas de spectacle le même soir. La radio, ça ne m’intéresse pas. J’ai décidé que j’en avais marre de l’anxiété. C’est une sorte de retour au jeune garçon de 15 ans qui faisait son show à l’école, sans aucun salaire, juste pour s’amuser. Je dis d’ailleurs à ma fille de rester à 15 ans, et que, dans le fond, elle ne veut pas être adulte, parce qu’elle ne comprend pas ce que c’est », rapporte celui qui consacre justement un numéro à l’adolescence dans son nouvel effort scénique.

Merci à la tempête

Philippe Laprise a trouvé le titre Je m’en occupe ! alors qu’il donnait une représentation d’Entre deux shows, en décembre dernier à Sainte-Thérèse. Arrivé sur scène, il découvre une salle en émoi parce qu’une tempête de neige sévit à l’extérieur — lui-même avait mis trois heures et demie à faire le trajet à partir de Chambly. L’humoriste entreprend alors de rassurer son public, lui disant de ne pas s’en faire. « Je m’occupe maintenant de votre soirée », lance-t-il.

« De fil en aiguille, je me suis aperçu que c’était une phrase qu’on utilise très souvent et que tous mes sujets pouvaient y être reliés. J’ai surtout réalisé que, s’occuper de tout, c’est impossible. Je suis à un âge où je prends conscience que je ne peux pas tout faire. Je vais faire les choses dans lesquelles je suis bon, et le reste, ce sont les autres qui vont s’en occuper ou m’aider à y arriver, parce que ce sont leurs forces à eux. »  

C’est un peu ce que Philippe Laprise a vécu ces dernières années : après s’être ouvert sur son TDAH et s’être engagé dans cette cause, après s’être mis au sport et à avoir fait trois fois le Défi Pierre Lavoie, l’humoriste s’est rendu compte qu’il y a des limites à tout ce qu’on peut accomplir dans une journée.

« Je dois m’occuper de moi-même, de ma santé, de mon couple, de mes enfants, de mes amis... On s’occupe de son bonheur, mais même si ce bonheur est inatteignable, on peut quand même le vivre tous les jours, en prenant soin de soi. Ça crée une ouverture pour être heureux. Par exemple, je pèse encore 295 livres (et je vais probablement toujours peser ça), mais je sais que je peux parcourir 210 kilomètres de vélo dans une journée. Je surveille mon alimentation, mais je m’autorise à en échapper parfois... et à m’en foutre un peu. L’idée générale, c’est de profiter de la vie, d’avoir encore une santé qui me permettra de continuer jusqu’à 50 ans et plus, et non de me retrouver tout croche dans un fauteuil roulant à 370 livres. »

Moments farfelus

Philippe Laprise est donc surtout parti de sa propre vie et de son cercle de proches pour créer son opus 3. Plusieurs passages ont été écrits grâce à Entre deux shows, mais d’autres numéros se sont ajoutés.

Avec son spectacle-laboratoire, Philippe Laprise souhaitait aussi revoir le modèle du spectacle d’humour et tenter de nouvelles choses, par exemple l’intervention de la salle. Il s’est aperçu qu’il ne pouvait réinventer totalement une formule qui a déjà fait ses preuves et qui fonctionne.

« Mais on peut la faire évoluer à sa façon. Dans ce numéro appuyé sur le public, j’ai fini par me rendre compte que je ne peux pas demander quelque chose aux spectateurs sans leur donner un exemple d’abord. Dans mon passage sur le bonheur, quand je leur posais des questions sur ce qui les rend heureux, ils ne réalisaient pas que je m’adressais vraiment à eux. Je cassais le beat ben raide ! Mais si je leur donnais un exemple, ça leur permettait de commencer à réfléchir. Ça a fini par produire des moments farfelus. Un jeune de 13 ans m’a déjà répondu que le bonheur, pour lui, c’était d’apprendre à parler mandarin ! »

L’humoriste tente aussi d’échafauder un nouveau type de début à son spectacle, plus sec et direct, sans musique. « J’ai même pensé commencer la soirée dans la salle. Je veux essayer de surprendre les gens. J’ai hâte de voir si ça marche. Je ne suis pas encore convaincu. » 

Philippe Laprise sera à Gatineau les 5 octobre (Carrefour culturel Estacade) et le 12 décembre (Maison de la culture).

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POUR Y ALLER

Quand ? 5 octobre

Où ? Salle Desjardins, Carrefour culturel Estacade

Quand ? 12 décembre

Où ? Salle Odyssée, Maison de la culture