Angelo Del Vecchio fait un Quasimodo quasiment parfait, lui aussi sous l’emprise de la bohémienne Esmeralda, qu’incarne Hiba Tawaji.

Notre-Dame de Paris : joies et déceptions à la cour des Miracles

Non, les murs de Notre-Dame de Paris ne se sont pas défraîchis, en 20 ans. On parle, bien sûr, de la Cathédrale bâtie par Luc Plamondon et Richard Cocciante circa 1998, et qui s’est érigée mardi 16 octobre au Centre national des arts, où l’illustre comédie musicale a pris l’affiche jusqu’à dimanche.

À l’exception de sa distribution, cette tournée anniversaire reprend en tout point (ou presque ; l’œil aguerri pourra noter quelques changements cosmétiques mineurs dans la mise en forme, mais le grand public, à moins d’avoir une mémoire d’éléphant et le sens du détail, n’y verra que du feu) l’œuvre originale.

La présente mouture — qui comprend le Gatinois d’origine Martin Giroux dans le rôle de Phœbus — ne désolera pas les aficionados, et Saint-Victor-Hugo seul sait qu’ils étaient nombreux en ce soir de première. À preuve, le nanane offert par les comédiens lors des salutations, pour mettre un terme à une ovation qui s’éternisant : ils ont laissé la foule entonner « seule » le premier couplet de l’emblématique Le temps des cathédrales, avant de se joindre au chœur.

Aucun doute : ces chansons font désormais partie du « patrimoine bâti », les timbres des interprètes d’origine nous ayant habités depuis 20 ans. Au point que, depuis son fauteuil, le spectateur est envahi de flashs réminiscents de ce passé vocal gravé sur microsillons, et cimenté dans la mémoire collective.

Quasimodo magistral

Heureusement, grâce à la qualité générale des prestations vocales de la nouvelle équipe, l’oreille cessera progressivement de chercher ses repères du côté de Pelletier, Garou, Ségara, Merville, etc., et s’adaptera à cette distribution « rajeunie ». Surtout au deuxième acte, quand la gang, après une première partie pas aussi éclatante qu’espérée, aura retrouvé l’intensité qui lui faisait défaut au démarrage (alors que la plupart des gros hits de NDP, Bohémienne, Belle, Déchiré, etc., se situent dans cette première partie).

Seules exceptions : Angelo Del Vecchio, d’emblée admirable dans les oripeaux de Quasimodo, et la « petite » recrue de cette production — Valérie Carpentier dans la robe de Fleur-de-Lys. L’Italien est renversant de force et de précision, dans un registre caverneux, mais assez feutré pour nous faire oublier les ‘cailloux’ dans la gorge de Garou, Sonneur de cloches Ier. Amoureux transi, enfant tourmenté, Pape des fous enivré, prisonnier assoiffé : Del Vecchio volera le show vocal à chacune de ses scènes.

Valérie Carpentier, qui vient de se joindre à la troupe (les autres ont tourné l’an dernier en France) a elle aussi fait preuve d’une solidité immédiate et constante, quand d’autres vétérans, peut-être sur le pilote automatique, ont manqué de tonus durant la première heure

Dans la soutane de Frollo, « méchant » qu’il campait déjà dans la mouture de 1998, Daniel Lavoie caressait des démons intérieurs un peu trop intériorisés. L’obsession est là, mais sa douceur a pris le pas sur la haine, la cruauté et la duplicité qui nous semblaient indissociables du personnage.

Il faudra attendre l’Ave Maria païen pour qu’Hiba Tawaji, éclairée comme une cathédrale de nuit, le port altier, laisse enfin éclater sa finesse vocale et ses émotions... et qu’on comprenne enfin pourquoi tous les gars du village se sont entichés d’elle, alors que sa bohémienne – jusque-là plutôt sage, ne suintait ni la fierté, ni le côté charnel qu’on attendait d’Esmeralda.

Idem pour Martin Giroux, dont le panache vocal et la prestance physique ne se seront révélés que tardivement.

La cour des Miracles

Vingt ans plus tard, l’œil, lui, en profite pour se concentrer sur le second plan : les qualités esthétiques des tableaux (irréprochables), les costumes colorés, les chorégraphies effrénées et les prouesses athlétiques.

Au fil des scènes, 17 danseurs et voltigeurs rivalisent d’énergie et d’extravagance pour s’emparer de tout l’espace scénique — y compris dans sa verticalité — de façon absolument éblouissante. Ça grimpe et ça virevolte. Ça glisse et ça se contorsionne. Vous les connaissez : ce sont « les écorchés - les sans-papiers-les expulsés », danseuses andalouses en haillons, gargouilles humaines accrochées aux colonnes de pierre, gibiers de potence de la Cour des Miracles et autres émeutiers (magnifique scène !) généralement guidés par Clopin – le chanteur français Jay, qui a tout le charisme qu’il faut pour ce rôle).

Le sous-texte qui se joue parmi ces va-nu-pieds ravit autant, voire davantage, que le drame qui se joue au pied de Notre-Dame

POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 21 octobre

Où ? Centre national des arts

Renseignements : 1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca