«Ce qu’on attend de moi» donne au spectateur la chance de monter sur scène pour explorer une vie qu’il n’a pas eue.

Montez sur scène avec «Ce qu’on attend de moi»

Inspirée d’un essai du neurobiologiste Henri Laborit, la pièce «Ce qu’on attend de moi» propose une expérience théâtrale hors du commun. Dans cette partition pour comédien seul, l’acteur en question pourrait être... vous-même.

Ce qu’on attend de moi, de Philippe Cyr et Gilles Poulin-Denis. À La Nouvelle-Scène du 26 au 30 mars prochain. Distribution : Pierre, Paul, Jean, Jacques ou Fatouma ; le protagoniste sera sélectionné parmi les spectateurs – les spectateurs consentants, bien entendu – le soir même.

Pas deux représentations de Ce qu’on attend de moi sont pareilles. Expérience à la fois théâtrale et anthropologique, le concept découle d’une réflexion des deux dramaturges sur la notion de fuite, dans son sens individuel qui se manifeste en un besoin de s’évader de sa propre réalité. Dans L’éloge de la fuite, essai publié en 1976 que le tandem a décortiqué pour le traduire en expression artistique, Henri Laborit soutient que les humains sont pris de pulsions inconscientes et quasi permanentes de fuir la situation dans laquelle ils se trouvent à la recherche d’un nouvel état de plaisir. Cette envie perpétuelle serait celle d’échapper aux structures de pouvoirs établies – y compris à celles que l’on a soi-même contribué à mettre en place.

« On est tous dans ce spectre de fuites possibles, (qui va de) s’imaginer qu’on est à la plage alors qu’on est dans un rush de travail, jusqu’à la personne qui sort un soir acheter une pinte de lait et qui ne revient jamais car elle a quitté sa vie complètement », détaille Gilles Poulin-Denis. Selon Laborit, « les seules fuites possibles, réelles, c’est la maladie mentale, les drogues ou l’imaginaire. Ça a été l’une des pierres d’assise du spectacle : plonger dans l’imaginaire de différentes personnes pour explorer cette notion-là, de s’imaginer être quelqu’un d’autre. »

La première de la pièce a eu lieu l’an dernier aux Théâtre Aux Écuries de Montréal. Gilles Poulin-Denis, cofondateur de la compagnie 2par4 de Vancouver et directeur artistique des Zones théâtrales au Centre national des arts, assure que sa création vise avant tout une rencontre humaine, sympathique, avec l’« acteur ». « C’est un dispositif qui, on le souhaite, met en valeur l’individu le temps d’un soir pour arriver à le découvrir. »

Scénariste d’un soir

Au début de chaque spectacle, des questions seront posées pour élaguer la banque de candidats potentiels – si toutes les places sont prises, il y en aura 80. Parmi une ultime sélection d’environ cinq membres de l’auditoire, ce sera au public de voter pour l’heureux élu.

Le délégué sera d’abord interviewé par Gilles Poulin-Denis avant d’être emmené au milieu d’un dispositif scénique labyrinthique dans une deuxième pièce. Muni d’une oreillette, il recevra des instructions et sera aiguillé à travers une série de questions et de choix qui auront une incidence sur le cours du spectacle. Le participant sera filmé de façon à ce que le reste de l’auditoire le suive en direct sur écran et à ce que ses membres puissent répondre aux questions pour eux-mêmes.

Dans la version du scénario qui encadrera le cobaye à Ottawa, « on a inséré des segments où on donne carte blanche, des contraintes ou des perches pour que les gens puissent s’imaginer des choses, continue Gilles Poulin-Denis. On leur laisse la chance d’imaginer un personnage, comme s’ils décrivaient un spectacle qu’ils aimeraient voir ou une vie qui n’est pas la leur, mais qu’ils aimeraient vivre. Dans d’autres moments, les gens se projettent ; par exemple, s’ils n’étaient pas allés à l’université au moment où ils y sont allés, à quoi ressembleraient leurs vies maintenant ? »

« Il y a vraiment des moments magiques parfois. Dans le passé, certains spectateurs ont eu de la difficulté à croire que ce ne sont pas des acteurs. Mais pour nous, on se met dans une situation de risque parce qu’on ne sait pas avec qui on va se retrouver. La personne qui a été sélectionnée est fébrile, mais nous aussi, on est fébriles ; c’est comme faire un spectacle sans avoir répété et en ne connaissant que la moitié du texte. »

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JOURNÉE MONDIALE DU THÉÂTRE

La deuxième soirée de représentations de Ce qu’on attend de moi, le 27 mars, coïncidera avec la Journée mondiale du théâtre.

Que l’on soit un fin connaisseur des plus obscurs répertoires ou un néophyte complet, tous sont invités à souligner cette journée. À La Nouvelle-Scène, de midi à 14 h, des personnalités du théâtre liront les messages du directeur artistique du Théâtre du Trillium Pierre Antoine Lafon Simard, de l’artiste et activiste philippin Carlos Celdrán et de la dramaturge anglophone Jessica Carmichael. Un repas sera servi ; on demande de réserver sa place en écrivant au billetterie@nouvellescene.com.

En soirée, après la pièce, le réalisateur de balados Julien Morissette et les artisans de Ce qu’on attend de moi enregistreront devant public un épisode du podcast Plus que du théâtre, chapeauté par le Centre national des arts.

Du côté du Théâtre de l’Île, la comédie policière Piège pour un homme seul entamera sa troisième semaine de représentations. La pièce sera jouée jusqu’au 13 avril.

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POUR Y ALLER

Quand ? Du 26 au 30 mars (horaires variés)

Où ? La Nouvelle-Scène Gilles Desjardins

Renseignements : nouvellescene.com