La tournée Here We Go Again de Cher s'est arrêtée à Ottawa mercredi.

Moment rare... et Cher

Ne cherchez pas les cheveux gris sur la tête de Cher, 72 ans, il n’y en a pas. Jamais.

Peut-être parce qu’elle multiplie les perruques, en même temps que défilent les accoutrements scéniques, tous plus spectaculaires les uns que les autres.

L’interprète de If I Could Turn Back Time a-t-elle trouvé la formule magique pour assouvir son plus Cher désir : arrêter le temps ?

Quand Cher débarque sur scène (mercredi, celle du Centre Canadian Tire d’Ottawa, où s’arrêtait sa tournée Here We Go Again) – c’est sous une perruque rousse flamboyante, format queen size, la tête couronnée/tiarée, silhouette statuesque, le front haut, façon déesse nordique, robe à paillettes en guise de dorures. Pas un tif blanc, ici.

L’entrée en scène ? À l’américaine. Musclée. Après une courte séquence vidéo montrant Cher dans toute sa gloire, toute sa beauté, et toutes les couleurs du spectre capillaire alors que les images traversent 60 ans de carrière, la diva arrive flanquée d’une petite armée grecque. Au milieu de sa troupe de soldates spartiatement vêtues de minijupes et de boucliers, la générale en cheffe enchaîne Woman’s World et Strong Enough, deux hymnes à l’empowerment féminin.

Puis elle amadouera la foule, le temps d’une sympathique intervention monologuée. Elle partage quelques anecdotes tirées de sa vie peuplée de riches et célèbre (et ne se fait pas prier pour citer des noms). Elle fait rigoler la foule en mentant sur son âge (« 40 ans ») ou en évoquant son côté « drama queen ». Joue la carte de la proximité avec le public en confiant ses doutes, ses larmes et ses joies.

C’est un peu longuet, mais ça fonctionne à plein régime. La foule est conquise. La générale en chef peut aller se rhabiller.

Et c’est précisément ce qu’elle va faire. Cher disparaît de scène, laissant à ses musiciens et à ses danseurs — cette fois vêtue de costumes orientalistes, le soin de meubler le temps sur Gayatri Mantra... chanson que Cher complétera à son retour sur scène... en princesse hindoue, juchée sur un éléphant (meuh non, pas un vrai ! Pousse, mais pousse égal...)

« Durée de vie utile » d’un costume ? En moyenne, deux chansons. Parfois moins.

Vague disco

Quand Cher entonne son premier succès planétaire, l’émouvante I Got You Babe, qu’elle chantait en duo avec feu Sonny, et que l’ex-mari pointe le bout de son nez sur les écrans géants, les écrans des téléphones cellulaires se dépêchent de darder leurs rayons bleuâtres.

Welcome To Burlesque donnera à Cher — version brune piquante — l’occasion de revisiter l’époque du Cabaret, et son imagerie circassienne sexy (bustiers, porte-jarretelles, etc.). Cher se balade-t-elle encore en bas résilles, fesses passablement dénudées, comme dans sa prime jeunesse ? Absolument. Et elle continue de jouer la « transparence », même si ses décolletés sont moins plongeants.

Le tableau osé n’a pas provoqué dans le public autant d’enthousiasme que le suivant, plus sage, quand Cher — ABBA-Cadabra ! la tignasse blonde platine, cette fois — plonge dans le répertoire d’ABBA. Dancing Queen, son dernier album, est entièrement constitué de reprises du superquatuor suédois. Rien d’illogique, donc, d’entendre à mi-parcours du concert Waterloo, SOS ou Fernando.

C’est sans doute sa dernière tournée. Pas sûr que glisser des reprises au fil d’un spectacle d’adieux de 90 minutes soit la meilleure façon de dire bye-bye — du moins quand on a, comme Cher, plus de 25 albums studio à son actif, et qu’on a des chansons plus personnelles à partager. Mais il faut avouer qu’elle surfe très bien sur la vague disco. Et que ses cordes vocales sont loin d’être usées.

Malgré les 72 printemps de la supermamie, la voix est toujours sûre. Assurément puissante. Et le plaisir qu’a la matriarche à parcourir la scène, grimée comme une princesse rétro-pop, comme une égérie rock, ou comme une icône sainte de la grande showbusi-messe (blanc virginal et auréole immaculée en prime), est manifeste.

Reste qu’elle passe beaucoup de temps en coulisses, à se changer. Oui, les ‘trucs’ de mise en scène aident à passer le temps pendant les interludes (des clips cinématographiques ici, un solo de guitare là, quelques acrobaties aériennes, etc.) et l’attente est toujours bien récompensée, mais quand même... elle joue beaucoup à cache-cache !