Le Fâcheux Théâtre se produit dans le parc Fontaine, dans des moyens techniques minimaux.

Molière marxiste

Pour un troisième été, le Fâcheux Théâtre répètera son initiative de théâtre gratuit en plein air du 17 au 31 juillet. Cette année, Molière dans le parc revisite Les fourberies de Scapin et fait des clins d’œil à l’actualité ainsi qu’à... Karl Marx.

À ne pas oublier : ses chaises pliantes ou sa couverture de pique-nique, car le Fâcheux Théâtre se produit dans le parc Fontaine, dans des moyens techniques minimaux.

Comme la compagnie professionnelle de Gatineau se plaît à remettre au goût du jour les chefs-d’œuvre du dramaturge phare de la langue française, Les fourberies de Scapin ne fera pas exception. La saveur de l’été ? Les conflits de classe — et ici, la revanche des dominés économiques.

Dans la pièce de 1671, Léandre et Octave, les fils de deux bourgeois avares, profitent de l’absence de leurs pères pour épouser deux jeunes filles en secret. Mais lorsque leurs paternels rentrent avec d’autres projets de mariage pour eux, les jeunes premiers se retrouvent dans l’embarras. Scapin, le rusé valet de Léandre, est appelé en renfort pour apaiser la sainte colère parentale. La trame débouche sur les péripéties de l’« habile ouvrier de ressorts et d’intrigues », qui met en œuvre mille et une machinations pour extorquer leur fortune aux vieillards et faire triompher l’amour.

« C’est ça qui m’interpellait (dans Les fourberies de Scapin) : je trouvais qu’il y avait quelque chose de très politique et de très actuel », indique le directeur artistique du Fâcheux Théâtre, Sylvain Sabatié, qui s’est chargé du choix et de l’adaptation de la pièce.

Étant valet, Scapin est « au bas de l’échelle. Il est presque un esclave, sans avoir ce nom-là. » L’actualité de 2019, ajoute Sabatié, ne manque pas d’exemples pour ainsi remixer Molière. « Uber, Airbnb... c’est ça. C’est juste de l’exploitation, une sorte d’esclavagisme moderne. Ce sont de grosses compagnies qui font plein d’argent sur le dos de gens qui ne savent pas quoi faire pour s’en sortir... »

Parce que la version du parc Fontaine ne compte que quatre comédiens, la moitié des personnages ont été rayés du scénario. Léandre veut maintenant étudier au conservatoire de théâtre de l’Université d’Ottawa — le même programme qui ouvrira en septembre prochain — et vivre son idylle avec sa Zerbinette. Ses ambitions n’ont guère l’heur de plaire à son père ; richissime bonze au sommet d’une monstrueuse entreprise internationale, Géronte est résolu à passer la main à son Junior. Que diable allait-il faire dans cette galère ?

Pour payer ses frais de scolarité à son insu, l’étudiant peut compter sur les stratagèmes de l’un de ses employés, Scapin, un communiste révolutionnaire dont des indices laissent deviner qu’il n’hésite pas à inciter ses camarades « prolétaires » à faire la grève contre l’exploitation de la classe bourgeoise...

« J’ai repris un peu de la terminologie du Manifeste du parti communiste, ajoute le directeur artistique, sourire en coin. On a accentué ce côté Robin des Bois pour le rendre plus contemporain, avec ces aspects de domination sociale et économique et du pouvoir que l’argent peut donner, dont on parle très peu. »

Somme toute, la lutte des classes reste la trame de fond d’une comédie légère, dans laquelle l’humour reste au premier plan. « Ça reste très ludique, on est en plein air en famille, assure-t-il. L’humour de Molière n’a pas pris une ride. C’est intelligent, c’est fin, c’est drôle... On a besoin d’entendre ça, encore ! »

Le Fâcheux Théâtre se produit dans le parc Fontaine, dans des moyens techniques minimaux.

Dix représentations

Molière dans le parc a commencé avec de premiers extraits présentés à la Grande tablée de la Fête nationale de 2016, puis avec une première pièce complète en 2017. Le projet s’inspire du concept Shakespeare in the Park, qui fait mouche partout au Canada. La compagnie veut ainsi proposer, gratuitement et au plus grand nombre possible, des œuvres de répertoire dans une région, grosso modo, où l’on met en scène davantage de théâtre de création.

L’engouement du public est bien présent : pas une représentation de L’amour médecin (2018) et de La jalousie du Barbouillé (2017) n’a été jouée « devant moins de 100 personnes ». Pour répondre à l’enthousiasme grandissant, ce ne sont plus six, mais huit représentations qui animeront le parc Fontaine, du 17 au 27 juillet, du mercredi au samedi, à 19 h 30. S’il pleut, la pièce sera jouée dans le chalet du même parc. Le spectacle sera aussi joué au cimetière Beechwood d’Ottawa (dimanche 21 juillet, 19 h 30) et au parc Sainte-Thérèse de Gatineau (mercredi 31 juillet, 19 h).

La mise en scène des Fourberies de Scapin est signée André Perrier. La distribution regroupe David Bélizaire, Marie-Ève Fontaine, Alexandre Gauthier et Sylvain Sabatié.

POUR Y ALLER

Quoi? Les fourberies de Scapin

Au parc Fontaine: 17 au 27 juillet, du mercredi au samedi, à 19h30

Au cimetière Beechwood: Dimanche 21 juillet, 19h30

Au parc Sainte-Thérèse de Gatineau: Mercredi 31 juillet, 19h

Renseignements : facheux.ca