La pièce <em>Copeaux</em> de Mishka Lavigne et Eric Perron sera présentée à La Nouvelle Scène du 10 au 14 mars.

Mishka Lavigne et Eric Perron: Copeaux, l'amour tout craquelé

La dramaturge Mishka Lavigne offre cette semaine Copeaux, regard poétique sur l’amour qui se désagrège, et finit par s’éteindre tout doucement, sans éclat, « un copeau à la fois ».

Pour cette pièce présentée à La Nouvelle Scène du 10 au 14 mars, l’auteure a renoué avec le metteur en scène Eric Perron, qui a récemment monté Albumen, pièce anglophone de Mishka Lavigne.

Dans sa mise en scène, mais aussi tout au long du processus d’écriture, Copeaux s’est nourrie de l’univers pictural de Stefan Thompson, un artiste visuel d’Ottawa lui-même très inspiré par la nature, explique la dramaturge.

Des œuvres originales de Thompson seront d’ailleurs exposées (et mises en vente) dans la Galerie John-Ruddy de La Nouvelle Scène.

Dans la composition de ses toiles et dessins, le peintre utilise énormément de matériaux naturels tels que la suie, la terre ou la rouille. Autant de matériaux qui résisteront à « l’épreuve du temps » bien moins longtemps que les pigments traditionnels, rappelle la dramaturge. Du coup, les couleurs se modifient lentement ou s’estompent avec les années.

C’est cette détérioration qu’elle a voulu mettre en mots — et en scène, cette création étant cosignée avec M. Perron.

Après avoir fait une présélection d’œuvres de Thompson, le tandem a invité les comédiens Frédrique Therrien et Marc-André Charette — qui campent ce couple en décomposition — à se joindre à eux.

Dès 2015, grâce à une bourse de création de la Fondation pour l’avancement du théâtre francophone au Canada, ils ont travaillé à quatre sur des « laboratoires de mouvement, sans paroles, à partir des impressions et émotions suscitées » par l’« univers très “onirique” du peintre ».

Elle-même n’a écrit sa pièce que l’année suivante, 2016, à partir de ce qui ressortait de ces sessions. « Leur travail physique laissait planer cette séparation tragique », note l’auteure, qui à l’époque traversait un douloureux deuil amoureux après « une longue relation ».

« Écrire cette pièce a été pour moi l’occasion d’aller puiser dans ce que je vivais de plus intime. » L’importance de dépersonnaliser les choses s’est alors rapidement imposée. « J’ai voulu que tout ça reste universel, et que les personnages soient des archétypes » plutôt que des individus.

Tout en observant « la relation s’effriter au fil du temps », Copeaux cherche à « s’interroger sur ce qu’il reste “après”, tout comme le fait Thompson dans son œuvre », en jouant notamment « sur la superposition d’images, en présentant des visages hybrides d’animaux et de personnes humaines », expose Mishka Lavigne.

L’environnement sonore s’appuie sur « des sons de la nature, manipulés jusqu’à ce qu’ils ne soient presque plus identifiables » tandis que sur scène, chaque tableau « flotte entre le rêve, la réalité et le regret », explique-t-elle.

Univers poétique

« C’est comme une rupture qui s’est étirée sur des années », sans qu’aucun des amants n’ose claquer la porte, par peur du « choc », du vide et de l’incertitude. Leur couple « existe depuis si longtemps qu’ils ne savent pas comment ne plus être ensemble ».

Dans leurs costumes sales et déchirés « comme s’ils avaient été portés pendant 1 000 ans », les deux ex-amoureux observent avec impuissance toutes les fissures qui strient désormais leur nid d’amour, un « cocon parfaitement rond », aujourd’hui « forme ovoïde », déformée, décrépite, illustre-t-elle.

« Les personnages se révèlent souvent à travers leurs rêves », qui leur permettent d’exprimer leurs émois intérieurs. « Parfois, ils ne sont même plus rattachés à la réalité », ajoute-t-elle.

« C’est un univers poétique qui s’articule autour d’images. Beaucoup de scènes se répètent [afin de suggérer la routine et] le passage du temps. »

Mishka Lavigne aime entremêler les disciplines artistiques. Dans Copeaux, c’est le théâtre et les arts visuels qui communiquent ; dans sa pièce Cinéma, en 2015, c’était le Neuvième Art qui se retrouvait sur scène. Dans Albumen, la photographie permettait un double regard sur le propos.

Mais, contrairement aux pièces précédentes, « la connexion est d’ordre “émotionnel”. Ce “dialogue entre les disciplines ‘s’inscrit dans l’inconscient, plus que dans l’analyse rationnelle’.

Couronnée l’an dernier d’un Prix littéraire du gouverneur général (pour la pièce Havre, aujourd’hui traduite en anglais et en allemand), Mishka Lavigne est l’auteure de huit pièces théâtrales et d’une douzaine de traductions.

Une discussion avec les créateurs (animée par Sébastien Parent, d’Unique FM) est prévue à l’issue de la représentation du 11 mars. Le 13 mars, à partir de 17 h, se tiendra le vernissage (gratuit) de l’exposition de Stefan Thompson. La pièce est une création du Théâtre de Dehors, dont Eric Perron a assuré la codirection artistique avant de devenir, récemment, le directeur artistique de Créations In Vivo. Cette dernière, tout comme le Théâtre Catapulte, a apporté un soutien logistique et financier à Copeaux.

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POUR Y ALLER

Quand ? Du 10 au 14 mars, à 19 h 30

Où ? La Nouvelle Scène

Renseignements: nouvellescene.com ; 613-241-2727, poste 101