Mishka Lavigne a reçu le prix de la Gouverneure générale pour sa pièce Havre, une œuvre qui a été traduite en anglais et en allemand.

Mishka Lavigne: apothéose théâtrale

Pour Havre, la dramaturge a choisi de situer l’action ans le quartier Côte-de-Sable. Pourtant bien que la pièce, publiée aux éditions L’Interligne en 2019, se déroule à Ottawa, elle n’a toujours pas été présentée sur les planches de la région. Peut-être que 2020 remédiera à ce manque. Havre a néanmoins été jouée à Saskatoon et en Suisse ainsi que traduite en anglais et en allemand en 2018.

À quelques jours de Noël, Le Droit s’est entretenu avec Mishka Lavigne. L’occasion de revenir sur son année et d’évoquer les différents enjeux qui ont marqué le milieu des arts dans la région.

Le Droit : 2019 a été une année plutôt occupée pour vous. Était-ce une année typique ?

Mishka Lavigne : Non ! (Rires) C’était vraiment une grosse année ! Depuis 2015, les années sont de plus en plus occupées pour atteindre un pic en 2019. J’avais beaucoup de projets, des choses en développement et beaucoup de reconnaissance professionnelle de mes pairs.

LD : Parmi les reconnaissances que vous avez reçues, il y a le prestigieux prix de la Gouverneure générale qui vous a été remis le 12 décembre dernier.

M.L. : C’est un prix qui apporte une certaine reconnaissance. Et depuis, j’ai fait de très belles rencontres. Les gens veulent en savoir plus sur ma pratique. La remise des prix m’a également permis de rencontrer les autres lauréats. Il y a des propositions qui ont découlé de toutes ces rencontres et elles vont peut-être mener à quelque chose.

LD : Est-ce que la remise de ce prix comble un déficit de reconnaissance dans la région ?

M.L. : Je ne sais pas si ça comble un déficit. Mais il y a énormément de talent dans la région. Et il a été mis de l’avant cette année dans les nominations au prix. Parmi les [70] finalistes, on était quatre originaires de la région d’Ottawa-Gatineau : l’auteure de théâtre Lisa L’Heureux qui a aussi remporté le prix Trillium [pour sa pièce Et si un soir], la traductrice Madeleine Stratford et le romancier Edem Awumey. Ça montre qu’on a une belle scène littéraire et théâtrale. C’était une belle année !

LD : À quoi aspire-t-on après avoir reçu une récompense comme celle de la Gourverneure générale ?

M.L. : En ce moment, je me contente d’être très honorée, très heureuse et très flattée. C’est certain que tout est ouvert, mais l’objectif c’est de me remettre au travail et de faire de la création. Si un nouveau prix m’est remis, je serai contente, mais je ne veux pas me dire que je travaille pour gagner des prix. Je crée parce que j’ai des choses à dire. Le reste, c’est du bonbon !

LD : Quels sont vos projets pour 2020 ?

M.L. : En février, je serai au Salon du livre comme invitée d’honneur. Du 10 au 14 mars, ma nouvelle pièce Copeaux sera sur les planches de la Nouvelle Scène. Je travaille également sur deux traductions théâtrales. Et sur l’écriture d’un livret d’opéra. C’est la première fois que je fais un projet d’opéra. J’ai très hâte ! Il s’agit du deuxième volet d’une trilogie, qui parle d’histoire et de temps. Ce volet se passe pendant la Crise d’octobre.

LD : Vous avez aussi un projet de roman…

M.L. : Oui ! Écrire un premier roman me travaille depuis un certain temps déjà. Mais avec mes autres projets, je ne sais pas combien de temps ça va me prendre pour l’écrire. Mais je voudrais m’arrêter pour bien m’y mettre dans la prochaine année. Le prix de la Gouverneure générale, c’est aussi une somme d’argent [25 000 $, NDLR] qui va me permettre de prendre un peu de recul pour lancer de nouveaux projets. Et, écrire un roman en fait partie.

LD : Estimez-vous que l’Outaouais est sous représentée sur la scène culturelle québécoise ?

M.L. : Absolument ! Mais une des belles choses qui s’est passé cette année, et ce n’est pas seulement pour l’Outaouais, c’est que les prix régionaux du Conseil des arts et des lettres du Québec ont été doublés.

LD : En Ontario, le milieu des arts et de la culture, notamment la Nouvelle-Scène, a été frappé par les compressions budgétaires du gouvernement de Doug Ford dès son entrée à Queen’s Park en 2018. Quelles incidences ç’a eu en 2019 ?

M.L. : Il a aussi coupé tout le programme d’art autochtone du Conseil des arts de l’Ontario. Il a énormément réduit les enveloppes du Conseil des arts de l’Ontario. Et ça, ça fait mal. On le constate avec les subventions destinées aux artistes, mais aussi avec celles destinées aux organismes artistiques et de services. Et malheureusement, ce n’est pas limité qu’à Ottawa, mais c’est pour tout l’Ontario. Par contre, il y a des organismes, comme Théâtre action, qui font un travail remarquable de soutien aux artistes et aux compagnies de théâtre ainsi que de représentations politiques partout en Ontario.

LD : Comment retenir les artistes dans la région ?

M.L. : Ce qui les retient c’est la communauté tissée serrée – autant entre les artistes pigistes que ces derniers avec les compagnies.

La région d’Ottawa-Gatineau est une région de création. Et le soutien des compagnies plus établies, c’est ce qui permet aussi aux artistes de créer. Par contre, je n’ai pas l’impression que les artistes vont se taire face à ce qui se passe politiquement. Nous avons un pouvoir rassembleur.