Michel Boujenah

Michel Boujenah: «Il faut rêver sa vie»

Bien qu’il ait déjà participé, à plusieurs reprises, au festival Juste pour rire et au ComédieHa !, l’humoriste français Michel Boujenah s’offre une toute première tournée en solo au Québec pour présenter «Ma vie encore plus rêvée». Révélé au grand public en 1983 dans le film «Trois hommes et un couffin», Michel Boujenah est ce qu’on pourrait qualifié d’accroc au travail. Il ne peut s’empêcher de jongler, depuis 40 ans, entre l’humour, le théâtre et le cinéma. Le Droit lui a parlé quelques heures avant qu’il monte sur les planches pour donner le coup d’envoi de sa tournée de 15 représentations.

Le Droit : Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour faire une tournée en solo au Québec ?

Michel Boujenah : J’ai une vie remplie ! Je fais tellement de choses, j’ai tellement d’activités en même temps, je m’occupe du Festival de Ramatuelle [un festival de spectacle vivant, dont il assure la direction artistique depuis 2007, NDLR], j’écris mon quatrième film, je joue au théâtre, je joue aussi mes spectacles. C’est terrible, mais j’ai aussi un côté casanier.

LD : Votre histoire d’amour avec le Québec ne date pas d’hier. D’où vient cet attachement ?

M.B. : J’ai toujours aimé venir ici. Il y a une phrase qui me bouleverse c’est : « Je me souviens ». Les Québécois sont accrochés avec force et détermination à leur histoire, c’est magnifique. Il y a un côté Astérix et Obélix au Québec ; le village qui résiste aux Anglo-saxons.  

LD : Ma vie encore plus rêvée, c’est la suite de Ma vie rêvée ?

M.B. : Absolument. Mon écriture est vivante, elle n’est pas fixe. J’avance, je transforme, je me laisse aller dans mes délires. Dans mes interventions au premier degré, j’ai rajouté des choses au fur et à mesure. Quand j’ai écrit ce spectacle, les attentats en France n’avaient pas eu lieu. Ça m’a beaucoup affecté. Toute la fin est différente, même ma manière de parler aux gens a changé. Les personnages aussi ont évolué, comme s’ils étaient indépendants et qu’ils avaient leur propre vie, et qu’avec le temps eux aussi ont changé. 

LD : Pensez-vous  que l’on peut encore rire de tout ?

M.B. : Les gens disent qu’on ne peut plus rire de tout, mais je pense qu’on peut, et qu’on doit, rire de tout, c’est indispensable. Mais on ne peut pas rire n’importe comment. Pierre Desproges [un humoriste français  des années 1970-1980, NDLR]  disait : « Pas avec n’importe qui. » Moi, je dis : pas n’importe comment, surtout en ce moment. Mais on a tous besoin de trouver des choses qui nous permettent de prendre du recul et de tourner nos peurs en dérision.

LD : Qu’abordez-vous dans Ma vie encore plus rêvée ?

M.B. : C’est une autobiographie imaginaire. Dans ma vie de tous les jours, j’adore aller à la pêche. Mais je suis le plus mauvais pêcheur de l’histoire. Dès que je sors avec le bateau, les poissons ont un fou rire. Dans le spectacle, je raconte que lorsque je mets ma canne à pêche dans l’eau, tous les poissons me supplient de les pêcher. 

LD : Donc, vous vous inventez une vie ?

M.B. : Complètement ! Mais dans cette invention, je parle de la vraie vie, de ce que je ressens. Je pense qu’il faut rêver sa vie. Il y a une phrase que je déteste qui dit : « Celui-là ne l’écoute pas, c’est un rêveur. » Non ! Écoute-le, parce que c’est un rêveur.

LD : Vous avez présenté ce spectacle en Europe. Est-ce le même que vous proposez au Québec ?

M.B. : Oui, bien sûr. Ça serait considérer que les Québécois ne sont pas pareil que les Français, c’est idiot. Et, je pense que si les gens aiment mon travail, c’est parce que je suis moi-même, et non pas parce que j’essaye de leur ressembler ou que je parle d’eux.


« Le seul endroit au monde où il y a une école du rire, c’est au Québec. C’est fou ! Ici, les gens ont compris que l’humour c’est très important. Ça devrait exister partout ! »
Michel Boujenah

LD : Quels sont vos humoristes québécois préférés ?

M.B. : Jean-Michel Anctil, Michel Barrette, ce sont mes deux grands copains. Louis-José Houde, j’aime beaucoup ce qu’il fait. Il a une belle énergie, il est drôle. Martin Matte aussi… Il y en a un paquet.

LD : Vous êtes venu l’an dernier en repérage pour un film avec Michel Barrette. Où en est ce projet ?

M.B. : J’ai toujours un projet de film avec Michel Barrette ! J’aurais toute ma vie un projet de film avec Michel Barrette ! (Rires) Ça avance, doucement. J’ai eu une réunion avec des producteurs québécois à Paris. Je vais les revoir à Montréal. C’est une comédie tendre sur deux pères célibataires protecteurs et envahissants, Michel Barrette et moi. C’est très amusant à faire, mais ce n’est pas que drôle, ça évoque l’amour délirant de deux pères pour leur fille. J’ai aussi d’autres projets avec l’équipe de ComédieHa !, dont un, pour la télévision, dans le genre d’Un gars, une fille, mais avec pour thème les premières rencontres.

LD : Avez-vous un prochain spectacle dans les cartons ?

M.B. : Oui, ça devrait sortir d’ici un an. Cette fois-ci, c’est une femme de 150 ans, qui aborde des sujets de société. Ça m’amuse beaucoup de raconter le monde à travers son regard. Évidemment cette femme, c’est moi. J’ai 150 ans !

LD : Vous aurez 67 ans dans quelques jours, la retraite, vous y pensez parfois ?

M.B. : Alors maintenant, je vais raccrocher (rires). Je travaillerais toute ma vie ! Mais, j’ai envie de passer plus de temps avec mes enfants et de continuer d’essayer d’attraper un poisson. Peut-être qu’un jour, il y en un qui va se sacrifier. (Rires)

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POUR Y ALLER

Quand : mardi 5 novembre à 20 h

Où : Salle Odyssée 

Renseignements : michelboujenah.ca