Martin Perizzolo

Martin Perizzolo: le niaiseux cérébral

Les téléphages le reconnaissent comme l'indolent des Beaux Malaises que Martin Matte ne laisse pas jouer au tennis, ou comme l'un des patients de Web Thérapie. Les câblés, comme le faire-valoir de l'animatrice Marie-Pier Morin dans le talk-show Mariepier ! Les Internautes, comme la « chochotte » qui « pète une coche » pour ne pas se mouiller les pieds en traversant la rivière - mésaventure dont Martin Perizzolo s'est aussitôt excusé dans une vidéo de son cru, avec autant d'autodérision que de panache. Les plus gourmands, eux, associeront le comédien aux publicités fromagères d'ici.
À cause des rôles qu'on a pris l'habitude de lui confier, Martin Perizzolo est donc « associé à au moins quatre personnages d'imbéciles » attachants, convient le comédien. De sympathiques ahuris « tous différents, parce que j'ai essayé de donner à chacun une couleur, une personnalité propre...  sauf qu'il y a forcément des limites au nombre de teintes que je peux faire avec ce type de personnage », précise l'artiste.
À présent que son visage est un peu connu, le voilà prêt à conquérir ses galons d'humoriste en même temps que le coeur du public québécois. Sur les planches, il peaufine en ce moment sa nouvelle image, servie en mode stand-up comique. Même s'il prend un malin plaisir à en exagérer les traits, pour le plaisir de la caricature, son personnage scénique plus proche de ce qu'il est vraiment, estime Martin Perizzolo, qui se produira - en rodage - dans le foyer de la Maison de la culture de Gatineau, mardi 21 mars. 
« Le show commence là-dessus, en explorant la différence entre ce dont on a l'air, ce qu'on projette, et ce qu'on est. Je joue avec le côté "niais" que les gens connaissent. Mais s'ils viennent pour voir un gars se tromper sur le nom des fromages ou celui des monuments historiques, ils vont être déçus », dit-il. 
Grand sensible
Car ce pince-sans-rire se targue de proposer un humour susceptible de faire travailler un peu les neurones. « Je fais de l'humour cérébral, parce que je suis dans la vie quelqu'un de cérébral. Mais je peux passer beaucoup trop de temps à réfléchir à des choses vraiment niaiseuses ou insipides, donc on ne peut pas vraiment dire que c'est de l'humour "intelligent". »
Ses méninges lui servent en réalité à « se protéger », car la moindre peccadille l'affecte, précise-t-il dans la foulée. « Je suis avant tout quelqu'un de très sensible, de très vulnérable. Peu importe la situation, tout ce que je reçois, c'est mon coeur qui le reçoit en premier. Alors, je dois me dépêcher [d'opérer] un traitement cérébral. C'est ma seule carapace », expliquera-t-il après qu'on eût abordé avec lui les railleries déshonorantes dont il a récemment été victime sur les médias sociaux, à cause de son attitude, jugée capricieuse et larmoyante, durant le tournage de l'émission Expédition extrême. 
Il a essentiellement pâti d'un montage serré, et ne manque pas d'arguments pour se défendre.
« J'ai même écrit un numéro complet sur le sujet. Mais je n'ai pas encore osé le proposer sur scène. J'ai un malaise à le faire, car je ne veux surtout pas tomber dans la justification » dit-il, sans cacher ses appréhensions que ce soit perçu comme tel. 
Un tel sketch s'inscrirait pourtant parfaitement dans le ton de son spectacle, qui a pour titre de travail Nous, et dont le fil conducteur exploite justement les relations humaines et les interactions sociales, désormais incontournables des réseaux sociaux.
« Je m'intéresse à "nous", tous ensemble sur la même planète, qui on est collectivement et ce qu'on fait au quotidien. J'essaie de trouver une perspective personnelle sur ce qui peut sembler banal. Et la meilleure façon que j'ai trouvée pour parler de nous... c'est de parler de moi. »
« Je parle beaucoup de nos nouvelles habitudes de consommation ; de la mode qui change toutes les trois semaines [...] et qu'on essaie de suivre ; du fait qu'on est constamment [rivé à] nos téléphones "intelligents". »  
Il tente ainsi de mettre le doigt sur certaines « absurdités ». Mais cela, en prenant garde de ne « jamais, jamais faire la morale ». « J'essaie moi-même de me donner des airs intelligents - je cours après la vertu, comme tout le monde - mais je peux être aussi drôlement stupide. »
Martin Perizzolo montera sur les planches du pub St-André, à St-André-Avellin, le 1er juin 2017, toujours en rodage, avant de revenir à la MCG le 15 novembre, cette fois sur la grande scène de la salle Odyssée, pour présenter officiellement ce premier one man show,  dont il assure la mise en scène minimaliste  (« les meilleures mises en scène sont celles qui ne se voient pas ») avec la complicité de son script-éditeur, Simon Cohen (Jean-Michel Anctil, Guillaume Wagner) et Yves Aucoin aux  éclairages.
Un C.V. bien garni
Perizzolo est loin de n'être qu'un comédien émergent, jusqu'ici confiné aux plateaux publicitaires et à des rôles de François Pignon québécois. Il traîne ses guêtres dans le milieu de l'humour depuis bien plus longtemps que ses « bottes à douilles ».
Scénariste, c'est à sa plume que Guy A. Lepage doit une partie de l'immense succès de la télésérie Un Gars, Une Fille. en 2005, Martin Perizollo a co-créé et co-animé avec Mike Ward L'gros Show, dans lequel il campait Poudy, l'une des deux andouilles « bloquées » dans les années 80. Il a reçu un prix Gémeau pour chacune de ces deux émissions.
À ses heures, il est également, réalisateur (de courts métrages), chroniqueur culturel (L'univers ; Le Show du retour). Et il a travaillé dans l'ombre de plusieurs ténors de l'humour, dont Maxime Martin. 
Bref, il a beaucoup de cordes à son arc. Et une grosse arbalète pour se lancer : c'est en effet Evenko, un des plus gros joueurs au Québec, qui produit la tournée de l'humoriste.
Pour y aller
Le 21 mars, 20 h
Maison de la culture (en formule cabaret)
Le 15 novembre, 20 h
819-243-2525 ; salleodyssee.ca