Marie-Mai a fait trembler les murs de la salle Odyssée, vendredi, avec le premier de ses trois spectacles à la Maison de la culture de Gatineau.

Marie-Mai tonitruante, ses fans aussi

CRITIQUE / Le spectacle de Marie-Mai, vendredi soir à la Salle Odyssée, avait de joyeux airs de sortie scolaire. Mais quelle sortie ! Exit les visites à la ferme ; la reine québécoise de la pop a offert la formule réduite d’un spectacle à grand déploiement, explosive et léchée, qui confirme que son « empire » reconstruit s’adapte à des dimensions variables.

Il faut le préciser, le spectateur médian était plus à risque de lire le magazine Cool ! que Le Droit. Y faisaient légion de tout jeunes mélomanes sortis pour veiller comme des grands avec papa ou maman. Dans le volume (trop) tonitruant, toute cette belle smala a décollé de son siège dès la deuxième chanson pour danser et chanter, stridents, avec leur idole. Et dès la troisième, une foule s’était agglutinée debout le long de la scène pour ne perdre des joueurs qu’à l’avant-dernière chanson, question d’être premier dans la (longue) file pour un autographe.

Savent-ils que les Gatinois ont la réputation d’être bon public ? Quoi qu’il en soit, parents, félicitez-vous : il y a de la relève.

La dernière fois que la scène de la Odyssée avait tremblé sous les talons de la déesse de la Rive-Sud, c’était en 2014. Mais la blonde chanteuse n’est plus tout à fait la même. Avec un nouveau label et un nouveau promoteur, l’ex-rockeuse a fait un virage pop inspiré des vedettes américaines. Celle qui brandit ce spectacle comme son meilleur à ce jour a offert une version épurée de ce qu’on a vu plus tôt dans sa tournée : sans danseurs pour l’entourer, vêtue seulement de trois ensembles — alors qu’elle pouvait se changer six ou sept fois —, la showgirl intense et chevronnée a électrisé seule ses jeunes fans, profitant de leur proximité pour blaguer et s’amuser avec eux.

La diva a traîné à Gatineau un dispositif technique haut en couleurs. Une série de panneaux lumineux et d’intenses éclairages stroboscopiques occupaient toute la largeur de la scène. En dansant, courant, sautillant sans arrêt, la vedette a lancé le party en enchaînant surtout des titres de son dernier album, Elle et moi. Entre les morceaux, la dynamo a passé un message d’espoir aux sinistrés des inondations en dérivant vers la confiance en soi, puis introduit la balade La fin en revenant sur ses ruptures et sur l’importance d’une saine communication entre ex-partenaires. Drôle de sujet à aborder avec des enfants et ados, mais si le message atteint sa cible, tant mieux.

L’énergie atteignait son comble lors de ses chansons les plus connues. Puisant dans son passé pop-rock, ses plus vieux hits ont servi de trame principale à la deuxième partie du spectacle. La petite foule d’avant-scène a particulièrement apprécié Qui prendra ma place, alors que la chanteuse est descendue de la scène pour s’y baigner. Plus difficile vocalement, Sans cris ni haine a fait sauter la salle au complet.

Un bémol à la soirée : juste après une interprétation de Mentir joliment entrecoupée de passages Somebody Told Me, de The Killers, les lumières se sont allumées. Entracte. Regardez un film d’action, arrêtez-le en pleine scène de bataille : vous aurez la même sensation. Était-ce nécessaire d’interrompre l’élan ? Moyen couac.

Généreuse, l’infatigable vedette de 34 ans a serré des mains, souhaité un joyeux anniversaire à une spectatrice et servi, en riant de son propre « tétage », l’équivalent d’une Proclamation royale en remerciements. Marie-Mai n’a peut-être pas encore réussi à rallier les jeunes adultes, comme elle le souhaitait en se délestant de ses couleurs rock, mais pour l’avenir, son auditoire est assuré.

Du plaisir — et un léger cillement d’oreille — en perspective pour les spectateurs de samedi et dimanche. Marie-Mai sera aussi de retour dans la région le 2 novembre prochain, au Centre des arts Shenkman, et en supplémentaire le 21 février 2020 à la salle Odyssée.