«J’ai mis beaucoup d’amour dans mes chansons. À travers elles, mon métier c’est de rappeler qu’il y a du beau. Qu’il ne faut pas que je perde mon espoir et ma lumière intérieure» — Marie-Mai
«J’ai mis beaucoup d’amour dans mes chansons. À travers elles, mon métier c’est de rappeler qu’il y a du beau. Qu’il ne faut pas que je perde mon espoir et ma lumière intérieure» — Marie-Mai

Marie-Mai à l’heure de l’empathie et de la prise de conscience

Marie-Mai renoue à Gatineau avec le privilège de jouer devant public. La chanteuse sera à la Place des Festivals vendredi 31 juillet pour inaugurer la série de Concerts au volant qui s’y prolongera jusqu’au 8 août.

«Je suis contente de retrouver mes musiciens. Ça fait longtemps qu’on n’a pas fait le spectacle Elle et moi», se réjouit la chanteuse, qui avait dû interrompre sa tournée en mars, en raison de la pandémie.

La prestation qu’elle s’apprête à donner sur le site Zibi sera «une version festival, un peu moins long qu’en salle, mais une variation sur le même thème», note celle qui est la seule tête d’affiche francophone de cette série organisée par le Centre national des Arts et le RBC Bluesfest.

«Ce qui importe, c’est d’avoir un show rythmé, qui fait vibrer les gens qui leur donne envie de brasser dans la voiture. On vient en festival pour tripper et lâcher son fou!» note-t-elle.

La formule retenue reproduit en effet le concept des ciné-parc. Pour se conformer aux mesures de distanciation physique, les spectateurs devront rester à bord d’un véhicule. «On prend ce qu’on peut, en ce moment. Si faire des concerts ça veut dire les faire de cette façon... je n’ai aucun problème avec ça!» lance la rockeuse.

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Dans les derniers mois, elle a participé à plusieurs concerts virtuels, sans public devant la scène, dont les festivités de la Saint-Jean-Baptiste et un concert intimiste, donné en duo avec Cœur de Pirate dans le cadre du FestiVoix de Trois-Rivières.

La chanteuse, qui a mis en ligne en juin une nouvelle chanson, «Sans lendemain (One Last Time), chantée en duo avec le rappeur Imposs, ne ferme toutefois pas la porte à l’idée d’avoir un(e) invité(e) surprise à ses côtés, à Gatineau. 

Régime minceur

Habituée aux spectacles à grand déploiement, Marie-Mai accueille avec philosophie ce régime scénique amaigri. Elle se montre même très enthousiaste face aux changements qu’elle doit apporter à «Elle et moi», que la chanteuse avait qualifié de «spectacle de [s]a vie »,.

«Je trouve ça intéressant de présenter un spectacle à plus petite échelle. Ça fait longtemps que j’avais envie de le faire. J’ai souvent fait des gros shows avec de la pyrotechnie, mais il n’y a rien de plus le fun que de me retrouver avec musiciens sur scène: c’est comme un retour à la base», estime la chanteuse, après 18 ans de carrière. 


« [...] On doit essayer de pousser notre créativité pour booster le résultat et être à la hauteur des attentes des gens. »
Marie-Mai

«Être sur une petite scène rassembleuse, ça nous rappelle pourquoi on fait de la musique», poursuit-elle. Le boulot de l’artiste, après tout, «c’est d’essayer de faire du bien aux gens». Un rôle «important, surtout en ce moment». 

L’énergie du public, le contact visuel direct avec ses fans, lui manquent. 

Étonnamment, lors du concert de la Saint-Jean, alors que les spectateurs étaient confinés à domicile, «c’est drôle à dire, mais on le sentait, le public. Différemment, mais on le sentait». Cette présence virtuelle ne doit «pas être sous-estimée», indique-t-elle.

Bien sûr, cela ne remplace par un public en chair et en cris. «Certain! Quand je suis chez moi, je grafigne un peu le plancher. J’ai besoin de contact avec les gens, de les sentir proches. C’est comme ça que je me sens entière, quand je peux voir l’impact qu’a ma musique sur les gens. Faire des tournées, c’est un privilège... et on s’en rend encore mieux compte quand on ne peut pas le faire».

Marie-Mai

Cette période de COVID «extrêmement déconcertante» oblige les artistes à se renouveler et à faire preuve de «créativité» dans leurs façons d’envisager leur relation à leurs fans, dit-elle.

«Ça nous sort de notre zone de confort, mais je trouve ça bien. Le show pour CTV à travers le Canada [Stronger Together, Tous Ensemble], ça nous a fait travailler un peu. J’aurais pu simplement utiliser mon iPod et faire une perfo – la qualité des appareils le permet – mais on doit essayer de pousser notre créativité pour booster le résultat et être à la hauteur des attentes des gens.»

Nouvelle philosphie de vie

Cette cure d’amincissement artistique ne concerne pas que la scène: Marie-Mai se l’impose aussi dans sa vie personnelle. Elle a entamé un «processus pour modifier aussi ma façon de consommer». 

«Depuis un an, je suis plus consciente de mon environnement. Plus branchée sur «les dénonciations [d’inconduites sexuelles], l’éveil contre le racisme, et toutes ces choses qu’on ne voyait pas vraiment, par inconscience, et qui nous sautent dans la face, en ce moment» 

C’est donc avec ce nouvel état d’esprit, désireuse de se «bâtir un nouveau mode de vie» que la chanteuse a entamé le tournage de Chez Marie-Mai, nouvelle émission que diffusera Canal Vie à partir du 23 septembre.

Ce magazine réno-déco nouveau genre se glissera dans l’intimité de la chanteuse, qui vient de déménager. 

«Je veux consommer de façon plus responsable. J’habitais à St-Sauveur, et là je vais m’installer dans le centre-ville [de Montréal]. Je n’ai pas d’auto, alors pourquoi en rajouter une sur la planète?»

C’est dans la même logique qu’elle aménage et rénove son nouveau logis, choisissant avec soin, pour leur durabilité et leur respect environnemental, les matériaux qui décorent sa cuisine ou sa salle de bain.

«Ma fille (Gigi, 3 ans), aussi, a changé beaucoup de choses dans ma vie. Je me dis que mon devoir, c’est de m’arranger pour que le monde soit plus beau après mon passage. Des fois, on ne fait pas la bonne chose, mais on apprend et c’est correct. Personne n’est parfait». 

À 36 ans, plus sereine et détachée de son nombril, la «star» a «envie d’avoir de l’écoute, de la compassion, pour tout le monde». «Il devrait y avoir plus de place pour cette écoute et cette empathie» sur la Toile, ajoute-t-elle.

«Je veux inspirer les gens à travers cette émission. [Les convaincre d’]écouter la petite voix intérieure qui te dit des belles choses» plutôt que «l’autre voix, celle qui te dit de ‘travailler plus fort.

«Si ce show-là me fait du bien à moi , je suis convaincue qu’il fera du bien aux autres. »

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Marie-Mai et Coeur de pirate lors de leur récente prestation au FestiVoix de Trois-Rivières.

«ÊTRE LA MAIN QU'ON TEND VERS L'AUTRE, PAS LE DOIGT QUI POINTE»

Une semaine avant son entrevue avec Le Droit, encouragée par la vague de dénonciations de gestes d’inconduites sexuelles dans le milieu artistique, Marie-Mai avait révélé avoir été victime d’un viol à l’âge de 17 ans. Elle avait toutefois préféré ne pas nommer son agresseur, pour partager plutôt un «message d’espoir» et son empathie envers les victimes. 

D'abord réticente à aborder de front cette délicate question – que nous n’étions pas censés aborder en entrevue – la chanteuse a accepté de s’ouvrir un peu: «c’est un sujet très personnel, que je me dois de partager seulement quand je suis prête à le faire, quand je me sens forte et en confiance. Et je sais que c’est important de le faire», a-t-elle convenu en préambule. 

«Ce que je peux dire, c’est que je vois beaucoup de gérants d’estrade, en ce moment. Tout le monde donne son opinion... et je trouve qu’en faisant ça, on passe à côté de ce qui compte vraiment.

L’important, c’est d’arrêter les agressions, d’abolir les abus. On peut perdre beaucoup de temps à pointer du doigt – et on va finir par tous se pointer du doigt, tout le monde, parce qu’on fait tous des erreurs un jour ou l’autre. »

«Ce n’est pas la bonne façon» de procéder, poursuit-elle. «Ce qu’il faut faire, c’est écouter sans jugement, avoir de la compassion et de l’empathie. Savoir se mettre dans la peau de l’autre.» 

Et accepter que les victimes aient besoin de temps avant de pouvoir libérer leur parole, «parce que tout ça ne se fait pas du jour au lendemain». 

«Pour moi ç’a été un long travail.» Dans son cas, ce lent processus a commencé par un sentiment de culpabilité, avec la question «Qu’est-ce que j’avais fait pour mériter ça...? » avoue-t-elle.

«Et quand j’ai parlé de mon agression, c’était pour aider les victimes à trouver de la lumière là dedans. Moi je veux être la main qu’on tend vers l’autre, pas le doigt qui pointe.»

* * *

Les concerts de Marie-mai ont cumulé plus de 2 millions de spectateurs. À Zibi, la Québécoise partagera la scène avec plusieurs artistes anglophones, dont Terra Lightfoot, Julian Taylor, Kellylee Evans et Donovan Woods – qui la précéderont.