Raymond Cloutier propose un nouvel atelier d’improvisation aux « âmes d’artistes » de la région.

Maître ès improvisation

Pour l’acteur Raymond Cloutier, il y a un monde de différence entre l’impro et l’improvisation. Ce qu’il s’apprête à enseigner à Sutton, c’est de l’improvisation dans sa plus pure expression.

Noble, cet art est le fondement même du théâtre, note-t-il en rappelant qu’au tout début, le théâtre européen était non écrit et basé sur les acteurs qui racontaient leur vie et inventaient le jeu.

« Pour moi, l’improvisation est un grand grand art millénaire. Pas juste un jeu répandu partout », tranche-t-il.

Il invite donc le public à prendre part à une série de dix ateliers les samedis matins à compter du 10 mars à la Salle Alec et Gérard Pelletier de Sutton.

Sur l’affiche annonçant l’Atelier Raymond Cloutier — « une formation en jeu qui s’adresse à tous ceux qui souhaitent puiser dans l’art de l’improvisation, un moteur de développement de l’imaginaire » —, l’artiste ne se gêne pas pour préciser que ses méthodes n’ont aucune parenté avec le jeu inventé par la Ligue nationale d’improvisation (LNI).

« C’est presque à l’opposé, en fait. Ce n’est pas contrôlé par des thèmes, des contraintes et le public. Ça offre plutôt une grande plage de liberté. Il faut apprendre à faire ça. Oui, c’est difficile, mais ça crée un récit dense, poétique, drôle aussi, où tout part de l’acteur, du moment présent. L’improvisation que j’enseigne n’est pas faite pour être punchée ; elle est faite pour exprimer les préoccupations du groupe, témoigner de ce qui se passe. C’est un mode d’expression profond », dépeint-il avec passion.

L’improvisation fait d’ailleurs partie de sa vie depuis fort longtemps. « J’ai commencé en 1967 avec Marc Doré au Conservatoire de Québec. C’est une méthode de création de spectacles qui m’a porté du Grand Cirque ordinaire [NDLR : une troupe de théâtre alternatif qu’il a fondée en 1969] à aujourd’hui. C’est une discipline que j’ai bien cernée et beaucoup approfondie », indique Raymond Cloutier.

À travers sa carrière marquée par le théâtre, la télévision, le cinéma, la radio, la littérature, mais aussi la direction du Conservatoire d’art dramatique de Montréal et du Théâtre Outremont, Raymond Cloutier a toujours accordé une place de choix à l’enseignement.

« J’ai toujours enseigné. C’est tellement fort la rencontre avec l’autre. On est alors forcé d’entrer dans d’autres pays, on devient touriste dans le cœur des autres et on doit unir tout ça pour en faire une œuvre. C’est passionnant et ressourçant pour moi. Ce que je reçois est aussi fort que ce que j’offre », glisse-t-il en se dépeignant comme un professeur « assez doux et compréhensif, mais ferme en même temps ». « C’est pas une joke ce qu’on fait. Il faut prendre ça au sérieux ! », affirme celui qui entamera, l’automne prochain, une tournée québécoise de la pièce Manifeste de la jeune fille.

Heureux Suttonnais
Établi à Sutton depuis 2015, Raymond Cloutier affirme qu’il compte y rester longtemps. « J’aime être dans un village. J’aime le temps, le paysage, les gens. Je m’y suis fait beaucoup d’amis. J’ai cherché dix ou douze ans un endroit à mon goût et je ne trouvais pas. Ici, ça a pris quelques minutes et on est tombés sous le charme, ma compagne et moi. »

Il lui faut parfois faire des allers-retours pour le travail, mais la qualité de vie compense amplement les déplacements, fait-il remarquer.

Et depuis qu’il a quitté la direction du Théâtre Outremont, avant les Fêtes, il dispose de plus de temps pour transmettre son savoir aux gens de la région, qu’ils aient de l’expérience ou non.

« Il y a des âmes d’artistes partout. Ce n’est pas nécessairement pour mener à des carrières professionnelles — même si ça se peut ! C’est une formation très humaniste, qui multiplie la capacité créatrice. »

Il se promet même d’ajouter dès l’automne un volet « préparation d’auditions » et un autre axé sur l’interprétation pour en faire un cours de théâtre complet, qu’il pourrait éventuellement exporter dans d’autres municipalités du coin.

Une rencontre gratuite aura lieu le 10 mars à 9 h 30 à la Salle Alec et Gérard Pelletier pour permettre aux participants de voir si le concept leur plaît.