Peter MacLeod.

MacLeod, revu et corrigé

Avant la publication de L’Homme de ma vie, personne n’aurait imaginé Peter MacLeod récitant des mantras, pleurant à chaudes larmes pendant des heures, affichant un désarroi à mille lieues de l’assurance avec laquelle il s’exprime sur scène. C’est pourtant la réalité telle que la dépeint l’humoriste, avec la complicité du journaliste Samuel Larochelle, dans cet ouvrage, disponible en librairie depuis le 23 janvier.

Il décrit une profonde remise en question amorcée il y a trois ans. Une rupture amoureuse et une relation toxique avec une femme qui avait été sa maîtresse ont constitué les éléments déclencheurs de cette démarche. Ajoutez un écrasement aux commandes de son hydravion, ainsi qu’un agenda démentiel, et vous obtenez la recette parfaite pour placer un homme sur le fil du rasoir.

«Je voulais devenir une meilleure personne et je me suis donné la permission de le faire. En somme, je me suis fait un cadeau», a raconté Peter MacLeod, mercredi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Il a frappé un mur, ce qui l’a poussé à remettre en question certains de ses comportements. Celui qui lui est apparu problématique, pour la première fois, était sa tendance à garder les gens à distance, y compris ses conjointes.

Dès qu’une femme cherchait à mieux le connaître, même sans malice, l’humoriste se refermait en attendant que la relation atteigne le stade terminal. C’est en cherchant la source de ce schéma qu’il s’est souvenu de l’exemple donné par son père, un homme de peu de mots. Face aux épreuves, sa posture défensive consistait à présenter un visage imperturbable. «Juste avant de mourir, il m’a demandé de rester fort. Encore une fois», est-il écrit dans L’Homme de ma vie.

Le moment était venu de bouger, et pas juste un peu, affirme aujourd’hui Peter MacLeod. «Si tu vois que ça ne va pas bien et que tu ne veux pas faire d’efforts pour changer, la vie va t’envoyer des claques au visage. À un moment donné, ça va être un coup de pelle. C’est pour ça qu’il est préférable de ne pas attendre comme je l’ai fait. J’avais alors trois options, soit faire une dépression, ajouter des systèmes de protection ou changer», énonce-t-il.

Cinq mois ont été nécessaires pour inverser le cours de sa vie. Or, l’homme a procédé à sa manière, seul comme un grand. Tout en continuant de donner des spectacles et de participer à une émission quotidienne à la radio montréalaise, il s’est retiré du monde afin de méditer à son aise. Les larmes sont venues, abondantes et, d’une certaine manière, rassurantes. Sentant que le voile de douleur qui l’enveloppait était en voie de se dissiper, Peter MacLeod a persisté.

«C’est très court, cinq mois, pour passer d’un état à un autre. Ça fait mal. C’est dur, mais après, tu te retrouves avec des outils incroyables, avance-t-il. Tu apprends à te dire la vérité, ce qui va dans le sens inverse de la société actuelle, où on a tendance à se conter des histoires.»

Désormais, il accepte de se montrer plus vulnérable, mais aussi plus disponible aux belles choses que la vie apporte.

«Avant, je n’étais pas connecté avec mes blondes, alors qu’aujourd’hui, je suis en couple et quand il y a de bons moments, je les vis mieux, plus intensément. J’accepte aussi le fait qu’il y a de moins belles journées et je suis davantage centré sur le moment présent, ce qui vaut également pour le travail», explique l’humoriste.

Publié chez Libre expression, le livre trouve son origine dans les textes écrits au fil de sa démarche.

«J’étais conscient de mon image et justement, ça m’a donné l’occasion de montrer à ceux qui s’identifient à moi qu’on doit se débarrasser de ses armures. Or, depuis que le livre est sorti, des gens me confient qu’eux-mêmes se content des histoires, qu’ils ne se respectent pas. Même au sein du showbizz, on m’a envoyé des messages positifs», se réjouit-il.

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«PLUS CON QU'AVANT, MAIS AUSSI PLUS CONSCIENT»

En quelques occasions, dans le livre L’Homme de ma vie, Peter MacLeod évoque sa crainte de «perdre son humour» à la suite de la démarche personnelle dans laquelle il s’est engagé il y a trois ans. Après avoir fait le ménage dans sa vie, appris à fonctionner sans ressentir le besoin de porter une armure, il se dit rassuré à ce propos. Si le désir d’écrire un nouveau spectacle se manifeste, l’inspiration sera au rendez-vous.

«Aujourd’hui, je suis convaincu d’avoir gardé mon humour. Je crois même être un meilleur performer parce que je suis plus con qu’avant, mais aussi plus conscient. En même temps, je suis sûr que dans les numéros qui pourraient naître dans le futur, la personne que j’ai laissé émerger va ressortir, ce dont je suis fier. Après avoir fait tout ce travail, il est impossible que ça ne transparaisse pas», analyse l’humoriste.

Toujours engagé dans la tournée Libre, qui prendra fin en juin, il constate que son rapport avec le public demeure aussi gratifiant qu’avant sa remise en question. 

L’idée de se planifier la suite des choses lui serait venue spontanément dans le passé, mais Peter MacLeod a appris à modérer ses transports. «Je ne me projette dans rien en ce qui touche le nouveau spectacle. Tout ce que je sais, c’est que je continuerai à faire de la radio», fait-il remarquer.

Un autre projet, la série télévisée Week-end de bois, sera de retour pour une troisième saison en mars, à l’antenne du canal Z. Le tournage des épisodes est complété et encore là, l’humoriste tient à demeurer dans le moment présent. «Je n’ai pas besoin de le faire pour être heureux, mais il me procure toujours du plaisir», résume Peter MacLeod.