Showtime met en scène le parcours biographique éclectique de Joël Legendre.

Ma vie, mon œuvre et mes flops

Avec Showtime, spectacle de variétés qui est aussi son premier véritable solo sur scène, le très polyvalent Joël Legendre réunit sur les planches toutes les coutures de son talent.

On a souvent pu voir Joël Legendre à la télé, en tant qu’animateur (Occupation double, Paquet voleur), chroniqueur ou comédien (il a participé à six Bye Bye, et tenu des rôles dans de multiples séries, y compris des séries jeunesse, à l’aube de sa carrière, pour ceux qui se souviennent d’Iniminimagimo). On l’a peut-être même déjà aperçu sur scène, au détour des comédies musicales où il apparaissait (Grease, Irma la douce, Cabaret et une poignée d’autres).

On l’a certainement aussi entendu au cinéma, puisqu’il a contribué au doublage d’une centaine de films (il est notamment la voix québécoise de Leonardo DiCaprio depuis plus de 20 ans, dès Basketball Diaries), et sur les ondes radio. Les plus sportifs d’entre nous, pour peu qu’ils fréquentent les parcs de Longueuil, auront peut-être même cru reconnaître sa voix ou sa silhouette derrière un buisson.

Bref, la vie publique de Joël Legendre est bien remplie, et sa vie privée compte certainement son lot de rebondissements susceptibles de faire sourire : après tout, n’a-t-il pas a un conjoint et trois enfants, dont deux jumelles ?

Or, c’est justement le parcours biographique éclectique de Joël Legendre que met en scène Showtime, à l’heure où son interprète, parvenu à 50 ans, se sent apte à assumer ses échecs aussi bien que ses succès comme, avec toute l’autodérision nécessaire pour que ce type d’exercice un tantinet nombriliste demeure drôle.

Un virage vers l’humour ? Pas tout à fait.

« Il y a trois ans », on lui a proposé de monter sur la scène du Zoofest (« le petit frère du festival Juste pour rire », dans les mots de M. Legendre), dans le cadre de la série Ben voyons donc!. Cette série invite des personnalités non issues du milieu de l’humour à « sortir de leur zone de confort » en présentant une série de numéros humoristiques.

« J’ai d’abord refusé », se souvient Joël Legendre, qui n’a pourtant jamais peur d’essayer de nouveaux chapeaux.

« C’est Patrick Rozon qui m’a convaincu de me lancer, de faire un show d’une heure, une seule fois », retrace l’homme-orchestre. Ce Rozon-là – un petit-cousin éloigné de Gilbert Rozon, du fondateur de JPR – est le directeur de Zoofest.

En 2016, il osait donc proposer quelques pitreries au Zoofest. « Je venais d’avoir 50 ans... pourquoi ne pas en profiter pour présenter un bilan de vie artistique et personnelle, un bilan de mes trente ans de carrière ? Je voulais juste filmer ça et le montrer à mes filles, plus tard... »

Il est redescendu de la scène rassuré par la réaction du public et boosté par les critiques « flatteuses » et les producteurs qui l’« appelaient dans la foulée pour me faire faire du stand-up ».

Joël Legendre

Cette « expérimentation » ayant donné la piqûre à Joël Legendre, pourquoi ne pas ajouter le chapeau d’humoriste à sa collection de couvre-chefs ?

Après avoir peaufiné les choses, et retenu au passage les services de quatre acolytes à l’écriture (des scripteurs) et de Patrick Rozon à la mise en scène, Joël Legendre arrive avec un spectacle complet d’une heure. Dont la tournée s’arrêtera à la Maison de la culture de Gatineau mercredi 18 avril.

Échecs cuisants
« En travaillant dessus, je me suis bien rendu compte que je ne suis pas un humoriste, mais un artiste de variétés. » Le fond (biographique) et la forme (éclatée) du spectacle se rejoignent donc, dans le plus pur esprit de la variété, au ton léger et « divertissant ».

« Chant, danse, imitation, performances de comédien... c’est un ramassis de tout ce que j’ai fait depuis le début de ma carrière. Avec, toujours, le [parti pris] de rire de moi-même », résume-t-il.

Il fait même du doublage sur scène, en s’appuyant notamment sur trois grands écrans où défilent photos de jeunesse, vidéos et extraits de films. Le coloré animateur, dont les imitations de Céline Dion sont presque légendaires, replongera par exemple dans les eaux du film Titanic... où il peut s’en donner à cœur joie, entre la chanson de la diva et le doublage de DiCaprio.

Autodérision
Sauf que, comme le célèbre paquebot qui finira par sombrer, Legendre s’amuse à saborder son image.

« Je ne suis pas allé chercher mes bons coups : j’ai au contraire [retenu] tout ce qui n’a pas marché. Ce n’est pas du tout un ego-show [puisque] je suis la principale victime de mon spectacle. » C’est en tirant sur ce fil rouge qu’il a trouvé son « personnage d’humoriste », un personnage qui s’amuse à rebondir sur le ressort comique de la victime, poursuit-il.

Car, après tout, « je suis victime de moi-même et des choix que j’ai faits dans ma carrière, qui étaient ridicules, souvent ». « À mes débuts, je n’avais pas d’amis, pas d’appuis dans ce métier ; je sortais de nulle part, de la campagne. En sortant de l’école de théâtre, je m’étais juré de ne jamais devenir serveur. Mais avec le recul, 30 ans plus tard, je me dis que j’aurais peut-être été mieux de travailler dans un restaurant que d’accepter certaines jobs épouvantables », laisse-t-il entendre, sans éventer de quelle apparition publicitaire risible ou de quelle chanson maladroitement enregistrée dans sa prime jeunesse il s’apprête à se moquer.

Et d’ajouter : « Et puis les années 80, ce n’était pas des années très flatteuses, pour l’habillement, les coupes de cheveux... Parfois, j’ai juste besoin de projeter une photo de moi et le public croule de rire sans que j’aie besoin de dire un seul mot. C’était des années très payantes pour mon personnage. »

Showtime retrace non seulement sa carrière, mais aussi certaines péripéties de sa vie de famille, qui lui a inspiré quelques gags.

Parce que Joël Legendre est « comédien à la base », c’était important pour moi qu’il y ait une histoire, un fil conducteur et un dénouement » ponctués de passages plus émouvants. « Je veux que les gens soient touchés, à la fin. Et que tout ça se tienne. Je voulais des liens entre les différents numéros, pour que ce ne soit pas juste un ramassis de blagues. »

L’IDOLE
Showtime puise son titre à même celui de la revue de Dominique Michel, que Joël Legendre a toujours dit vénérer. « Dodo » proposa en 1978 le spectacle de variétés Showtime, Dominique, Showtime. Il s’agit donc aussi d’un hommage à son idole, à l’époque des cabarets et à la tradition des spectacles de variétés dans laquelle il greffe aussi bien Yvon Deschamps (qui, en plus de chanter, a animé l’émission à sketch Samedi de rire) que Dominic Michel.

LE BUISSON
Sa mésaventure du « buisson », l’animateur ne tient pas trop à en parler en entrevue, estimant avoir fait le tour de la question, en venant s’expliquer sur plusieurs grands plateaux de télé.

Pour rappel : en septembre 2014, un policier a surpris M. Legendre en train de se masturber dans un parc, derrière un buisson. Une contravention pour « obscénité ou indécence » a été remise en 2015 à l’animateur, qui a d’abord nié cette version des faits, avant de se rétracter. « Humilié et anéanti », il s’est publiquement excusé pour cet « incident », avant de se retirer temporairement des ondes et la vie publique).

Le public lui a « pardonné », estime-t-il, pas triomphant, mais à nouveau confiant. Ce sont avant tout les médias qui l’ont boudé et qui ont prolongé sa disgrâce, précise-t-il.

Mais, quitte à remonter sur scène pour rire de lui, il s’est permis d’aborder sur scène – de façon transparente, quoique brève – cet humiliant épisode, indique-t-il.

POUR Y ALLER

Quand ? Mercredi 18 avril, à 20 h

Où ? Maison de la culture

Renseignements : 819-243-2525 ; salleodyssee.ca