Loig Morin est en nomination trois fois pour le gala des Trille Or.

Loig Morin: la Rivière et l’orpailleur

Grâce à l’album La Rivière, le musicien vancouvérois Loig Morin récolte trois nominations dans la course aux trophées Trille Or, qui se déroule jeudi.

Après avoir fait paraître plusieurs albums en France, ce Breton d’origine a quitté Lyon, son bercail hexagonal, pour venir s’installer au Canada il y a neuf ans. Alors jeune père de famille, il pensait alors avoir mis un terme à ses activités de musicien. Mais le succès l’a rattrapé à l’autre bout du monde.

En France, il jouait du rock, s’était lié d’amitié avec le chanteur de L’Affaire Louis’ Trio, Hubert Mounier, et avait été repéré par le pianiste William Sheller, qui l’avait pris sous son aile via son étiquette de disques. « C’était la grande vie. On faisait la fête ! » se souvient-il, sans accent nostalgique. Face au sentiment de n’être devenu qu’« une allumette en train de brûler », il a posé sa guitare en 2006, « quand les enfants sont nés ». Trois ans plus tard, il fuyait son bercail.

« On voulait quitter la France : on n’en pouvait plus. On voulait vraiment vivre une aventure. [...] Le Canada m’attirait depuis toujours. J’avais envie de devenir bilingue. Et de reconstruire quelque chose », loin des turpitudes et des « requins » de l’industrie du disque.

« La musique, était là, ‘à l’intérieur’, mais ce n’était pas du tout l’objectif, en immigrant... » Le néo-canadien se satisfait d’abord de petits boulots alimentaires, tout en animant des soirées en tant que DJ. Quand l’école internationale de Vancouver l’engage en tant que prof de musique, il renoue avec la guitare.

Ayant retrouvé « une assise financière plus confortable », il décide d’ouvrir un studio, le Loig’s Music Lab, où il commence par enregistrer ses meilleurs étudiants. Ses affaires marchent. Le studio prend de l’ampleur, accueille de plus en plus de pros (le Québécois Raphaël Dénommé est venu y faire un tour l’an dernier, pour enregistrer Vampire de l’Est), et devient sa priorité professionnelle.

Loig Morin s’accomplit derrière les consoles de son, mais recommence à composer à temps perdu, sans « aucune attente ». En 2012 paraît son premier album « canadien », Lonsdale, du nom du quartier vancouvérois où il s’est installé. Un disque plus électro que rock, qu’il enregistre, mixe et réalise « de A à Z, pour la première fois ». Le disque sera suivi du minialbum Vancouver. Et, en 2018, de La Rivière, disque francophone imprégné d’ambiances de nature, d’images de forêt... et de la rivière qui borde son studio, et que Loig Morin aime longer pour prendre l’air et combattre le sentiment de « rester en permanence enfermé dans [sa] caverne ».

Le disque connaît rapide un petit succès, tant parmi la communauté francophone de l’Ouest, qu’auprès du public anglophone. « Mais c’est seulement maintenant que ça décolle », constate le musicien, plutôt humble face à ce succès frémissant, mais déjà manifeste.

Au gala Trille Or, le musicien se retrouve en lice dans la catégorie « artiste solo ou groupe – pop », tandis que le travail du réalisateur est récompensé via les deux catégories techniques dans lesquelles La Rivière est en nomination.

Il pense s’être enfin « trouvé, musicalement ». « Je crois que j’ai trouvé ce que je voulais faire, au niveau de l’écriture, avec mon ‘univers, et que je comprends comment diriger ma voix. [...] La guitare me restreignait. Ça me cantonnait au côté rock un peu énervé que je faisais avant. Techniquement, il aurait fallu que je passe beaucoup plus de temps sur l’instrument, pour réussir à retranscrire ce que je voulais faire. Là, le séquenceur me permet de partir sur des harmonies très différentes... »

Version symphonique

Si le disque titille l’intérêt des médias, il lui ouvre surtout les portes du Vancouver Metropolitan Orchestra. Le jeune (35 ans) chef d’orchestre du VMO, Ken Hsieh, reconnu pour son génie et sa vitalité, propose à Loig Morin une collaboration symphonique autour de ses chansons.

Une preuve de plus de la qualité de ses compositions. Le musicien se réjouit de cette « énorme reconnaissance ». Mais il se pince encore : « C’est incroyable, qu’il m’ait proposé ça... »

Un spectacle orchestral, déjà en préparation, reprendra des pièces de La Rivière et des chansons tirées du prochain long jeu sur lequel Loig Morin a commencé à travailler, et qui s’appellera Citadelle.

« On sort complètement de l’image de la rivière, pour pénétrer dans la ville : « Ce sont des histoires intimes et urbaines : on est perdu dans la ville» laisse-t-il entendre.

Pour Citadelle, il a repris quelques musiciens parmi ceux ayant barboté dans La Rivière, mais il s’est entouré d’une nouvelle équipe. Pierre angulaire de ses nouveaux alliés : son vieil ami Chris Potter, un ingénieur du son que s’arrachent Sarah McLachlan, Bryan Adams, Rufus Wainwright et Nickelback. «En gros, c’est l’équipe rapprochée de Sarah McLachlan», souffle-t-il en mentionnant le batteur et le claviériste. «On est en train d’enregistrer les voix et la batterie dans son studio et celui de Sarah.»

Ses trois nominations aux prix trille or, le néo-canadien les accueille comme «un super cadeau». «Cette reconnaissance, c’est un ‘Bienvenu dans la famille !’, une sorte d’autorisation [à] mettre un pied dans la grande famille musicale franco-canadienne, et j’en suis ravi ! Et puis, ça m’ouvre d’autres perspectives pour l’avenir !»

Un soir qu’il mixait dans un club de Vancouver, Loig Morin est repéré par l’un des producteurs du Vancouver Fashion Week (VFW) — un gros événement biannuel qui rassemble des centaines de designers du monde entier. Depuis 5 ans, l’immigré est devenu le «music producer» du VFW. «Mon boulot, c’est de créer des musiques ou de leur faire des remix. Ça m’a amené jusqu’en Australie.»

À son arrivée, l’immigré «baragouinait à peine l’anglais».

«Ce sont mes collaborateurs, mes musiciens, qui me parlaient en français. [...] J’aime l’espèce de simplicité qu’il y a ici. C’est vraiment ‘l’Amérique’, la terre des opportunités !»

Musicalement, «c’est comme si les choses se reconnectaient à nouveau. [...] C’est incroyable, ce qui m’est arrivé», s’étonne-t-il en retraçant le survol de son parcours canadien.