Pris à l’hameçon de Boucar Diouf, on se laisse emporter par les clapotis tour à tour didactiques, poétiques et facétieux.

L’hameçon du capitaine Diouf

CRITIQUE / Magtogoek, c’est le récit-fleuve d’un scientifique d’origine sénégalaise immigré au Québec. Celui d’un biologiste, océanographe de profession. D’un griot, conteur-amuseur à ses heures, par vocation.

Ce « griocéanographe », une espèce probablement unique au monde, émergée des eaux de Rimouski en 1991 — n’est nul autre que Boucar Diouf, grand connaisseur du Saint-Laurent. Lequel sert de fil conducteur à son récit.

Ce fleuve « fougueux », « adolescent », il en remonte les méandres, tout comme il l’avait fait afin de parvenir à son premier port d’attache au Québec, l’université de Rimouski -(où, façon Christophe Colomb, il a lui aussi planté son drapeau, expliquera-t-il). 

C’est de ce périple « collectif » qu’il traite dans son nouveau spectacle. Avec autant d’humour que d’érudition.

Pour Boucar le poète, ce fleuve est « le cœur la tête et le sang de ce pays de poudrerie ». Il invite donc le public à embarquer dans son voilier -- lequel se manifeste poétiquement sur scène -- pour parcourir ce « trait d’union entre le présent et le passé 
».

Magtogoek, c’est le nom qu’ont donné au St-Laurent les Algonquins. Un nom imagé signifiant « le chemin qui marche », comme s’il était doté d’une vie propre. De la vie, il n’en manque pas, ce fleuve. Docteur Boucar ne mettra pas beaucoup de temps à nous le démontrer.

Si l’océanographe en a remonté les méandres, l’immigrant en a, avec le temps, apprivoisé les vagues (politiques) et les moutons (socioculturels).

Par étapes (on fait escale à Tadoussac, Gaspé, etc.), avec une rigueur toute scientifique, l’humoriste « raconte » ce fleuve dont l’histoire se mêle désormais à la sienne.

Le spectacle plonge dans les fondements aquatiques du Québec, la Mer de Champlain. Magtogoek traite de ce qui alimente la culture des Canadiens français. Après 26 années passées plongé dans notre terroir, pas de doute : l’eau du St-Laurent coule dans les veines de Diouf.

Il soigne ses « icitte », ses « bungalow » et les références pur-laines de sa terre d’adoption. Il maîtrise comme personne l’accent sénégalo-joualisant à oscillation gaspésienne. Il impulse des chansons à répondre. Et, hilare, enjoint son public à le haranguer régulièrement de « Envoye, mon Boucar ! »

Profitons-en avant qu’un esprit chagrin ne vienne reprocher à l’immigré cette vile appropriation culturelle.

Pris à son hameçon, on se laisse emporter par les clapotis tour à tour didactiques, poétiques (les métaphores filées) et facétieux (les très nombreux jeux de mot).

La paisible rêverie fluviale devient rapidement une odyssée, nourrie de 1001 rencontres et anecdotes. Donnaconna y côtoie Edith Butler. Pigeons voyageurs et (Jean) Cabot pérégrinatoire s’y croisent. Bélougas et palourdes royales s’y tutoient. Climatosceptiques et clitosceptiques (eux, ne croient pas dans le réchauffement de leur partenaire) s’y confrontent. Et les bancs de morue s’y vident au même rythme que les bancs d’église, 

On passe de l’infiniment grand (la loterie cosmique) au très très petit (la débarbouillette de Gaetan Barette). On croule de rire face à la recette discriminatoire du pâté chinois, la fonction « defrost » des éperlans et l’impossibilité grammaticale de la bizoune.

Le capitaine Boucar a installé jeudi son vaisseau à la Maison de la culture de Gatineau, où il se produit pour trois soirs — à guichets fermés. Quatre, en comptant la représentation supplémentaire prévue le 18 novembre.

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POUR Y ALLER

Quand ? 18 novembre (supplémentaire)

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : salleodyssee.ca ; 819-243-2525