L’Israélienne Lior Shoov sera sur la scène de La Grange de la Gatineau, à Cantley, vendredi soir.

L’esprit libre de Lior Shoov

En entrevue, l’intrigante Lior Shoov ne parle pas de « spectacle », ni même d’« art de la scène ». Dans le vocabulaire de la musicienne, clown et créatrice sans frontières, il est plutôt question de « l’art de la présence », de « l’art d’être là ».

On pourrait soupçonner une faute de français bien bénigne ; pratiquement nomade depuis ses 19 ans, l’Israélienne de 32 ans parle pas moins de cinq langues. Ayant jeté l’ancre à Paris il y a sept ans — façon de parler ; elle y a un pied-à-terre où ses nombreux voyages, dit-elle en riant, ne la ramènent que deux ou trois mois par année —, on l’aurait pardonné sur-le-champ à l’aventurière, que la route emmène à La Grange de la Gatineau, à Cantley, le vendredi 10 mai.

Mais d’un accroc linguistique, il n’en est rien. Le langage artistique de Lior Shoov est une langue à part. La créatrice veut « créer des ponts » ; transcender les différences entre les individus pour interpeller tant l’intensité que la vulnérabilité de chacun. Ses spectacles méritent plutôt l’étiquette de « performances » : inspirée de Bobby McFerrin, elle improvise plus qu’elle interprète, ajustant constamment sa musique, son jeu corporel, la langue qu’elle utilise et ses non-dits à la réceptivité du public. Sur scène, seule, elle accompagne sa voix éthérée d’instruments formels — hang, ukulélé, harmonica, kalimba — et inventés — jouets, bruits de bouche, percussions corporelles et même sacs en plastique. Elle emprunte au théâtre, à la chanson et à l’art clownesque, passant entre les disciplines et les langues au gré de son inspiration, libre.

« Je veux créer un moment de communion dans l’intimité, illustre Lior Shoov de son accent rugueux au bout du fil. Que ce soit intime et éphémère, que ça ait l’audace d’aller au-delà des apparences et des codes attendus. Laisser tomber les attentes pour être disponible. Échanger ce que j’ai à échanger ce soir-là. Je fais aussi des chansons que j’écris. Ça dépend des soirs !

L’Israélienne Lior Shoov sera sur la scène de La Grange de la Gatineau, à Cantley, vendredi soir.

Le long voyage musical et physique de Lior Shoov commence en Pologne, où sa grand-mère l’a emmenée lorsqu’elle avait 19 ans. Voyant un musicien jouer dans la rue, la jeune femme qui peinait à trouver sa place, jugée trop timide et sensible pour faire le service militaire obligatoire en Israël, eut un déclic. « Je voyais qu’en jouant dans la rue, je pourrais vivre de ça. Alors j’ai commencé à voyager en cherchant des professeurs très spécifiques pour étudier l’art de la présence. »

Espagne, Italie, Belgique, Suisse ; partout en Europe, la pèlerine peaufinait dans les rues ce qu’elle apprenait auprès de ses mentors. Pendant cinq ans, elle a aussi été la moitié du duo de clowns La Boca abierta.

« On peut jouer avec tout, ajoute-t-elle. Toute ma manière de faire de la musique est proche de (l’art clownesque). Un clown peut jouer avec toutes ses émotions et avec tout ce qu’il rencontre. Comme on peut jouer avec la musique, jouer avec les sons. »

En 2016, elle a gravé pour la première fois un album éponyme chouchouté par les Français. L’opus ayant traversé l’Atlantique en 2018, elle reçoit de ses nouveaux auditeurs québécois une ouverture surprenante.

« Les gens comprennent cette recherche humaine. Franchement, c’est précieux et ça m’aide à grandir ! »