Les spectateurs deviennent des enquêteurs d’un soir dans cette double intrigue policière et historique sur ce qu’on surnommait le « petit Chicago ».

Les revenants du Petit Chicago : une drôle de marche hantée [PHOTOS]

CRITIQUE / Jamais plus on ne verra le parc Moussette de la même façon après avoir rencontré Les revenants du Petit Chicago. On s’est plu à perdre ses illusions, mardi soir, lors du spectacle de théâtre déambulatoire à la fois instructif et divertissant — comme le serait la version comique d’une marche hantée.

Pour une deuxième année, la compagnie Dérives urbaines traduit l’histoire régionale en théâtre de rue et ramène dans le Vieux-Hull ce parcours extérieur interactif signé André Rousseau et mis en scène par Mathieu Charette. 

Avec le centre culturel Jacques-Auger comme point de départ et d’arrivée, un court trajet fait sillonner le voisinage à la rencontre de personnages — certains vrais, d’autres fictifs — sortis des années 30, à l’époque mythique où Hull était l’équivalent d’un Disneyland assez interlope merci pour les adeptes de jeu, de boisson et de prostitution.

Les spectateurs deviennent des enquêteurs d’un soir dans cette double intrigue policière et historique sur ce qu’on surnommait le « petit Chicago ». 

Le parcours commence sur les marches de l’édifice de la rue Leduc, où le fantôme du détective privé Simon Surveyer (Théo Martin), à la fois conteur, protagoniste, animateur de foule et guide de randonnée, met la table. 

En 1936, il examinait des rumeurs voulant qu’Al Capone, qui s’est évadé de la prison d’Alcatraz, se soit réfugié en Outaouais. 

Mais en pleines fouilles, l’inspecteur a été mystérieusement assassiné.

Qui, et pourquoi, aurait tué Surveyer ? Qu’en est-il d’Al Capone ? 

Mais surtout, qu’est-ce qui explique un tel climat de crime et de débauche ? 

Car c’est la grande force des Revenants du Petit Chicago : une recherche en profondeur sertie d’une richesse de détails déterre ce pan d’histoire régionale qu’on ne nous a pas enseigné à l’école. Cinq comédiens au jeu également captivant et rythmé remettent en contexte les conflits de l’époque avec humour. 

On rit et apprend auprès du lieutenant de la police de Hull Adrien Robert (Francis Leblanc), de Sandy Lupien (Chantale Richer), propriétaire d’un établissement pas très net, mais qui offre une deuxième chance aux rescapés de la crise financière ; de Clémence Charron (Andrée Rainville), présidente de la Ligue de tempérance et sainte nitouche en chef, et enfin d’Alphonse Moussette (Martin Vanasse), maire ô combien corrompu — le bonhomme dictait aux policiers où et quand faire leurs descentes, voyez le genre — de Hull. 

Soulignons aussi les brèves apparitions de Roger Labelle en « comic relief » ivrogne et de Geneviève Gaetan en prostituée, qui passe çà et là comme un ange chantant.

Seul bémol : la réalité est parfois difficile à démêler de la fiction. 

Ce n’est qu’après-coup qu’on a appris que la trame du meurtre de Simon Surveyer ainsi que les personnages de mesdames Lupien et Charron sont inventés — même si ce que les deux femmes disent est véridique.

Pas plus que 40 billets sont vendus par représentation. 

Un choix judicieux : en petit groupe, sauf quelques exceptions, on a bien pu entendre jusqu’au fond de la foule. 

Le théâtre de rue étant ce qu’il est, il est arrivé que des marcheurs ou des chiens viennent distraire l’attention. 

Théo Martin n’a pas manqué ces tremplins pour rebondir avec une réplique improvisée ou pour blaguer avec un spectateur, faisant mousser la complicité entre inspecteurs amateurs.

Les revenants du Petit Chicago continueront de hanter le Vieux-Hull les mardis et jeudis jusqu’au 27 août, deux fois par soir, à 19 h 30 et à 21 h. 

Bonus : le billet donne droit à un petit verre de bière au Bistro Gainsbourg après les représentations. 

Le spectacle plaira certainement à tous les curieux d’histoire et passionnés d’intrigues, y compris aux adolescents.

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POUR Y ALLER

Quand ? Les mardis et jeudis à 19 h 30 et 21 h, jusqu’au 27 août

Où ? Centre culturel Jacques-Auger

Renseignements : derivesurbaines.org