Le Théâtre Tremplin se lance dans l’univers de Naïm Kattan.

Les Protagonistes: l’amour terrorisé

En remontant trois courtes pièces de Naïm Kattan, le Théâtre Tremplin s’attaque à un matériau « plus littéraire » que ce à quoi il est habitué, confie le jeune metteur en scène des Protagonistes, Martin Cadieux.

La pièce – un assemblage de trois textes datant des années 70 – prendra l’affiche du 15 au 25 mai 2019 (du mercredi au samedi à 19 h 30) au studio Léonard-Beaulne de l’Université d’Ottawa (135, pavillon Séraphin-Marion).

Dans les années 70, Radio-Canada avait diffusé à son antenne ces trois pièces de « théâtre radiophonique ». Il s’agit de trois textes autonomes — Les protagonistes, La discrétion et La neige — qui n’avaient en apparence guère de liens, à part l’exploration thématique des relations amoureuses, mais que le metteur en scène a réunis dans une en mise en abîme.

La construction leur permet de « se répondre » l’un l’autre, malgré leurs « tons très différents », avise-t-il.

Séduit par « cette langue littéraire » et par « le côté philosophique des textes, qui est au final «plus importante que l’intrigue», le directeur artistique du Tremplin, Dillon Orr, a «vu là une opportunité de visiter un tout autre registre». Car, rappelle M. Cadieux, si Kattan est très apprécié pour ses essais et ses romans, l’auteur Canado-Irakien «est relativement peu connu au Théâtre».

«La mise en scène est très dynamique : on passe d’une scène à l’autre et d’un texte à l’autre », tandis qu’un percussionniste présent sur scène «soutient l’action» et vient «faciliter les transitions», précise le jeune metteur en scène.

La dimension littéraire s’estompe au profit de l’approche ludique qu’a retenue M. Cadieux. «On est dans l’énergie du plaisir d’être sur scène et de faire du théâtre ensemble. Je voulais puiser dans cet esprit de gang, souligne-t-il. Et je pense que je peux dire ‘Pari réussi !’, parce que le plaisir se ressent.»

«Avec les comédiens, on a beaucoup travaillé à mettre de la chair sur les personnages, pour que ce ne soit jamais ‘lourd’», prévient celui qui travaille depuis 2012 au Théâtre la Catapulte, où il œuvre dans l’ombre des projecteurs. Une job pour laquelle il a reçu l’an passé le trophée Derrière le rideau, remis dans le cadre des prix Rideau.

Le premier tableau du triptyque met en scène une troupe de théâtre aux prises avec un groupe terroriste, le MAT (Mouvement anti-théâtral), dont le manifeste «accuse les comédiens de répandre le mensonge dans toutes les sphères de la société».

« Les persos reçoivent des lettres de menace ; leurs connaissances disparaissent ; ils se sentent observés, ciblés, et ils sentent qu’ils n’ont pas l’aide de la police ni l’appui de la société», résume-t-il. Face à la menace imminente, et au danger qu’elle représente, «ils se replient sur eux-mêmes, sur leur petite communauté».

Certains se mettront à remettre en question les liens qui les unissent, Car, au cœur de la pièce, il y a l’envie d’observer «comment cette pression agit sur les relations des personnages.» Ils vont par exemple «s’avouer des choses qu’ils n’auraient osé avouer» dans une situation normale.

D’autres, malgré les risques, cherchent «refuge dans leur art», prêts à se lancer à corps perdu dans les répétitions. Celles de McBeth, mais aussi des deux autres pièces de Kattan greffées à ce collage.

Ainsi, «Jean, le personnage principal, se sert du théâtre pour passer au travers de cette situation » qui devrait l’empêcher de travailler, poursuit le metteur en scène, qui s’est servi des protagonistes comme d’«une colle» pour échafauder sa structure théâtrale.

Jean est campé par Samuel Bernardin, un nouveau venu au Tremplin. Julie Lockman, une habituée du théâtre communautaire des deux bords de la rivière des Outaouais, lui donne la réplique. La distribution est complétée par Virginie Charland, Ginette Denis, Rami Halawi, Abel Maes, Jean-Yves Mathé, Justine Simard-Legault et Amélie Trottier.

«Les neuf comédiens sont toujours présents sur scène. Ça renvoie à l’idée d’équipe, à l’engagement d’une troupe de théâtre».

La discrétion se démarque par son «petit côté absurde». On y explore «la retenue», «la pudeur» des sentiments, et «le fait de ne pas oser le risque, en amour».

Dans La Neige, un homme et une femme se rencontrent dans l’hôtel où ils sont coincés, prisonniers d’une tempête de neige. Sont-ils de parfaits étrangers, des amis, des amants ? Le doute plane. Mais le jeu de la séduction a commencé. «Pour séduire l’autre, les personnages ont recours à la fantaisie, au fantasme, plutôt qu’à la réalité», tandis que la pièce creuse «les aventures extraconjugales en voyage» et l’art du mensonge. «Les spectateurs peuvent essayer de démêler le vrai du faux «et trouver leur propre interprétation».

POUR Y ALLER :

Quand: Du 15 au 25 mai 2019

Où: Studio Léonard-Beaulne