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<em>Les Précieuxes ridicules</em> est pour le Fâcheux Théâtre une façon de clamer haut et fort «la pertinence actuelle» de Molière.
<em>Les Précieuxes ridicules</em> est pour le Fâcheux Théâtre une façon de clamer haut et fort «la pertinence actuelle» de Molière.

Les Précieuxes ridicules: Molière à l’heure du web

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Le Fâcheux Théâtre sera de retour au parc Fontaine cet été, avec un cinquième spectacle revisitant l’œuvre de Molière au travers de filtres plus modernes.

Les Précieuxes ridicules s’attaque à cet autre monument du théâtre « Jean-Baptiste Poquelin-esque » que sont Les Précieuses ridicules... en l’adaptant à « l’ère narcissique 2.0 ». Et, bien sûr, à sa sauce « sous les arbres », mode opératoire privilégié par la petite troupe d’Ottawa-Gatineau, versée dans le théâtre à l’air libre, en mode théâtre de rue, presque guérilla.

Si ce sixième volet de Molière dans le Parc est pour le Fâcheux Théâtre une façon de clamer haut et fort « la pertinence actuelle » de Molière, le choix de se produire dans la nature répond à une envie de « démocratiser l’accès au théâtre ». Le Fâcheux théâtre s’inscrit là dans la tradition itinérante de Molière, qui avant d’accéder aux planches royales, a pendant plusieurs années sillonné en charrette les routes de France, pour apporter l’art de la comédie jusque dans les petits bourgs du royaume. 

Comme lui, le Fâcheux voyage léger, libéré de contraintes logistiques. Pas de micro ni de sono. Un décor naturel. Une estrade a minima, réinventée à partir d’une planche ou deux déposées à la hâte, à la mitaine, et qui disparaîtront en trois secondes, c’est-à-dire le temps qu’il a fallu pour les installer.

Les représentations (gratuites, mais on fera passer le chapeau) auront lieu du 14 au 24 juillet, du mercredi au samedi à 19 h 30, au parc Fontaine, dans le Vieux-Hull. Il est aussi question d’installer le spectacle au parc Sainte-Thérèse, dans le quartier Val-Tétreau, mais cela reste à confirmer. 

Les comédiens débarquent sous les arbres avec – quoi ? – une demi-malle de costumes et accessoires « barouettée » jusque-là à l’huile de coude. Et la troupe redonne ainsi au mot « accessoire » son sens premier, (secondaire et quasi-superflu), dans de délirantes pitreries très commedia dell’arte. C’est broche à foin, bon-enfant et particulièrement imaginatif. En un mot : c’est vivant !

1 Sylvain Sabatié (et Alexandre Gauthier, à l’arrière-plan) dans <em>Les Fourberies de Scapin</em> que le Fâcheux Théâtre a présenté dans une poignée de parcs de Gatineau en 2019.

Suivre la mode

Et bien que les pièces revisitées soient des classiques, il faut – tant pis ou tant mieux pour Molière – savoir « prendre des libertés avec l’œuvre originale » afin que les thématiques de la pièce [puissent « résonner auprès du public d’aujourd’hui », soutient le directeur artistique du Fâcheux Théâtre, Sylvain Sabatié.

Avec Les Précieuxes ridicules, dont il signe l’adaptation et la mise en scène, lui et sa petite troupe (d’Ottawa-Gatineau) en ont profité pour se « questionner sur notre rapport à Internet », explique-t-il.

Dans le matériau d’origine, Les précieuses ridicules, Molière évoque « la préciosité », un courant en vogue à cette époque-là », surtout parmi la gent féminine, et « qui par certains aspects pouvait s’apparenter à un féminisme version beta », évoque Sylvain Sabatié. 

Mais si le dramaturge trempe sa plume dans le vitriol, c’est moins pour critiquer les authentiques précieuses, que se moquer des suiveuses, celles qui se contentaient de « suivre bêtement cette mode dans le but d’être populaire », assure-t-il. 

Il a donc cherché à actualiser cette pièce de 1659 « en posant un regard critique sur un certain usage contemporain d’Internet et des réseaux sociaux », où, observe-t-il, « la superficialité et le narcissisme sont encore bien présents ».

Les Précieuxes ridicules ont pour décor un « univers dystopique où les gens sont séparés en deux classes » : les précieuxes et les quelconques. On découvrira donc deux jeunes « précieuxes » – Magdelon et Cathos – dont l’envie de devenir un phénomène viral sur Internet vire à l’« obsession ». Leur mépris affiché pour deux invités jugés « quelconques » incitera ces derniers à leur rendre la monnaie de leur pièce. 

Le titre se veut une référence à l’orthographe inclusive moderne, en englobant les mots « précieux » et « précieuses ».

La production réunit les comédien.ne.s Andrée Rainville, Virginie Charland et Maxim Racicot Doucet, autour de Sylvain Sabatié. André Perrier en assure la mise en scène.

Le spectacle est gratuit (contribution volontaire), mais les représentations sont limitées à 100 personnes par soir. Un marquage au sol permettra d’identifier les emplacements et les distances à respecter entre les bulles. 

Réservations : facheux.ca