Le spectacle des «Reines de Noël» s’adresse aux familles à un moment où la société semble s’ouvrir aux drag queens. «Les gens sont intéressés», synthétise Rita Baga.

Les paillettes des «Reines de Noël»

Exit, la musique traditionnelle. Dans Les Reines de Noël, Rita Baga recevra chez elle sa « famille » pour un réveillon haut en couleur. La comédie musicale nouveau genre, répliques croquantes et musiciens à l’appui, servira un 24 décembre d’autant plus festif : tous les rôles y sont campés par des drag queens.

Passer inaperçue dans un café de Gatineau un mardi matin relève de la fiction pour l’auteure et metteure en scène des Reines de Noël. Des paillettes jusqu’au cou et du maquillage comme un autre épiderme, Rita Baga – l’alias de Jean-François Guevremont –, deux cents livres et six pieds un pouce, doit bien mesurer près d’un pied de plus lorsqu’elle revêt ses talons vertigineux et sa perruque bombée.

De jour, Jean-François Guevremont est directeur de la programmation et des ressources humaines pour Fierté Montréal. De soir, l’héritière de Mado Lamotte – et sa petite-fille selon la généalogie drag – est à la fois une animatrice, chanteuse et comédienne sur scène, et dans les coulisses, la conceptrice et productrice d’une trentaine de spectacles thématiques. Les Reines de Noël est le premier projet d’écriture de celle dont l’alibi démaquillé a longtemps écrit de la poésie.

Dans l’offre de spectacles de Noël, il s’agit aussi du premier où cette forme d’art s’adressera aux familles, enfants compris, partout au Québec. La troupe fera escale à l’auditorium Alphonse Desjardins du Cégep de l’Outaouais le samedi 8 décembre avant de filer à Québec, Sherbrooke et Rouyn-Noranda.

« C’est vraiment une comédie musicale avec une histoire de A à Z, indique Rita. C’est un party de matantes. Je reçois chez moi mes sœurs jouées par des drag queens. Il y a un échange de cadeaux, des chicanes de famille, des rebondissements… »

…Et de la musique. Accompagnées de quatre danseurs et des musiciens du groupe Wildwood, les huit dames alternent entre le texte comique et des numéros de chant ou de lip-sync. Le répertoire est composé à moitié de cantiques de Noël, à moitié de « tounes quétaines ». Font partie du volet « quétaine » des tubes de France D’Amour, Martine St-Clair, Marie-Chantal Toupin… « C’est un peu comme un épisode de Glee ; les personnages parlent et soudain, l’orchestre arrive et ça part. De façon aussi absurde ! »

Les drag queens, toutes des amies de Rita choisies pour leur talent en chant, danse ou théâtre, interprètent une « panoplie de clichés de la matante à Noël ». Leur répartie mordante qui joue dans le deuxième degré a été inspirée du film C’t’à ton tour, Laura Cadieux, tiré du roman de Michel Tremblay. Les clichés sur scène, ceux d’une tante que tous connaissent, veulent combattre leurs clichés à elles, ceux qui associent le drag à la vie nocturne et à ses dérives. « C’est vraiment un spectacle familial. J’avais envie que les gens qui n’ont jamais vu de spectacle de drag viennent. C’est une bonne première expérience : il n’y a pas de numéros provocateurs ou de choses avec lesquelles les gens seraient inconfortables », précise la metteure en scène, qui a même limité la longueur des costumes pour s’assurer que l’expérience reste « très class ».

« On vise tous les gens qui aiment Noël, et même si vous n’aimez pas Noël, je vais vous faire changer d’idée ! »

L’effet RuPaul

Les Reines de Noël est une coproduction de Rita Baga avec la boîte gatinoise Lezartis. La même compagnie propose le Festival folk et guitares d’Aylmer, DIVA - spectacle hommage à CHER et la fête INDÉO. « On veut d’une certaine façon démocratiser le drag, avance la productrice Louise Rousseau. Et je pense qu’on arrive à un bon moment pour le faire découvrir, puisqu’il y a une ouverture à ça grâce à RuPaul et son émission de télévision. »

RuPaul’s Drag Race met en compétition des drag queens pour couronner la « prochaine superstar américaine du drag », semblable à America’s Next Top Model de Tyra Banks. Longtemps populaire au sein de la communauté LGBTQ+, l’émission de 10 saisons a rejoint un public plus large récemment, depuis qu’elle peut être visionnée sur Netflix. Depuis, le drag gagne en popularité. « On voit des conventions drag, des fournisseurs qui arrivent d’un peu partout… Les gens sont intéressés » synthétise Rita Baga. À Fierté Montréal, avance-t-elle, le spectacle le plus populaire est justement celui qui met en vedette une dizaine de participantes à l’émission de RuPaul. « On remplit notre parc de 18 000 personnes. La veille, même si on a d’excellents artistes québécois comme Marie-Mai, il y a moins de monde. »

« Mon rêve, c’est vraiment que tout le monde vienne, ajoute Louise Rousseau. J’ai vu le spectacle hier pour la première fois du début à la fin, et c’est vraiment drôle ! Et ça risque de changer des perspectives sur ce métier-là. »

+

POUR Y ALLER

Quand ? 8 décembre à 20 h

Où ? Auditorium Alphonse Desjardins du Cégep de l’Outaouais

Renseignements : reinesdenoel.com