Daniel Lanois a été particulièrement généreux, dimanche soir, allant même jusqu’à chanter Silverado «qu’on ne joue jamais, d’habitude», à la demande spéciale du public.

L’enfant prodig(u)e au sommet de son art

CRITIQUE / Daniel Lanois était de retour à la maison, dimanche soir, le temps d’un spectacle à Gatineau dans le cadre de son actuelle tournée Time On. Un spectacle généreux de plus de deux heures, sans temps mort, ni temps d’arrêt, en fin équilibre entre ses chansons d’hier et ses expérimentations instrumentales d’aujourd’hui.

L’homme de 66 ans s’est pointé seul sur scène, casquette vissée sur la tête, lunettes au verre fumé plantées sur le nez, verre au liquide tout aussi ambré à la main, pour saluer le public en français. Celui de sa ville natale, qui comptait parmi la foule enthousiaste des membres de sa famille, qui se sont joyeusement manifestés lorsque Daniel Lanois a mentionné leur présence.

Il a ensuite servi une courte introduction à la pedal steel, pendant que s’installaient ses éternels comparses Kyle Crane, à la batterie, et Jim Wilson à la basse (qui sait aussi jouer fort joliment de ses cordes vocales quand il mêle sa voix à celle du chanteur, comme il le prouvera plus tard, notamment sur The Maker et sur la toujours poignante The Messenger). 

Ce sont toutefois les quelques notes de violon de Sébastien Leblanc qui, a priori et à peine entendues, ont fait réagir les gens : ils venaient de comprendre avec bonheur que la soirée allait prendre son envol en compagnie de la Jolie Louise de l’auteur-compositeur-interprète.

Il semblait fort à propos que le natif de Hull ouvre ainsi le bal avec les pièces en français (qu’il s’est d’ailleurs efforcé de parler presque chaque fois que venait le temps de s’adresser à la foule) ou bilingues de son répertoire. Il a donc enchaîné coup sur coup Under The Stormy Sky et O Marie, au cours de laquelle il s’est toutefois fourvoyé dans les paroles.

« Désolé, je suis en train de f**cker la pièce », a-t-il avoué (en anglais) un tantinet déconcerté, cherchant ses mots.

Il a heureusement pu compter sur quelques fans pour lui souffler le couplet suivant, lui permettant de retrouver le fil de sa chanson.

Daniel Lanois ne s’est cependant pas laissé démonter par si peu (ni par quelques soucis avec sa Les Paul), poursuivant avec aplomb en revisitant The Collection of Marie Claire, dans un crescendo d’envolées musicales particulièrement vibrant.

L’homme a fait de Ring The Alarm une invitation sentie à se rappeler les trop nombreuses femmes autochtones disparues, notamment. 

I Love You s’est quant à elle déployée sur des séquences de baisers de vieux films en noir et blanc, dans un montage syncopé qui donnait le tournis, mais qui a malgré tout laissé l’impression d’une longue étreinte passionnée, au final.

Ces projections ont en quelque sorte mis la table pour la première portion instrumentale de la prestation de Lanois. Délaissant ses guitares pour prendre place derrière ses consoles, l’artiste a dès lors transformé la salle en vaste studio d’expérimentations sonores. 

Le sexagénaire s’est même permis une « petite surprise pour Gatineau », y allant d’une toute nouvelle pièce, « dont on a à peine développé le squelette », et qu’il a ainsi en partie improvisée avec ses deux acolytes.

C’est dans de tels moments qu’il est possible de pleinement savourer non seulement la créativité de Lanois, mais surtout la fascinante et indéniable complicité qui l’unit à son redoutablement efficace batteur et à son polyvalent bassiste.

Or, c’est quand Daniel Lanois joue de sa pedal steel (« sa petite église dans une valise », comme il l’appelle affectueusement) qu’il émeut le plus, texturant des ambiances propres au recueillement.

Cela dit, il a repris le micro, pour plonger délicatement dans Still Water ou encore teinter Slow Giving d’une énergie résolument branchée sur le rock’n’roll. Invités à y aller de leurs demandes spéciales, les gens ont même eu droit à Silverado « qu’on ne joue jamais, d’habitude », mais que l’enfant prodigue a offert avec un évident plaisir. La foule, elle, aura goûté chaque note.