Reney Ray sera au CNA, ce vendredi, à 20h30.

L’empathie de Reney Ray

La Franco-Ontarienne Reney Ray avait à son actif déjà deux albums en anglais, sous le nom du duo Bloodstone And Ray, lorsque l’idée lui est venue de composer une toune ou deux en français, pour voir.

Bien lui en prit : l’impact allait être immédiat. « J’ai écrit la chanson Online... [francophone, malgré son titre] et je me suis retrouvée avec 150 000 vues en très peu de temps. Alors je me suis dit ‘Peut-être que je chante dans la mauvaise langue ?’ » témoigne l’auteure-compositrice-interprète née dans le coin de Kapuskasing. Elle a récidivé, pour voir. A déménagé dans les Laurentides en 2004.

Et bien qu’elle continue d’« écrire beaucoup plus en anglais qu’en français », la musicienne lançait le 2 novembre dernier au Lion d’Or son premier album entièrement en français. Ce disque éponyme, elle en fera retentir les sonorités folk et country le 9 novembre au Centre national des arts, où la chanteuse est attendue en première partie de Matiu.

Reney Ray est un autoportrait musical d’une honnêteté tout ce qu’il y a de plus touchante...

« Depuis que je travaille en français, les gens m’écrivent beaucoup plus », observe la chanteuse de 33 ans. « Je trouve pourtant que mes paroles sont plus belles en anglais, mais les gens écoutaient la musique [...] et me disaient que j’avais la voix douce », mais ils ne prêtaient pas autant l’oreille aux textes que le public francophone, partage-t-elle.

Elle a pris l’habitude de converser en privé avec les nombreux auditeurs qui, régulièrement, partagent avec elle des pans douloureux de leur vie personnelle, auxquels ses chansons ont fait écho sans le savoir.

Certains ont sans doute entendu son récent succès Le monde est con, chanson aussi amère qu’amusante, qui s’est « rendue ‘numéro un’ au palmarès de l’Alliance des radios communautaires du Canada et s’est hissée dans le Top 10 des ventes compilées par l’ADISQ, précise-t-elle — ou ont découvert Reney Ray sur la scène du Festival Franco, à Ottawa, au côté des trois autres lauréats de Rond-Point. Ils l’ont peut-être même croisée l’été dernier au Festival Folk et guitares d’Aylmer.

Son nom n’est pas encore sur toutes les lèvres, mais elle s’est illustrée sur la scène du 50e Festival international de la chanson de Granby l’été dernier. Et, vu les qualités poétiques de ses textes (qui plairont aux amateurs de Catherine Major) et la réputation des collaborateurs dont s’entoure cette guitariste et pianiste, gageons qu’elle ne restera pas longtemps dans les couloirs ombragés de l’émergence.

Martin Deschamps s’est pointé sur scène à son lancement montréalais. Plusieurs musiciens faisant partie de la garde rapprochée de la blueswoman Angèle Forrest ont travaillé sur ce disque ; tout comme le guitariste gatinois Ricky Paquette, qui, pour elle, s’est mis au ukulélé.

Et comme on n’a pas le droit de dévoiler le nom de l’artiste dont elle s’apprête à assurer certaines premières parties en Ontario, on se contentera de dire qu’il se situe dans les 10 meilleurs vendeurs au Québec. Alors, les feux de la rampe, Reney Ray y goûtera certainement bientôt.

Message positif

Pour marquer le coup, elle lancera prochainement son tout premier vidéoclip, Passer L’Hiver. Cette chanson de grisaille devrait surprendre tous ceux qui, n’ayant pas encore été exposé à Dans mon navire (ce nouvel extrait commence à tourner sur les ondes de la radio Sirius), ne connaissent d’elle que Le monde est con et son côté givré. Et devrait les convaincre de sa grande polyvalence, autant que de son émouvante profondeur.

La chanteuse peut tout aussi bien parler de son français cabossé (dans la chanson Le P'tit Reney, dont le titre est un clin d’œil au dictionnaire Le Petit Robert, et qui embrasse sa parlure franco-ontarienne avec une distance amusée) que de violence conjugale (sur Protège-moi de l’ombre), de victimisation, de problèmes d’estime de soi, d’une mer d’amour et de pirates métaphoriques. Mais en prenant grand soin d’en extirper un message positif.

«Dans mes chansons, j’ai choisi de focuser sur ce qui me rend heureuse et sur ce qui peut aider les gens», fait valoir la chanteuse.

Son père, un homme pas forcément très affectueux de son vivant, évoque-t-elle, est décédé quand elle avait 11 ans.

Les écueils psychologiques liés à la figure paternelle absente (les daddy issues), le sentiment de ne pas être à la hauteur, elle a connu ça de près. «Quand il est décédé, j’avais de la misère à gérer mes émotions. Me mette à écrire a été une façon de me vider. Ça m’a tellement aidé [à m’affirmer]».

Elle propose d’ailleurs sur son disque «une chanson pour toutes les petites filles qui ont eu le cœur brisé par le premier homme de leur vie».

À présent, l’auteure ne cache pas qu’elle désire aussi écrire pour non seulement émouvoir, mais «aider les gens à démêler leurs sentiments [...] et les faire réfléchir».

«Je suis une femme très ‘consciente’, qui voit le côté positif même dans le sombre. Je suis pas Bouddah, mais si je peux faire ma part et en vivre, tant mieux ! Mes aspirations, ce n’est pas de devenir la prochaine Madonna ou me voir dans les magazines. Je veux [modestement] que mes chansons inspirent les gens à devenir meilleurs.»

À Ottawa, Reney Ray se présentera en duo. Elle sera épaulée par le percussionniste Nicolas Bertrand, le temps d’un spectacle moins rock «plus intime, mais plein de charme».

POUR Y ALLER

Quand ? Vendredi 9 novembre, 20 h 30

Où ? Centre national des arts

Renseignements : 1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca