L’aventure d’Alexandre est décomposée en « 10 chants », qui décompose en autant d’épisodes le récit de cette glorieuse avancée autour du bassin méditerrannéen.

Le Tigre bleu de l'Euphrate au CNA

Dans Le Tigre bleu de l’Euphrate, pièce que le Centre national des arts accueille ce mercredi 17 octobre, jusqu’à samedi, le tigre du titre n’est nul autre qu’Alexandre le Grand.

Mais un félin agonisant. Un Alexandre rendu à la toute fin de son parcours. Qui interpelle la mort et l’interpelle avec autant fatalité que de soubresauts énergiques.

« C’est la figure du mourant, en porte-à-faux de toute l’histoire d’Alexandre, qu’exploite la pièce », résume le comédien Emmanuel Schwartz qui incarne de toute sa taille et de toute sa vigueur le grand conquérant, dans un monologue de 1 h 30 (sans entracte) signé par le Français Laurent Gaudé (Le soleil des Scortas).

Gaudé a consacré plusieurs ouvrages (dont Pour seul cortège, paru en 2012) à la mythique figure d’Alexandre le Conquérant, rappelle Emmanuel Schwartz.

« Dans son texte, Laurent explore plusieurs figures d’Alexandre. » De fil en épée, « on entraperçoit le héros et le combattant, l’éphèbe, le jeune homme prodige et l’amoureux, le conquérant, son côté sage et son côté découragé. On passe par tout son parcours », expose le comédien.

« Il y a aussi une sorte d’exploration du mythe même de la Mort dans ce monologue. [...] Alexandre se transfigure et devient le miroir du Faucheur » et le texte-fleuve semble parfois se muer en dialogue.

S’il appelle souvent « Laurent » tout court l’auteur du Tigre bleu de l’Euphrate, c’est que les deux hommes se sont liés d’amitié, quand le Français est venu à Montréal pour participer activement au « travail de table » (l’exploration dramatique du texte, préalable aux répétitions), en compagnie du soliste et de son metteur en scène, Denis Marleau. « Laurent nous a aidés à trouver l’essence » de cette pièce coproduite par le Théâtre de Quat’Sous et la compagnie UBU.

Dix chants et de multiples voix

L’aventure d’Alexandre est décomposée en « 10 chants », qui décompose en autant d’épisodes le récit de cette glorieuse avancée autour du bassin méditerrannéen. « Denis Marleau a travaillé les différents titres de ce monologue comme [autant de] ces chants grecs qui étaient [transmis] par des aedes », ces poètes de la Grèce antique.

« Ça a donné une sorte de liturgie » qui a guidé toute « la démarche esthétique du spectacle », indique-t-il au téléphone, depuis le train qui le conduit en direction de Gatineau, où il s’apprête à « donner un atelier sur Alexandre le Grand » à des étudiants du Cégep de l’Outaouais.

« Je leur ai fait apprendre la première et dernière page du texte. Je vais leur faire travailler les ‘adresses’ : est-ce qu’on s’adresse au public ? À une tierce personne ? À l’univers...? Ce monologue explore ces trois niveaux » d’adresse en alternant sans cesse.

« C’est un enchaînement de petits moments très travaillés. » Un travail de précision et de minutie. « Du coup, la tâche n’est pas surhumaine » malgré le volume de ce récit-fleuve, souffle le comédien.

« C’est une tâche exigeante, physiquement et intellectuellement, mais c’est à hauteur d’homme — même si Alexandre ne l’est pas, lui. »

Quelle « expérience formidable à vivre, pour moi » que de prendre au corps ce texte « écrit dans une langue luxuriante » ! ajoute-t-il. « Ça peut être très ennuyeux un texte pareil, récité à la manière classique. Ça pourrait être somnifère. Mais les déplacements de la voix [les fameuses ‘adresses’) que Denis a su cartographier rendent tout cela très dynamique », dit0il en évoquant les « voix monstrueuses, épiques ou pleines de compassion » avec lesquelles il a appris à jongler.

« Rencontre unique »

Emmanuel Schwartz a retrouvé Denis Marleau, metteur en scène pour qui il a incarné en 2016 le Tartuffe de Molière.

« Ce sont nos deux seules collaborations... et non les moindres »

Denis Marleau a poussé « l’idée que, «pour faire entendre les différents âges et postures d’Alex», il fallait s’engager dans «un travail vocal qui s’apparente au chant», en s’éloignant du «réalisme». «Il a synthétisé, catalysé des choses que je ressentais depuis un moment dans ma pratique d’acteur. L’usage de la voix. La découpe du texte. La portée du texte. La tenue du texte par l’acteur. »

«C’est une rencontre unique que je vis avec Denis. Ça avait cliqué sur Tartuffe, mais ça clique encore plus à présent. Il redéfinit nos manières de faire. C’est un beau choc. Un choc de plaisir, de rigueur et de découverte. Il a redéfini ma façon de jouer. Je sens que je repars avec de nouveaux acquis.»

POUR Y ALLER :

Du 17 au 20 octobre, 20 h

Centre national des arts

1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca