La comédie musicale «Pied de poule» est pilotée par la metteure en scène ottavienne Caroline Yergeau.

Le succès instantané de «Pied de poule»

La metteure en scène Caroline Yergeau voulait replonger depuis longtemps dans l’univers coloré de Pied de poule.

L’Ottavienne se souvenait du plaisir fou qu’elle avait eu à jouer dans cette comédie musicale en 1997, alors qu’elle était étudiait en théâtre.

Marc Drouin a présenté en 1982 cette pièce plutôt flyée (Normand Brathwaite et Marc Labrèche s’y donnaient la réplique), et probablement emblématique de la décennie, mélodiquement parlant. Mais Caroline Yergeau trouvait que les thèmes explorés « étaient toujours d’actualité ».

Pour le Théâtre de l’île, Caroline Yergeau (Fucking Carl ! ; Cinéma) avait déjà monté La porteuse de pain, en 2013. Elle connaît bien la directrice générale des lieux, Sylvie Dufour, qu’elle a épaulée l’an dernier à la mise en scène du Calendrier de ces dames. Deux productions « communautaires ». Mme Dufour lui a confié les rênes de cette comédie musicale qui fait aussi appel à des citoyens-acteurs. Pied de poule prend donc l’affiche mercredi 8 mai sur la petite île colonisée par les canards, où ils cohabiteront jusqu’au 8 juin.

« Ce qui m’intéressait dans la thématique, c’est le vedettariat instantané » et le désir, voire la fascination, que la société entretient avec « ce succès qui n’arrive pour aucune raison », la gloire n’étant plus nécessairement le fruit du mérite, « du travail ou du talent », explique Caroline Yergeau.

« Ça me faisait penser aux phénomènes instantanés de YouTube ou d’Instagram, [déclenchés] pour bien peu de raisons », évoque-t-elle. Et de rappeler que si Pied de Poule met en scène une vedette de cinéma (François Perdu, personnage que défend Simon Cousineau), il s’agit d’une star créée de toute pièce par un producteur un peu véreux, Desmond Bigras (ici rebaptisé Desmone Bigras, puisqu’il est campé par une femme, Isabelle Cloutier).

« C’est l’histoire de François, [un quidam] qui se promène dans la rue, et qui se fait aborder par un producteur qui vient lui dire : “Que diriez-vous de devenir immortel ?” Et il signe. Mais il n’a pas lu les petites lignes du contrat... dans lequel c’est écrit qu’il devra disparaître [mourir] à la fin », résume Caroline Yergeau.

« Zéro accessoire »

« J’ai voulu mettre en relief la fausseté, donc on joue avec zéro accessoire — on fait semblant de tout. »

Quand aux comédiens, « lorsqu’ils ne sont pas dans la scène, ils sont quand même sur scène, comme des témoins, spectateurs de l’action ». Ils réagissent dans l’ombre, se réjouissent, conspuent ou s’enflamment en chœur, tels les followers des réseaux sociaux modernes.

En dépit de l’aspect « comédie musicale » — genre auquel elle se frotte pour la toute première fois » — la metteure en scène a approché Pied de poule comme un véritable matériau théâtral. (Pour mémoire : la comédie musicale est elle-même une adaptation de la pièce François Perdu, Hollywood P.Q. que Marc Drouin avait créée en 1978.)

« Une des particularités de la pièce », explique-t-elle, c’est qu’elle ne se conforme pas aux codes Broadwayesques, où « les chansons servent à faire avancer la trame narrative » ou apportent un éclairage sur « l’état d’esprit des personnages ».

« Dans Pied de poule, les chansons servent à appuyer le côté absurde de la pièce. Pour moi, c’est donc du théâtre avec de la musique. »

« Je devais garder mon œil sur les chorégraphies, le jeu et les chœurs. C’était tout un défi, d’allier les trois disciplines en même temps », sourit Caroline Yergeau, qui a elle-même conçu les chorégraphies. « Une première pour mois. Je sais bouger, mais je ne suis pas danseuse. » En revanche, elle a entamé « un cours en chant classique à l’Université d’Ottawa » qui l’a énormément « aidée pour la direction vocale ».

Malgré les défis, « le plaisir était partout. Le texte est hilarant, les personnages sont beaux et bien typés. C’est très agréable de travailler avec ça ! »

Et puis « j’ai une magnifique équipe de comédiens » qui ont fait preuve d’un « esprit d’équipe extraordinaire » ne soient pas professionnels, se réjouit celle qui est aussi directrice artistique du Théâtre Belvédère et présidente du c.a de l’organisme Théâtre Action. « Je suis particulièrement fière de l’équipe. Et du résultat. Et j’ai très hâte de présenter ça... »

« Surenchère »

En dirigeant ses comédiens, elle n’a pas hésité à exploiter la « surenchère ». « La pièce m’a permis d’aller à fond dans les stéréotypes. On a beaucoup joué avec : on ne s’est pas gênés du tout pour faire ressortir les clichés. Ça augmente beaucoup la comédie. C’est tout le temps “trop” ! » rigole-t-elle tout en songeant aux paroles d’une des chansons, qui ne fait « pas dans la subtilité ».

L’outrance qui affleure du texte de Marc Drouin a aussi incité Caroline Yergeau à se lâcher lousse « au niveau visuel ». La contagion s’étend à tous les choix esthétiques, depuis la scénographie (confiée à Andrée-Ève Archambault) jusqu’aux éclairages (signés Richard Houde), en passant par les costumes « pas possibles » (Mylène Ménard), souligne la metteure en scène, qui s’est tout de même efforcée de prendre ses distances avec les années 80). « Ce n’est pas actuel non plus ; je l’ai cadré “intemporel” »

« La musique a une atmosphère “années 80’, mais ce n’est pas souligné », précise-t-elle. Elle et son complice Claude Naubert, responsable de la préparation de la trame sonore, « on a préféré prendre les bandes musicales d’origine » plutôt que les bandes dépoussiérées en 1991 et en 2002, quand Marc Drouin puis Serge Denoncourt ont successivement revisité l’œuvre.

La distribution est complétée par Gabrielle Lemire (Olive Houde, vedette et amante de François Perdu), Geneviève Gaëtan, Serge Paquette, Jasmine Patenaude, Capucine Péchenart, Julie Racicot et Sophie Régimbald.

Certains rôles ont été féminisés dans la foulée des auditions. « J’avais besoin de comédiens qui soient aussi capables de chanter... » Le producteur est devenu productrice, afin de profiter pleinement du talent vocal d’Isabelle Cloutier (qu’on a pu voir dans Le Calendrier de ces dames), et le duo de flics est constitué d’une policière.

POUR Y ALLER

Quand ? Du 8 mai au 8 juin

Où ? Théâtre de l’Île

Renseignements : 819-595-7455 ; 819-243-8000 ; ovation.ca